Pleins feux sur le passé antisyndical de PKP

Pierre Céré, Alexandre Cloutier, Pierre Karl Péladeau, Bernard Drainville et Martine Ouellet avaient rendez-vous mercredi dans une salle de classe de l’Université de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pierre Céré, Alexandre Cloutier, Pierre Karl Péladeau, Bernard Drainville et Martine Ouellet avaient rendez-vous mercredi dans une salle de classe de l’Université de Montréal.

Le grand favori des sondages, Pierre Karl Péladeau, s’est retrouvé sur la sellette, mercredi midi, lors du premier débat des cinq candidats à la direction du Parti québécois. L’actionnaire de contrôle de Québecor a notamment dû se défendre d’avoir prôné il y a cinq ans un rééquilibrage de la législation en matière de relations de travail au détriment des syndicats.

Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, a poliment interpellé « [son] ami Pierre Karl » sur son passé antisyndical. Il lui a demandé si sa « pensée a évolué » depuis la publication d’une lettre d’opinion dans laquelle il dénonçait un déséquilibre des forces favorisant indûment les organisations syndicales au Québec (janvier 2010). « Tu remettais en cause les cotisations obligatoires syndicales. Tu remettais en cause l’imposition de prestations qu’on pouvait recevoir lors de conflits [de travail]. Tu remettais aussi en cause la formule Rand. Tu n’as pas plaidé non plus pour la modernisation de la loi anti-“ scabs  », a mitraillé l’ancien ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes. « Comme ce sont toutes des mesures que le Parti québécois et René Lévesque ont mises en oeuvre et que tu souhaites diriger le Parti québécois, j’aimerais savoir si ta pensée a évolué ? », a-t-il poursuivi, s’attirant les applaudissements de dizaines d’étudiants de l’Université de Montréal.

Il s’agit d’une prise de position pouvant « susciter un débat », a convenu M. Péladeau, qui était en duplex depuis Baie-Comeau. « Lorsque j’ai émis cette opinion, j’étais dans une situation bien différente », a fait valoir l’ancien grand patron du Journal de Québec et du Journal de Montréal, qui ont tour à tour connu de longs lockouts.

Pierre Céré a sauté dans la mêlée, reprochant quant à lui aux anciens ministres Bernard Drainville, Martine Ouellet et Alexandre Cloutier d’avoir fait fi du programme social-démocrate du PQ une fois au pouvoir. « Je suis tout à fait à l’aise qu’on rappelle votre passé, Monsieur Péladeau, mais je réitère qu’on doit aussi rappeler le passé parlementaire de certains d’entre nous ici », a dit l’ex-porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses (2005-2014). « Quand on est parlementaires et on est au pouvoir, on respecte les engagements qu’on a pris devant la population », a-t-il poursuivi.

« Parler de la souveraineté »

Pierre Karl Péladeau a aussi été appelé à préciser — mais cette fois-ci par le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville — s’il compte tenir un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat. PKP est demeuré évasif. Il a demandé si des doutes subsistaient sur l’authenticité de son engagement souverainiste. « Lorsque j’ai décidé de faire le saut en politique et que j’ai annoncé ma candidature, tous et toutes peuvent comprendre avec moi qu’il n’y avait pas d’ambiguïté [sur mon objectif politique]. J’ai été clair et précis, j’ai fait ce choix pour faire du Québec un pays », a-t-il déclaré.

Les électeurs québécois sauront si Pierre Karl Péladeau proposera de tenir un référendum — ou non — dans un premier mandat, et ce, avant de se rendre aux urnes, à l’automne 2018, a assuré un membre de sa garde rapprochée dans un entretien avec Le Devoir.

M. Péladeau s’en était tenu pendant le débat à promettre de « parler de la souveraineté » pendant trois ans et demi afin d’« extirper les citoyens de l’ignorance ». « L’inquiétude, la crainte, la peur sont des véhicules qui sont constamment utilisés pour nier le droit des peuples à l’autodétermination. [Mais] c’est terminé de nous faire peur avec le Bonhomme Sept Heures », a-t-il dit. À ses yeux, le PQ a connu un « dérapage rapide » lors la dernière campagne électorale en raison notamment de la difficulté des ténors du parti à faire la promotion du projet de pays du Québec. Au printemps 2014, « nous n’étions pas nécessairement prêts à en parler », a-t-il reconnu, se disant toutefois « très optimiste » pour l’avenir du mouvement indépendantiste québécois.

La députée de Vachon, Martine Ouellet, a insisté mercredi sur la nécessité d’établir une démarche « claire », « structurée » et « transparente » menant au prochain référendum sur l’indépendance du Québec. « L’indépendance, ça ne se fera pas par une personne, ça va se faire par le peuple du Québec », a-t-elle plaidé.

La seule candidate à la succession de Pauline Marois a dit s’inscrire dans l’« école de Jacques Parizeau », qui avait promis la tenue d’un référendum avant le scrutin de 1994. Les Québécois ont passé à un cheveu de voir naître le pays du Québec, a-t-elle rappelé. « [L’ancien premier ministre Jacques Parizeau] nous a mené à un référendum dans le mandat. On se l’est fait voler, mais il était gagnant », a-t-elle lancé devant un parterre de quelque 600 personnes.

De son côté, Alexandre Cloutier promet de tenir un référendum dans un premier mandat, mais seulement si un million de Québécois, ou plus, le lui demandent en apposant leur signature dans un registre officiel. « Le but, ce n’est pas juste d’avoir une consultation populaire, le but, c’est de gagner », a soutenu M. Cloutier. À l’instar de Mme Ouellet, il a appelé les membres du PQ à ne « pas croi[re] en un sauveur » pour créer le pays du Québec.

Le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, a déploré le « manque de clarté » du calendrier référendaire de Pierre Karl Péladeau, mais également celui d’Alexandre Cloutier. « Il va falloir être clair avec les Québécois. La dernière fois, on n’a pas été clairs [et] on a vu ce qui est arrivé »,a fait valoir M. Drainville, pointant la défaite cuisante du 7 avril 2014. Selon lui, le PQ a le devoir d’indiquer clairement, avant les prochaines élections générales, s’il tiendra un référendum sur l’indépendance du Québec une fois au pouvoir. Oui ou non. « En 2018, il faut souhaiter que les appuis soient suffisamment élevés pour qu’on puisse annoncer un référendum. Si les appuis ne sont pas suffisamment élevés, à ce moment-là, il faut être clair avec les Québécois et leur dire On n’a pas les chiffres, il n’y en aura pas de référendum  », a ajouté M. Drainville.

Les cinq candidats à la chefferie du PQ ont tous répondu à l’invitation de l’Association des jeunes péquistes de l’Université de Montréal (AJPUM) et du Mouvement des étudiants souverainistes de l’Université de Montréal (MESUM).