La laïcité de l’État en réponse au terrorisme

Zineb El Rhazoui est au Québec pour célébrer la mémoire de ses collègues abattus le 7 janvier dernier.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse Zineb El Rhazoui est au Québec pour célébrer la mémoire de ses collègues abattus le 7 janvier dernier.

C’est un « amalgame » que le premier ministre Philippe Couillard craint comme la peste : la laïcité de l’État comme remède au terrorisme islamiste. C’en est pourtant un que Zineb El Rhazoui fait d’emblée. Cette rédactrice de Charlie Hebdo, qui est de passage au Québec cette semaine pour célébrer la mémoire de ses collègues abattus, invite la province à ne pas se montrer dupe.

En entrevue exclusive avec Le Devoir, Zineb El Rhazoui souligne que « les fondamentalistes ont pour procédé de grignoter, d’éroder petit à petit l’édifice de la laïcité, ce qui correspond chez vous aux accommodements raisonnables. Au bout d’un moment, on réalise que ces accommodements raisonnables ne sont pas compatibles avec l’idée qu’on se fait, nous, ici, de la République ».


« Le lien entre laïcité et terrorisme est le suivant, dit-elle. Il y a tout un tas de procédés mis en place par les fondamentalistes pour faire taire toute critique rationnelle de l’islam. Ça peut aller du crime, du meurtre, du terrorisme, tel que ce qui a été fait à Charlie Hebdo, jusqu’à un discours beaucoup plus édulcoré, plus pernicieux, qui se sert de l’argument de l’islamophobie. L’accusation d’islamophobie ou le terrorisme, des procédés évidemment très différents, ont le même objectif, celui de faire taire les critiques de l’islam. »

La jeune femme de 33 ans d’origine marocaine en a contre le terme même d’islamophobie, qu’elle voit comme une « imposture intellectuelle qui tente de faire croire que critiquer une idée, critiquer un dogme revient à critiquer des personnes, ce qui est faux ».

Zineb El Rhazoui rappelle qu’à son origine, l’islam était un projet politique qui visait à établir un État et possédait à ce titre une dimension législative. Si l’islam veut pleinement s’intégrer dans les sociétés occidentales, il doit donc apprendre, comme d’autres religions avant lui, à être relégué à la sphère privée, croit-elle. Car ce projet et celui des sociétés démocratiques « sont incompatibles ».


« Il faut que l’islam apprenne et accepte de cohabiter avec la laïcité. On ne peut pas intégrer l’islam à la République avec sa vocation législative et son désir de fonder un État. […] S’intégrer, c’est d’abord accepter que l’islam est une religion au même titre que les autres religions et qu’il accepte à la fois la laïcité et l’humour. »

Mme El Rhazoui sera accompagnée pour son périple en terre québécoise de Patrick Kessel, le président du Comité laïcité République. M. Kessel approuve lui aussi le lien établi entre l’attentat parisien et la laïcité. « L’attentat a été tourné contre Charlie Hebdo, rappelle-t-il. Charb, le directeur, un ami personnel, était un combattant de la liberté de conscience. Donc, ils n’ont pas tué des mouettes ! Ils n’ont pas tué n’importe qui, n’importe où. C’est un choix de symboles au coeur de nos valeurs. Ce sont les valeurs qui ont été visées. » C’est le droit de se dire affranchi des dogmes religieux qui a été attaqué, selon lui.

Pique-nique criminel

Zineb El Rhazoui s’est fait connaître au Maroc pour y avoir fondé le groupe Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), qui combat tous les articles de loi d’inspiration religieuse. À ce titre, elle a organisé en 2009 le pique-nique des dé-jeûneurs, un gueuleton avalé en plein air en plein ramadan. « L’article 222 du Code pénal du Maroc punit de prison [un à six mois] toute personne qui mange en public », rappelle-t-elle. La militante a fait l’objet d’un mandat, mais n’a finalement pas été embêtée par la justice. Les menaces, elles, n’ont pas manqué.

