Un imam intégriste choque Weil

L'imam Hamza Chaoui
Photo: Facebook L'imam Hamza Chaoui

Après que le premier ministre Philippe Couillard eut assimilé, lundi, l’intégrisme à un choix personnel, la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, s’est insurgée jeudi contre un imam intégriste dont elle juge les propos « dangereux ».

Kathleen Weil souhaite que la Ville de Montréal cherche à empêcher l’imam Hamza Chaoui d’implanter un centre communautaire islamique sur son territoire. Selon la ministre, Hamza Chaoui tient « des propos dangereux » qui ne doivent pas être propagés et qui déforment les valeurs communes du Québec. « C’est dangereux dans le sens où ce qu’on véhicule, c’est ni plus ni moins l’oppression des femmes, a-t-elle dénoncé. C’est totalement inacceptable dans une société démocratique, dans une société de droit où on prône l’égalité entre les hommes et les femmes. » La ministre n’a toutefois pas voulu se prononcer sur le caractère illégal ou non de ces propos.

L’imam Hamza Chaoui a demandé à l’administration un certificat pour exploiter, à compter de février dans l’est de Montréal, le Centre Ashabeb afin de prodiguer ses enseignements, tel que l’a rapporté La Presse.

Sur les réseaux sociaux, Hamza Chaoui, un ancien étudiant en génie de l’Université Laval, affirme que la démocratie, parce qu’elle permet l’élection « d’un mécréant ou bien d’un homosexuel ou d’un athée qui affirme l’inexistence d’Allah », est complètement incompatible avec l’islam. L’imam prescrit que les femmes doivent être accompagnées en public par un tuteur et l’interdiction de la musique. Il fait valoir que l’amputation est un moyen plus efficace que l’emprisonnement pour punir les voleurs, comme elle est pratiquée, d’ailleurs, en Arabie saoudite.

Kathleen Weil ne voit pas de contradiction entre sa dénonciation péremptoire de l’imam radical et la tolérance que préconise Philippe Couillard à l’égard de l’intégrisme. L’intégrisme fait partie des choix personnels de chacun « pourvu que ça ne vienne pas brimer les droits des autres, la sécurité des autres », a rappelé la ministre. « Comment fait-on pour que ces personnes de la deuxième génération puissent s’épanouir et ne soient pas affectées par les choix personnels d’un autre ? C’est ça que le premier ministre a dit », a expliqué Kathleen Weil.

En novembre, Philippe Couillard a mandaté la ministre pour qu’elle définisse un plan d’action pour contrer non pas l’intégrisme, mais la radicalisation. Et encore là, la radicalisation « violente », a-t-elle précisé.

De passage à Québec en matinée, le maire de Montréal, Denis Coderre, a indiqué qu’il discutera de la délivrance du certificat d’occupation avec Réal Ménard, le maire de l’arrondissement concerné, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. S’il condamne sans réserve les prêches de l’imam, Denis Coderre veut user de « doigté », question de ne pas mettre de l’huile sur le feu.

Pour la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, Hamza Chaoui tient un « discours sur les femmes plutôt odieux ». « Je trouve ça très préoccupant qu’il puisse prêcher ces idées-là, donc les répandre », a-t-elle fait valoir. « Est-ce qu’on est rendu à un discours haineux ? » Pas certain, a-t-elle dit, soulignant la « difficulté » de circonscrire la liberté de religion.

Salimata Sall, militante au sein du groupe Pour les droits des femmes du Québec (PDFQ), a pour sa part qualifié sans détour de « discours haineux » les propos de l’imam, notamment envers les homosexuels. « Ce n’est plus de la liberté d’expression », a-t-elle soutenu.

Djemila Benhabib a appelé les « pouvoirs publics [à] s’occuper » de M. Chaoui. Il « tient un discours absolument réactionnaire, haineux », a-t-elle dit lors d’un point de presse en compagnie de Zineb El Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo, et de Patrick Kessel, président du Comité laïcité République.

Intégrisme ou piété

 

« Je me demande si M. Couillard ne confond pas intégrisme et piété », a signalé Zineb El Rhazoui. « La piété, qui est une pratique pieuse de la religion, c’est quelque chose qui relève de l’intimité et de la spiritualité personnelle, tandis que l’intégrisme est une idéologie et cette idéologie-là, c’est exactement ce qui mène ensuite au terrorisme, a affirmé la femme de 33 ans d’origine marocaine. Le terrorisme est le produit direct, logique de l’intégrisme et du fondamentalisme religieux. »

C’est aussi l’avis Mme Benhabib. « Pour moi le terrorisme, ce n’est que le bras et l’intégrisme c’est vraiment la tête. » Selon elle, le Québec est condamné à mener le « combat idéologique » contre l’intégrisme religieux.

Avec La Presse canadienne

Le CSF veut être consulté

Le Conseil du statut de la femme souhaite être « consulté » sur les enjeux liés à l’intégrisme religieux au Québec. « Ce n’est pas vrai qu’en 2015, ce sont des hommes qui vont trouver des solutions pour les femmes », a déclaré la présidente du CSF, Julie Miville-Dechêne, dans une entrevue avec Le Devoir. Les femmes étaient, sauf exception, à l’écart de rencontres tenues entre Philippe Couillard ou Denis Coderre et des leaders religieux dans la foulée des attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu, Ottawa et Paris. « Il devrait y avoir des femmes dans ces réunions-là parce que, par définition, les grandes religions monothéistes sont dirigées par des hommes. Là, ce sont des politiciens masculins qui parlent avec des chefs religieux masculins de questions qui touchent au premier chef des femmes. L’intégrisme a un impact encore plus grand sur les femmes que sur les hommes », a-t-elle soutenu. Marco Bélair-Cirino


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