Les nouvelles restrictions visent plus de 16 500 personnes

Les bénéficiaires qui voyagent plus de deux semaines sont souvent des immigrants dont les proches restés là-bas paient le billet d’avion, dit Geneviève Guernier, du Front commun des personnes assistées sociales.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les bénéficiaires qui voyagent plus de deux semaines sont souvent des immigrants dont les proches restés là-bas paient le billet d’avion, dit Geneviève Guernier, du Front commun des personnes assistées sociales.

Les quelque 16 500 Québécois qui risquent d’être touchés par les nouvelles coupes à l’aide sociale n’ont rien des profiteurs qu’imaginent certains, plaident les groupes sociaux actifs dans le domaine.

« Chaque fois qu’on modifie les règles pour attraper du monde, ça touche des gens dans des situations impossibles et qui vont s’appauvrir davantage », déplore Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Au Front commun des personnes assistées sociales, on reproche carrément au gouvernement d’alimenter les préjugés. « On laisse planer que les personnes assistées sociales fraudent et font la belle vie », dénonce la coordonnatrice Geneviève Guernier.

Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, dévoilait mercredi de nouvelles règles pour le programme d’aide sociale qui devraient toucher 16 570 personnes (3,7 % de l’ensemble des prestataires).

Cinq sous-groupes sont ciblés : les bénéficiaires qui voyagent, ceux qui ne déclarent pas tous leurs revenus, ceux qui possèdent une propriété, les gens qui font des cures de désintoxication et ceux qui prennent plusieurs colocataires pour arrondir les fins de mois.

En conférence de presse, le ministre a dit vouloir s’assurer qu’on n’avantage pas certains groupes de « manière indue ». Il a dit aussi vouloir regagner la confiance des non-prestataires qui estiment que le programme est trop généreux vis-à-vis de ces personnes.

« Ce n’est pas la course aux fraudeurs », a-t-il dit en expliquant qu’il voulait « resserrer » certains éléments qui « nuisent à l’intégrité et à l’image du programme ».

Interrogé sur cet argument, M. Petitclerc rétorque qu’il y a probablement des abus là « comme ailleurs » dans la société et qu’ils sont « exceptionnels » dans le cas des assistés sociaux, ne serait-ce que parce que le système est déjà « hyper-contrôlé ».

 

Désintoxication

La mesure susceptible de toucher le plus de gens est celle qui concerne les bénéficiaires qui font des séjours en centre de désintoxication. Plus de 6400 ont bénéficié de cette aide qui, une fois réduite, permettrait d’économiser 6,1 millions de dollars.

Or, à l’Association des centres d’intervention en dépendance (AQCID), on craint que cela n’aggrave l’itinérance. En réduisant la marge de manoeuvre financière de ces personnes, on risque de limiter leur capacité à améliorer leur sort, croit le directeur, Vincent Marcoux. Environ la moitié des 13 000 personnes qui séjournent dans ces centres sont sans domicile.

M. Petitclerc tient le même raisonnement concernant les coupes aux prestations des propriétaires (431 personnes touchées, 2,2 millions en économies). « La réalité sur le terrain nous montre que ce sont les gens qui ont un minimum d’actifs qui rebondissent le mieux. »

Mme Guernier souligne quant à elle que ceux qui voyagent plus de deux semaines sont la plupart du temps des immigrants à qui leurs familles payent des billets d’avion pour venir visiter des proches malades à l’étranger. Cette mesure censée dégager 1,8 million toucherait environ 460 personnes.

11 commentaires
  • Jean Jacques Roy - Abonné 29 janvier 2015 03 h 30

    Les priorités du gouvernement Couillard

    Ce projet de loi qui s'en prend aux plus démuniEs, refait surface en même temps où le premier Ministre revient souriant de Davos, là où il a été invité à participer à la rencontre des 2500 personnes les plus riches de la planète et des chefs d’État à leur service.

    Ces "pauvres" personnages ont fait des échanges pour partager leurs angoisses face à leur avenir économique et sur celui de la planète. Inutile de se demander s'ils ont consacré une minute de leur temps pour remettre en causes les responsabilités de leur caste sur la dégradation de la situation internationale actuelle? En effet, comment l'oligarchie capitaliste qui règne sur notre planète pourrait-elle offrir des solutions aux problèmes réels et aux inégalités sociales? En plus de faire partie de ces problèmes, ils en sont à la racine. Leur horizon se limite à la croissance de "leurs affaires" et à la préservation de leurs privilèges. "Renforcir la sécûrité", la surveillance et la répression voilà les solutions pour soulager les "angoisses" des riches! Et coupons et coupons même dans les maigres budgets réservés pour soulager la misère des plus démuniEs!
    Souvenons nous que le club sélect réuni à Davos était un échantillon du 1% de la population mondiale qui détiendra, selon l’organisme OXFAM, plus de la moitié des richesses mondiales dès l’an prochain. Et le premier ministre Couillard, dès son retour au Québec, imprégné par l'esprit de la rencontre à "Davos", discourt sur la "sécurité" et des combats à mener contre la "radicalisation" et les "extrémismes"! À partir de telles priorités au service des puissants... que valent les gens qui doivent recourrir à l'aide sociale? Ils ne pèsent pas beaucoup dans la balance du pouvoir!