Sa tournée au Québec aura pour point d’orgue la soirée-bénéfice organisée ce lundi soir au Lion d’Or par une poignée d’individus, dont l’auteure et militante Djemila Benhabib. L’événement, qui comprendra un important volet artistique (chanson, humour, dessin) rassemblera aussi tout ce que compte le Québec de militants pro-laïcité, et incidemment pro-charte des valeurs québécoises. D’ailleurs, plusieurs des organisateurs ou invités ont des liens avec le Parti québécois. Les profits de la soirée seront versés à l’éprouvé Charlie Hebdo.

Cette association entre les événements terroristes et la revendication d’une laïcité québécoise n’est pas de nature à plaire à Philippe Couillard. Encore la semaine dernière, le premier ministre a dénoncé cet « amalgame » en soutenant que la radicalisation n’a « rien à voir » avec la laïcité.

« La question de la neutralité de l’État est […] distincte. Encore une fois, je réfute l’amalgame entre cette question législative, qui est normale dans une société, et la prévention d’actes terroristes », a dit M. Couillard, de passage en Belgique. Cette Belgique où, trois jours plus tard, le musée Hergé a annulé le jour de son ouverture prévue une exposition sur Charlie Hebdo par crainte qu’elle ne mette la sécurité des citoyens en péril.

Quand on lui demande quel conseil elle donnerait aux Québécois qui jonglent avec ce débat, Zineb El Rhazoui dit qu’il « faut cesser de s’allier aux idiots utiles des intégristes […], ces gens qui disent toujours “oui, mais… quelque part, ils l’ont cherché”. Certes, ces gens ne sont pas des terroristes, mais par leur discours, ils donnent une certaine légitimité à ces actes. » À cet égard, elle déplore vivement la décision de certains médias, dont le réseau CBC au Canada, de censurer les images de Charlie Hebdo montrant le prophète Mahomet. « C’est une façon d’adouber les raisons pour lesquelles mes collègues sont morts. »

Mme El Rhazoui collabore à Charlie Hebdo depuis 2011 et a intégré l’équipe de rédaction de manière définitive il y a exactement deux ans. Elle rédige des textes. C’est à elle qu’on doit le hors série, illustré par feu Charb, La vie de Mahomet.

« Aujourd’hui plus que jamais, dit-elle, le combat pour la laïcité doit devenir un combat universel porté par tous les gens qui ont de sérieuses inquiétudes pour la liberté. »

78 commentaires
  • Luc Archambault - Abonné 26 janvier 2015 04 h 22

    Islamistophobie VS islamophobie

    Il faut faire la distinction entre Islam ( foi musulmane ) et Islamisme ( instrumentalisation politique théocratique et impérialiste du Coran et de la Charia ).

    Si l'islamophobie est à proscrire, l'islamistophobie est parfaitement admissible. Il y a des musulman,es démocrates en faveur de la laïcité de l'État, mais aucun islamiste n'est en faveur ni de la laïcité de l'État, ni de l'État démocratique.

    La laïcité de l'État participe de la lutte des musulman,es contre l'islamisation théocratique du monde musulman. L'islamistophobie participe du combat contre l'islamophobie.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 26 janvier 2015 08 h 04

      Comme le dit si bien Zined, le mot islamophobie est une imposture intellectuelle, et la distinction que vous tentez vainement de faire est, selon moi, une insulte à l'intelligence.

    • Alain Bouchez - Abonné 26 janvier 2015 10 h 35

      Il faut se rappeler que le terme islamophobie est une invention inventée par M. Tariq Ramadan, bien connu pour ses prises de position douteuses, intégriste radical quand il donne ses conférences en arabe, et communautariste (multiculturaliste) quand il parle en français.
      Ce terme ne veut rien dire, et sert d'arme à ceux qui prônent l'abolition de la laïcité là où elle existe, et le renforcement des communautarismes en Occident.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 26 janvier 2015 10 h 47

      Le mot «islamophobie» détient tout une histoire, rappellent dans une entrevue Caroline Fourest et Fiammetta Venner. «Il a été utilisé en 1979 par les mollahs iraniens qui souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de "mauvaises musulmanes" en les accusant d’être "islamophobes".» rappellent-elles. On l'a aussi utilisé aux lendemains de l'affaire Salam Rushdie. «En réalité, loin de désigner un quelconque racisme, le mot islamophobie est clairement pensé pour disqualifier ceux qui résistent aux intégristes : à commencer par les féministes et les musulmans libéraux.» mentionnent-elles également.

