Le CPQ met en garde contre des exigences linguistiques trop élevées

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Les candidats à l’immigration ne devraient pas être contraints de maîtriser le français pour s’installer au Québec, a plaidé le Conseil du patronat (CPQ), jeudi, aux consultations en vue de revoir les politiques d’immigration.


En commission parlementaire en après-midi, le président du CPQ, Yves-Thomas Dorval, a mis en garde le gouvernement contre des exigences linguistiques trop élevées qui priveraient le Québec de la richesse de la diversité.


« Cela va un peu trop loin, a-t-il dit en entrevue après sa comparution. Le français ne devrait pas être le seul critère. »


Devant les parlementaires, M. Dorval a reconnu que le français est un sujet « extrêmement délicat » et que « les choses doivent se faire en français au Québec ». Toutefois, miser sur une « maîtrise trop poussée » du français, au détriment de la qualification professionnelle, limiterait le bassin de recrutement des entreprises et appauvrirait la diversité de la société.


« Si on se limite à la maîtrise du français, on limite nos bassins d’immigration à seulement certains pays, et à ce moment-là, on rate la richesse de la diversité pour une société », a-t-il expliqué au cours du point de presse. Le porte-parole péquiste en matière d’immigration, Maka Kotto, lui a du reste fait remarquer que, déjà, deux immigrants sur cinq ne parlent pas un mot de français à leur arrivée au Québec.


Le président du CPQ préconise plutôt un critère tel que la volonté d’apprendre le français, ou la connaissance de base du français, plutôt que la maîtrise de la langue. L’État devrait donc miser sur l’amélioration de services de francisation.


« La possibilité pour un immigrant d’apprendre le français, ça, c’est une nécessité. C’est une nécessité pour le Québec d’offrir […] des services d’accompagnement, d’enseignement (du français), pour ne pas être trop restrictif », a dit M. Dorval.


Et qui plus est, la connaissance de l’anglais devrait aussi être reconnue comme un atout, car ceux qui maîtrisent les deux langues réussissent mieux dans leur carrière, a-t-il fait valoir.


« L’anglais ne devrait pas être vu comme une menace », a-t-il dit.


La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a pour sa part défendu un point de vue diamétralement opposé. Il ne faut pas exiger moins de français, mais en exiger au moins autant, donc pas question d’assouplir ce critère, a défendu la présidente de la CSQ, Louise Chabot.


Elle a rappelé que c’est justement au nom de son caractère distinctif, du fait français, que le Québec a rapatrié une partie des pouvoirs en immigration du gouvernement fédéral en 1990.


« Pour nous, c’est impensable de mettre la pédale douce, a-t-elle dit en entrevue avant la comparution de la CSQ. Ce n’est pas l’immigration qui est un apport, c’est beaucoup plus les politiques familiales. L’immigration devient un apport dans une société en français, sinon on va se faire hara-kiri nous-mêmes. »


En outre, Mme Chabot a exprimé son inquiétude devant la volonté manifestée par la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, de se rapprocher du modèle mis en place par le gouvernement fédéral.


« On semble vouloir canadianiser la nouvelle politique d’immigration en axant davantage (la sélection) sur les besoins du marché du travail, a dit la présidente de la CSQ. On ne dit pas que ce n’est pas important, mais il ne faudrait pas diminuer » l’importance des autres critères.


La ministre n’a en effet pas caché son intention de mettre l’accent sur l’économie, par une meilleure adéquation entre le recrutement des immigrants et les besoins de main-d’oeuvre. La clé : dénicher les candidats ayant le bon profil pour occuper les emplois vacants. En cela, Québec s’inspirera d’Ottawa.


Mais par ailleurs, elle a indiqué que tout est sur la table : notamment, le modèle fondé sur l’interculturalisme, un concept qui devra être mieux défini et « compris » par la population, le nombre d’immigrants accueillis chaque année, le mode de sélection, les pays privilégiés, l’importance accordée à la connaissance du français à l’arrivée, les cours de francisation, la reconnaissance des compétences acquises à l’étranger, la régionalisation et le partage de valeurs communes.


La consultation publique sur la future politique d’immigration — l’actuelle politique date de 25 ans — a débuté mercredi à l’Assemblée nationale. Une cinquantaine d’intervenants y défileront au cours des prochaines semaines. Suivra une autre consultation plus spécifique sur deux aspects délicats du dossier : les volumes et les bassins démographiques. En clair, il s’agit de déterminer le nombre d’immigrants qu’on souhaite accueillir chaque année et leur provenance.


Chaque année, entre 50 000 et 55 000 étrangers (51 959 en 2013) s’installent au Québec. L’Afrique — au premier chef le Maghreb — constitue le principal bassin de recrutement. De 2009 à 2013, un immigrant sur cinq (21 pour cent) provenait d’Algérie ou du Maroc.