  • Denis Vézina - Inscrit 29 janvier 2015 07 h 08

    Un État contrôlant

    L'aide sociale est un programme complexe et inefficace pour lutter contre la pauvreté. Elle permet de maintenir en poste des fonctionnaires dont leur rôle principal est de traiter des formulaires et ensuite transmettre des avis de décisions. Avec les modifications réglementaires annoncées par Monsieur Blais, les commis de l'État se verront investis de nouvelles tâches afin de contrôler davantage la vie des gens appartenant à la classe socio-économique souvent la moins outillée pour faire face aux obligations financières qu'ils doivent rencontrer. Voilà donc un exemple patent d'un État contrôlant dont le rôle est de s'immiscer davantage dans la vie de personnes qui, pour la plupart, vivent des difficultés d'intégration à la société en raison d'une éducation déficiente, de troubles psychologiques, etc. qui les rendent partiellement aptes au travail. Il serait tellement plus simple et plus intelligent d'envoyer un chèque du gouvernement à tous les citoyens âgés de 18 ans et plus peu importe leur situation afin de prévenir la délinquance et la criminalité. Pour y arriver cependant, des programmes sociaux moins fondamentaux par exemple devront être repensés afin de dégager les sommes nécessaires à la mise en place de ce programme de véritable solidarité sociale où l'on s'assure que tous a droit à un minimum de revenus permettant d'augmenter les conditions propices au développement personnel et professionnel des personnes.

  • Denis Vézina - Inscrit 29 janvier 2015 07 h 08

    Un État contrôlant

    L'aide sociale est un programme complexe et inefficace pour lutter contre la pauvreté. Elle permet de maintenir en poste des fonctionnaires dont leur rôle principal est de traiter des formulaires et ensuite transmettre des avis de décisions. Avec les modifications réglementaires annoncées par Monsieur Blais, les commis de l'État se verront investis de nouvelles tâches afin de contrôler davantage la vie des gens appartenant à la classe socio-économique souvent la moins outillée pour faire face aux obligations financières qu'ils doivent rencontrer. Voilà donc un exemple patent d'un État contrôlant dont le rôle est de s'immiscer davantage dans la vie de personnes qui, pour la plupart, vivent des difficultés d'intégration à la société en raison d'une éducation déficiente, de troubles psychologiques, etc. qui les rendent partiellement aptes au travail. Il serait tellement plus simple et plus intelligent d'envoyer un chèque du gouvernement à tous les citoyens âgés de 18 ans et plus peu importe leur situation afin de prévenir la délinquance et la criminalité. Pour y arriver cependant, des programmes sociaux moins fondamentaux par exemple devront être repensés afin de dégager les sommes nécessaires à la mise en place de ce programme de véritable solidarité sociale où l'on s'assure que tous a droit à un minimum de revenus permettant d'augmenter les conditions propices au développement personnel et professionnel des personnes.

  • Leclerc Éric - Inscrit 29 janvier 2015 08 h 38

    Blais a dû lui aussi faire «sa part»

    Même si le budget de son ministère est de près de 4 G$, François Blais a été obligé de couper une minime somme; 15 M$ et pénaliser les prestataires qui quittent le Québec pour aller faire du travail au noir.

    Au fait, le ministre a été très avare de commentaires sur la façon dont il ordonnera à ses fonctionnaires de récupérer les sommes versées en trop.

    Un excellent équilibriste ce monsieur Blais!

  • Normand Bélair-Plessis - Abonné 29 janvier 2015 08 h 55

    Encore?

    Quelle bonne idée! S' attaquer à ceux qui en ont le plus de besoins! Monsieur Couillard, pour équilibrer votre budget, respectueusement, commencez donc par votre fond de pension que vous ne contribuez qu'à hauteur de 23%. Depuis quelques mois, toutes les coupures annoncées, pouvez - vous m'en nommer une seule qui s' adresse aux mieux nantis?