      Plusieurs avancent que ce terme est employé afin d'interdire toute critique de l'islam.

      Et en terme d'amalgame, Philippe Couillard n'est pas en reste. Daniel Baril et Djemila Benhabib, entre autres, ont dénoncé le fait que l'étude du problème de radicalisation religieuse soit confiée au ministère l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion. De même, en novembre dernier, Philippe Couillard s'est entouré de représentants d'une certaine communauté musulmane afin de contrer la radicalisation de jeunes Québecois. Djemila Benhabib et Nabila Ben Youssef ont contesté le choix de ces représentants, affirmant qu'il n'y avait pas qu'une communauté musulmane.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 26 janvier 2015 10 h 57

      Mme Lapierre dit: «Comme le dit si bien Zined, le mot islamophobie est une imposture intellectuelle...»

      Lorsque Mme Jeanette Bertrand déclarait avoir peur que des «étudiants de McGill», dont on comprend bien que dans son esprit ils étaient musulmans, lui enlèvent le droit de se baigner dans sa piscine...

      1- Est-on dans le domaine de la critique rationnelle de l'Islam?
      2- Peut-on légitimement parler d'islamophobie? Sinon, pourquoi?

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 26 janvier 2015 18 h 39

      La laicité et la neutralité de l'État est plus que souhaitable. (il y a une certaine superposition de ces deux concepts). Cela est vital pour le "vivre ensemble".

      Mais la lutte contre l'intégrisme et le terrorisme n'a rien à voir avec la laicité de l'État...Cette lutte concerne les services d'intelligence, les autorités frontalières, les organismes de sécurité et, surtout maintenant, un controle de l'internet et le blocage des sites qui prônent le djihadisme et l'incitation des jeunes à la radicalisation....

      Personnellement, je suis prête à limiter certaines de mes libertés individuelles, temporairement, en échange de plus de sécurité...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 janvier 2015 06 h 29

      Personnellement, Mme Wandelmaier, le fait de bloquer des sites qui prônent le djihadisme et l'incitation des jeunes à la radicalisation.... ne limite aucunement mes libertés individuelles; c'est un fléau comme les Pop-ups que mon ordi bloque; je m'en accomode très facilement.

      PL

    • Jacques Moreau - Inscrit 27 janvier 2015 09 h 19

      Est-ce qu'un catholique est Chrétien? Est-ce qu'un témoin de Jéhova est Chrétiens? J'aurais tendence à croire que oui dans les deux cas. Les deux sont basés sur un définition commune de Dieu, sur la Bible (commune à quelques interprétations près), des son "fondateur" Jésus suivie de Pierre son successeur. Pour mois, il y a plusieurs sectes "muslmanes" que l'on réunis sous le terme Islam. Même prophète, même Coran (à quelques lignes près), interprétation différente selon la secte.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 27 janvier 2015 10 h 34

      @ Jean-Christophe Leblond

      Les propos de Mme Bertrand avaient notamment rapport au fait qu'à Montréal, des membres de la communauté musulmane ont demandé que des heures de baignade libre non mixtes soient établies. Ce qui est le cas, notamment à la piscine St-Roch dans Parc-Extension (mais aussi à d'autres endroits). Ce qui avait été dénoncé par le mouvement laïque québécois

      Selon lui, cette demande contrevient à trois principes:

      - Un accommodement religieux doit être absolument refusé s’il entraîne une discrimination envers les employés de la ville. Ce qui est le cas, puisqu'on demande alors que le surveillant soit du même sexe que les baigneurs.
      - Un accommodement religieux doit être refusé s’il implique une réduction ou une privation de service pour l’ensemble des citoyens. Et on donne l'exemple d'un père qui ne pourrait pas se baigner avec ses filles ou l'inverse, une mère avec ses garçons.
      -Un accommodement religieux ne doit jamais occasionner de coûts
      supplémentaires en frais d’aménagement ou de gestion. Et là aussi, des aménagements ont dû être effectués afin de satisfaire une clientèle particulière.

