L’expertise des employés de l’État doit être mise à profit, plaide François Legault

Le premier ministre Philippe Couillard a infligé un sévère camouflet aux employés de l’État en confiant la réalisation de projets d’infrastructures à la Caisse de dépôt et placement du Québec, selon le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

« Est-ce qu’on va tout sous-contracter la gestion du gouvernement à la Caisse de dépôt parce qu’on n’est pas capable de bien gérer ? », a-t-il demandé à l’issue du caucus présessionnel de la CAQ mardi.

M. Legault exhorte le gouvernement libéral à continuer de privilégier la méthode traditionnelle de financement des infrastructures publiques, tout en rebâtissant l’expertise de « ministères clés » afin qu’ils soient en mesure de faire barrage aux « extra », « excédents » et « dépassements de coût », « en forte croissance » au ministère des Transports depuis l’élection du Parti libéral du Québec.

Pour y arriver, le chef caquiste propose de consentir une hausse salariale à des employés triés sur le volet — les ingénieurs au ministère des Transports du Québec, par exemple — afin de maintenir et d’attirer une main-d’oeuvre « compétente » au sein de l’État québécois. Pour y arriver à coût nul, il suggère au gouvernement libéral de ne pas pourvoir les quelques milliers de postes laissés vacants chaque année à la suite du départ à la retraite de « baby-boomers ». « On est bien mieux de plaire à ceux qui sont là, qui restent, que de dire : “Je gèle tout le monde, incluant les 7000 [personnes] que je vais embaucher pour remplacer les départs à la retraite”?», a affirmé M. Legault. En effet, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, propose d’imposer aux fonctionnaires un gel pour les deux prochaines années, puis une hausse annuelle de 1 % au cours des trois années suivantes. L’élu libéral « démotiv[e] tous les employés [de l’État] en disant [que] tout le monde va être gelé », a-t-il poursuivi.

Au terme de la rencontre de deux jours des élus caquistes à Sorel-Tracy, François Legault a pressé mardi Philippe Couillard de mener la charge contre le « gaspillage » et l’« inefficacité » dans l’administration publique québécoise, non sans, mais avec les fonctionnaires… à des postes clés à tout le moins. Il en va de la « confiance » de la population québécoise à l’égard du gouvernement du Québec, selon lui. « Il y a une perte de confiance. Je dirais même qu’il y a un lien qui est en train de se briser entre les citoyens et le gouvernement du Québec », a-t-il fait valoir.

Pour rétablir ce « lien […] clé en démocratie », M. Couillard n’avait pas à appeler à la rescousse la Caisse de dépôt et placement, croit M. Legault. « Plutôt que de financer des projets avec la dette du Québec, à environ 3,5 % d’intérêt, à l’avenir on va demander à la Caisse de dépôt de gérer ça avec un rendement de 10 %. Donc, ça va coûter plus cher aux citoyens », a-t-il expliqué. En effet, le gouvernement du Québec devra payer le « rendement » de 10 % attendu par la Caisse de dépôt et placement en plus du « rendement » des entrepreneurs privés, ce qui occasionnera des « tarifs plus élevés » pour les usagers du SLR sur le nouveau pont Champlain et du train de l’Ouest, a souligné à gros traits M. Legault. « C’est bon pour la Caisse, mais c’est mauvais pour le gouvernement, mauvais pour les citoyens. »

Le chef du deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale a demandé au député de La Peltrie, Éric Caire, de mettre au jour les cas d’« inefficacité et de gaspillage de fonds publics » dans un rapport assorti de « recommandations concrètes ». « [Il y a un] nouveau chérif in town », a lancé à la blague M. Legault.

« Magouille »

La gestion des services informatiques de la part du gouvernement du Québec pue la « magouille », a fait valoir la porte-parole en matière de justice, Nathalie Roy, en début de journée. La CAQ a appelé une nouvelle fois le gouvernement libéral à déclencher une commission d’enquête sur l’octroi de contrats informatiques à des firmes externes. « Il y a énormément d’argent qui se dépense en informatique. […] Il y a du gaspillage. C’est évident », a lancé Mme Roy.