Jean-Marc Fournier tentera de réparer les pots cassés

Le ministre Fournier rencontrera les communautés francophones du Canada jeudi.
Photo: Clément Allard La Presse canadienne Le ministre Fournier rencontrera les communautés francophones du Canada jeudi.

Jean-Marc Fournier aura fort à faire pour mettre fin au froid qui s’est installé entre les communautés francophones du pays et le gouvernement Couillard, jeudi, deux semaines après que le Québec eut demandé à la Cour suprême de ne pas autoriser l’élargissement de l’accès aux écoles de langue française dans les autres provinces.

Une rencontre entre une quarantaine de dirigeants d’organismes francophones de partout au pays et le ministre responsable des Affaires intergouvernementales et de la Francophonie canadienne, prévue de longue date, risque de prendre une tout autre tournure que celle qui était prévue à l’origine.

Une discussion franche s’impose afin d’éviter que le gouvernement québécois cause à nouveau du tort aux francophones en situation minoritaire, estime la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Marie-France Kenny. « On va trouver des moyens pour mieux travailler ensemble, pour s’assurer qu’on ne se nuise plus mutuellement », a-t-elle affirmé dimanche, en entrevue au Devoir.

Le Québec créait la surprise il y a deux semaines en se rangeant derrière le gouvernement du Yukon, qui cherche à limiter le nombre d’élèves admis dans les écoles de la minorité francophone du territoire, en excluant des enfants dont les parents n’ont pas eux-mêmes été éduqués dans la langue de Molière, ou encore de jeunes arrivants qui ne sont pas pour l’instant citoyens canadiens. La Commission scolaire francophone du Yukon poursuit actuellement Whitehorse afin de pouvoir gérer elle-même son processus d’admission, comme c’est le cas dans les écoles franco-ontariennes, notamment.

Rappelons que le gouvernement Couillard craint que le jugement ait des conséquences ici aussi. « Dans le contexte québécois où l’anglais exerce un fort pouvoir d’attraction, un tel élargissement du pouvoir de gestion et de contrôle des représentants de la minorité aurait de graves conséquences sur la protection [du français] », ont affirmé les avocats du gouvernement devant le plus haut tribunal au pays.

Plusieurs analystes s’attendaient à ce que le Québec prône plutôt une vision « asymétrique » de l’application de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, dans le but de ne pas freiner les aspirations des communautés francophones de l’ouest du pays.

Erreur de communication

Mme Kenny se dit « déçue » de la manière dont les communications se sont déroulées entre les groupes francophones et le gouvernement du Québec, dans les semaines précédant l’audience devant la Cour suprême. « On avait beau tenter d’expliquer [les conséquences possibles de la prise de position], ça ne marchait pas. L’information ne s’est pas rendue aux bonnes personnes », a déploré la Fransaskoise, qui dirige la FCFA depuis 2009.

La rencontre des Comités de concertation en francophonie, qui se tient à Ottawa cette semaine, a été créée en 2012 à l’instigation du gouvernement du Québec. Elle regroupe une quarantaine d’organismes de la francophonie en situation minoritaire ainsi que des représentants du gouvernement québécois, et vise notamment à « revoir les orientations du Québec en soutien à la francophonie canadienne », a expliqué un porte-parole de M. Fournier, dimanche.

Article 23 de la Charte des droits et libertés. Droits à l’instruction dans la langue de la minorité.



(1) Les citoyens canadiens
a) dont la première langue apprise et encore comprise est celle de la minorité francophone ou anglophone de la province où ils résident,
b) qui ont reçu leur instruction, au niveau primaire, en français ou en anglais au Canada et qui résident dans une province où la langue dans laquelle ils ont reçu cette instruction est celle de la minorité francophone ou anglophone de la province, ont, dans l’un ou l’autre cas, le droit d’y faire instruire leurs enfants, aux niveaux primaire et secondaire, dans cette langue.

(2) Les citoyens canadiens dont un enfant a reçu ou reçoit son instruction, au niveau primaire ou secondaire, en français ou en anglais au Canada ont le droit de faire instruire tous leurs enfants, aux niveaux primaire et secondaire, dans la langue de cette instruction.

(3) Le droit reconnu aux citoyens canadiens par les paragraphes (1) et (2) de faire instruire leurs enfants, aux niveaux primaire et secondaire, dans la langue de la minorité francophone ou anglophone d’une province
a) s’exerce partout dans la province où le nombre des enfants des citoyens qui ont ce droit est suffisant pour justifier à leur endroit la prestation, sur les fonds publics, de l’instruction dans la langue de la minorité;
b) comprend, lorsque le nombre de ces enfants le justifie, le droit de les faire instruire dans des établissements d’enseignement de la minorité linguistique financés sur les fonds publics.
17 commentaires
  • Bernard Plante - Abonné 2 février 2015 07 h 51

    Ça promet

    Jean-Marc Fournier qui répare les pots cassés. Nous voilà rassurés...

  • Victor Raiche - Inscrit 2 février 2015 08 h 13

    Avec le 'has bine' susdit,,,

    Autant dire avec Lafontaine: ''Adieu veau, vache, cochon, couvée'' !

  • François Dugal - Inscrit 2 février 2015 08 h 35

    Le combat d'une vie

    "J'irai vous défendre à Ottawa." - Jean-marc Fournier

  • Denis Paquette - Abonné 2 février 2015 10 h 05

    Qu'il se démerde, avec ses reves éveillés

    Il n'a pas beaucoup le choix c'est toute sa vision canadienne trudeauiste qui s'effrite, un Canada bilingue dans une Amerique anglos saxonne, quel délire, bon je n'ai pas envie de le consoler, cette imminence grise, qui nous a donné un Charest tellement fourbe, qu'il se démerde, avec ses rêves éveillés

  • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 2 février 2015 11 h 06

    rassurer qui?

    Il faut, à chaque matin, un texte et des propos plutôt léger pour nous aider à affronter la journée. Le voici.