      L'affirmation de Mme Bertrand était peut-être maladroite, mais pas aussi farfelue que cela puisse paraître: aussi longtemps que dureront des demandes d'accommodement pour des raisons religieuses, nous pourrions être confrontés à toutes sortes de demandes.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 28 janvier 2015 20 h 49

      OK! M. Lefèbvre... Nous sommes d'accord!

  • Robert Lauzon - Abonné 26 janvier 2015 06 h 10

    La laïcité c'est la liberté de conscience en privé!

    Pourquoi une religion prévaudrait-elle sur une autre? Pourquoi?

    Quoi qu'en pense M. Couillard, les wahhabites, pas plus que les sunnites ne devraient pouvoir influencer l'État.

    Pour préserver la démocratie et la liberté d'expression il est essentiel qu'aucune influence d'aucun groupe religieux, quel qu'il soit, ne puise être exercée sur l'État, ses employés, ministres et députés dans l'exercice de leurs fonctions.

    C'est à cause de pressions indues, que pour certains, Darwin est hérétique, que la terre est encore plate, que la Palestine souffre et que des scientifiques sont muselés.

    Le Québec peut et mérite beaucoup mieux!

    Seul un État dont la laïcité serait garantie par une charte enchâssée dans la constitution pourra, à son tour, élever ses débats et préserver les sensibilités des religions. A contrario, nous ne vivrions plus en démocratie mais sous les pouvoirs d'hommes, qui tout en interprétant des paroles dites de Dieu, nous imposent une théocratie. Pourquoi une religion prévaudrait-elle sur une autre?

    La religion doit pouvoir se pratiquer en privé, et se vivre en privé.

    Merci de m'avoir lu,
    RL

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 janvier 2015 08 h 13

      Vivons-nous en démocratie quand on cherche à limiter l'expression publique d'une vision des rapports entre le religieux et le politique? Que des individus ou des groupes aient le projet de nous placer collectivement sous le patronnage de Jésus, de Mahomet ou d'une passoire à spaghetti ne devrait pas nous préoccuper tant que nos lois ne leur accordent pas de privilège à cet égard et nous offrent le moyen de nous en protéger.

      Or, Par exemple, l'égalité homme-femme est déjà garantie dans nos chartes, de sorte que personne au Canada ne peut être soumis à la charia ou à quelque idéologie qui irait là contre. Cela ne signifie pas que de telles prétentions n'existent pas et qu'elles ne réussissent pas à créer de facto un régime de droit parallèle au nôtre, mais l'histoire récente montre que nous disposons déjà de tous les moyens légaux pour les combattre... sinon pour en venir à bout, comme de n'importe quelle forme de délinquence. À cet égard, il me semble que nous devons éviter de tomber dans le piège de l'escalade de la répression à laquelle les Boisvenu de ce monde rêvent.

    • Robert Lauzon - Abonné 26 janvier 2015 09 h 06

      @Richard Maltais Desjardins
      De garantir qu'aucune religion ne peut en brimer une autre est une façon de promouvoir l'accès à liberté d'expression. Ce n'est surtout pas demander aux gens de se taire mais bien de faire valoir leur point de vue en dehors de l'État.
      L'État ne devra jamais être d'une obédience au détriment d'une autre. Seul l'État-laïc peut favoriser la démocratie et la liberté d'expression qui vous sont si chères.

    • Lise Gagnon - Inscrite 26 janvier 2015 09 h 11

      "Quoi qu'en pense M. Couillard, les wahhabites, pas plus que les sunnites ne devraient pouvoir influencer l'État."
      La liberté de parole ne permet pas de s'autoriser de traduire la "pensée" non exprimée, donc SUPPOSÉE, d'un individu. Le premier qui s'est permis pareille divagation est M. Stéphan Bédard et il a tenté de présenter des excuses.
      Au Québec, les droits et libertés protègent les personnes. À l'article 1, on lit: Tout être humain a droit à la vie, ainsi qu'à la sûreté, à l'intégrité et à la liberté de sa personne. 1975, c. 6, a. 1; 1982, c. 61, a. 1.
      Une charte de plus ne nous protégerait pas davantage de gens abusifs qui n'ont d'égards que pour eux-mêmes et pour leurs croyances de tout acabit.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 26 janvier 2015 10 h 01