Au terme de ces consultations, la ministre produira sa nouvelle politique, qui sera accompagnée d’un plan d’action.

5 commentaires
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 30 janvier 2015 01 h 33

    Fadaises!

    La CPQ a un front de boeuf et est à deux doigts de me faire grimper dans les rideaux. C'est ma Fierté et mon Orgueil d'être l'unique peuple francophone d'Amérique du Nord. C'est une richesse et un privilège tel qu'il ne faut sous aucun prétexte prendre le quelconque risque qui pourrait à long terme nuire à l'hégémonie de la langue de Molière dans la belle province.

    J'ai voyagé tout le reste du Canada et en Angleterre: j'ai appris l'anglais.
    J'ai passé 3 mois au Mexique et au Guatemala: j'ai appris l'espagnol.
    J'ai passé plus d'un mois en Italie: j'ai appris l'italien
    et j'ai passé deux semaines au Portugal, j'ai fait de mon mieux pour le Portugais.

    je n'ai pas la prétention de me qualifier de génie ou quelque chose s'en approchant, pour chaque langue, je me suis acheté un volume avec des disques audio contenant 40 leçons pour apprendre la langue efficacement. J'ai lu, j'ai écouté, j'ai travaillé, j'ai pratiqué et je me débrouillais ma foi étonnamment bien. Il n'y avait rien de sorcier là-dedans, ca me prenait environ deux semaines me taper le bouquin et c'était amplement suffisant pour être fonctionnelle dans cette nouvelle langue étrangère. Imaginez comme j'aurais été fluide si j'avais élu définitivement domicile dans ces endroits et eu des années pour peaufiner ma maitrise du langage au milieu de gens parlant chaque jour cette meme langue autour de moi.

    Je ne vois strictement pas en quoi l'exigence de parler francais fermerait des portes à la venue de peuples issus de certains pays. Tout le monde est capable d'apprendre le français, ce n'est pas chinois. Cela doit rester une condition "sine qua non" pour laisser les étrangers héberger chez nous. Et s'ils refusent de choisir le Québec, car plutôt que d'y voir une occasion de s'enrichir, les immigrants voient le francais comme un boulet, et bien qu'on se passe de ces paresseux; le Québec a plus besoin de chérir sa francophonie que sa diversité. Écoutez donc le débat!

    C'est non-négociable.

  • Cyr Guillaume - Inscrit 30 janvier 2015 04 h 47

    N'importe quoi!

    Pour le conseil du patronat, la piasse exige tout, et nie toute valeur distincte, et culturelle! La vrai diversité? Oui mais la vrai diversité, n'exige pas de d'assimiler et de s'angliciser non plus! La CSQ à bien raison, il faut revenir de l'avant avec l'aspect linguistique, en demandant bien plus de français encore, et non pas moins! Tout pour l'argent encore une fois, décu du PLQ, de Mme Weil, et P.Couillard!

    Sinon à quoi bon? Devenir une province comme les autres? Jamais dans cent ans! Durham ne gagnera pas de mon vivant!

    Bonne journée à tous

  • Lise Bélanger - Abonnée 30 janvier 2015 08 h 47

    Le Conseil du patronat, qui en sont les membres? Poser la question c'est y répondre.
    Il penche toujours du même côté et le fait français l'ennui énormément, comme une plaie que le Canada conserve.

  • Gérard Raymond - Abonné 30 janvier 2015 09 h 44

    Echanger son âme francophone sans contrepartie tangible

    Puisque tout ce qui s'est créé de richesse au cours des 30 dernières années l'a été presqu'au seul bénéfice des possédants, c'est-à-dire les propriétaires et dirigeants d'entreprises, j'aimerais que le CPQ m'explique en quoi je serais gagnant à échanger mon espace francophone sans contrepartie tangible.

    A ma connaissance, je n’ai jamais entendu M. Dorval (ni ceux qui l’ont précédés) inviter son monde à faire preuve de modération et de partage d’émoluments gargantuesques que se réservent ses gens là.

    Et comme le PLQ est d’abord et avant tout au service des possédants, qui ne manquent pas de lui faire les retours d’ascenseurs attendus, comme on l’a vu à la Commission Charbonneau, on a toutes les raisons de se méfier des changements qu’il apportera aux règles relatives à l’immigration.

  • Bernard Terreault - Abonné 30 janvier 2015 11 h 09

    Autre avantage

    Un immigrant ne connaissant pas ou bien peu le français ne comprendra à peu près rien de son contrat de travail, il ne pourra pas se plaindre, se renseigner sur les lois du travail, connaître ses droits, un travailleur idéal.