      Il semble vous échapper M. Maltais Desjardins, que la radicalisation religieuse échappe à toutes lois! Et qu'il est question ici, de la propagation d'idéologie islamiste notamment (et juive hassidique de par certaines écoles). Dans un article récent, Djemila Benhabib souligne: " Comprenons-nous bien, tant et aussi longtemps que nous allons tolérer sur notre territoire des organisations vouées à propager l’idéologie islamiste, qui remplit des crânes soigneusement vidés par un consumérisme sans âme, nous aurons toutes les raisons de craindre le phénomène de la radicalisation. Il faut d’urgence rétablir la démocratie dans ses droits, la laïcité dans toute sa force, et enseigner les valeurs et les principes citoyens à nos enfants."

      Et nulle part il est inscrit que l'égalité entre les femmes et les hommes a priorité sur une quelconque religion qui renierait ce principe. Par ailleurs, les lois dont vous vous réclamez ne semblent pas capable justement d'élucider ce principe non acquis dans certaines écoles juives hassidiques, pour ne donner qu'un exemple.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 26 janvier 2015 10 h 13

      M. Desjardins, les accommodements "raisonnables" sont la première intrusion dans la sphère juridique, et les faits parlent d'eux-mêmes.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 janvier 2015 10 h 48

      Le débat n'est pas nouveau. La question n'est pas de favoriser ou de brimer une religion, mais de faire en sorte que leur expression publique n'interfère pas avec la neutralité de l'État (je ne dis pas laïcité, cette catégorie ne s'appliquant que là un pouvoir civil et un pouvoir religieux sont en concurrence et doivent être circonscrits, comme c'était le cas jusqu'aux années soixante mais plus du tout aujourd'hui, le pouvoir institutionnel de « L'Église » étant dissout et nulle autre religion n'ayant une influence politique suffisante). On n'a pas à présumer de la probité avec laquelle les employés de l'État s'acquitteront des tâches qui leur sont confiées, lesquelles ne sont pas connotées religieusement. Qu'un professeur d'une école publique fasse profession d'athéisme (ce qui ne pose pas problème même si c'est une posture à l'égard du religieux, en passant) ou de catholicisme ou d'adhésion à l'Islam ne fait pas de différence tant que son enseignement n'en est pas affecté. Évidemment, je ne convaincrai certainement pas ceux pour qui l'Islam et l'Islamisme sont une seule et même chose, ni ceux pour qui aucune religion ne mérite le respect mis à part un athéisme qui s'affiche publiquement et librement avec la même véhémence qu'il pousse à la marge du privé tout ce qui n'est pas lui.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 janvier 2015 11 h 07

      Intéressante, la citation de madame Benhabib. Comme votre commentaire. Je ne crois pas que ce sont des lois plus répressives qui pourront empêcher la radicalisation, bien au contraire. Notez comment notre attachement à la liberté d'expression se rétrécit comme peau de chagrin aussitôt que nous sommes confrontés aux « idéologies ». C'est la mauvaise voie, je crois. Le pari de la tolérance, qui n'est pas celui de l'aveuglement ni de la molesse (sauf à qualifier ceux qui le soutiennent d'imposteurs) doit garantir l'expression la plus large des convictions en même temps qu'un cadre légal limite la possibilité de l'imposer aux autres... le port d'un signe religieux n'en faisant pas nécessairement partie.

      Madame Lapierre, l'appréciation des faits peut varier selon les sensibilités. Mais je crois que nous pourrions nous entendre sur le fait (!) que la charte canadienne devrait être modifiée pour corriger la préséance qu'elle accorde à la liberté de culte sur les autres libertés. Pas besoin de partir en chasse contre les « communautés » pour comprendre cela, je crois.

    • François Dandurand - Inscrit 26 janvier 2015 11 h 22

      D'où tenez-vous que la religion doit se pratiquer et se vivre en privé? C'est une vision athéiste de la religion. La Charte des droits prévoit la liberté de culte, ne vous en déplaise. L'espace publique n'est pas restreint aux athés ou laics. Il appartient à tous. La liberté d'expression ne se limite pas aux laïcs. Restreindre les libertés religieuses ne changera rien aux risque d'intégrisme. De plus la laïcité de l'État a très peu d'impact sinon aucun sur l'intégrisme. La France est un état laïc depuis plus d'un siècle et s'il est un pays frappé par l'intégrisme c'est celui-là. L'intolérance et l'ostracisation de l'étranger est sûrement le meilleur terreau de l'intégrisme. Vous n'avez qu'à voir les cités de la merveilleuse République Française si chère comme modèle aux intégristes laïcs.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 26 janvier 2015 11 h 27

      Les religions, notamment les religions monothéistes, méritent peut-être le même respect qu'elles démontrent envers les femmes? On oublie trop souvent que les religions refusent aux femmes le même pouvoir qu'elles accordent aux hommes, notamment aux "postes de pouvoir" de leur religion. Voilà pourquoi on va jusqu'en Amérique Latine et en Afrique chercher des prêtres masculins par exemple, plutôt que d'offrir "ces postes" aux adeptes féminines.

      Il est également paradoxal de voir les gouvernements militer pour l'égalité entre les femmes et les hommes alors qu'ils subventionnent amplement des organismes religieux et des écoles religieuses... intolérantes envers les femmes (spécifiquement à leurs "postes de pouvoir". Viendrait-il à l'idée des gouvernement de subventionner des organismes, aussi religieux soient-ils, hostiles aux Noir.e.s??? Alors, il est plus que temps que les gouvernements, à qui je donne ma part d'impôt, cessent les privilèges et subventions à ces organismes et écoles!

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 26 janvier 2015 13 h 48

      M. Maltais Desjardins, je vous prie de garder vos accusations pour vous et de ne débattre que les idées.

    • Carole Jean - Inscrite 26 janvier 2015 14 h 54


      Nos sociétés démocratiques et humanistes considèrent que la valeur primordiale est le respect de la vie humaine, bien avant toutes les idées, idéologies ou doctrines.
      L’intégrisme religieux croit plutôt que ce sont les contenus de leurs livres «sacrés» qui sont la valeur suprême.
      Il y a donc un conflit profond de valeurs. On ne peut pas être un(e) démocrate et en même temps être un intégriste religieux. Les deux valeurs s’opposent.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 janvier 2015 15 h 06

      Je croyais plutôt avoir reconnu que la charte canadienne justifiait en partie vos appréhensions, madame Lapierre...?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 janvier 2015 15 h 49

      Madame St-Amour, je suis d'accord avec vous que l'État ne devrait pas subventionner directement ou indirectement des groupes d'appartenance idéologiques parce qu'ils sont religieux, quels que soient les préceptes qui les fondent. Je pense aussi que la loi ne doit pas permettre d'outrepasser les droits fondamentaux au nom de la croyance sincère en l'autorité d'un texte religieux.

      Ceci dit, que je trouve condamnable moralement le sexisme dont font preuve les religions ne m'accorde pas d'autres droits que d'empêcher que celui-ci ne nuise directement à l'égalité entre les sexes. J'accorderais donc plein droit à un directeur d'école dont la religion exige des femmes qu'elles restent à la maison de le dire et de le défendre publiquement à la stricte condition que cette croyance n'interfère pas avec la pratique admise et valorisée par la collectivité. Je le jugerai sur ses actions, non sur ses opinions. Tout bêtement. Si son « intégrisme » le place d'emblée en opposition avec ces règles, il aura tout loisir de tenter de faire prévaloir sa vision des choses dans le cadre du débat démocratique qui prévaut dans une société ouverte, mais non de les modifier à sa convenance pour les rendre conformes à sa croyance.

      Excusez-moi de le rappeler : je suis parfaitement conscient que la charte canadienne accorde aux croyances religieuses un privilège de droit inacceptable. Je crois que s'il y a une menace objective et sur laquelle nous avons un réel pouvoir, c'est de ce côté-là. Assez de pouvoir pour changer les choses autrement que par l'indépendance nationale? Si c'était le cas, un autre argument en faveur de celle-ci!

    • Robert Lauzon - Abonné 26 janvier 2015 16 h 17

      @ François Dandurand La laïcité demande que nous adoptions une charte modifiée qui statuerait sur la stricte neutralité de l'État.
      Assurer la laïcité d'un État n'est pas interdire les religions, au contraire, dans un État de droit, tout ce qui n'est pas interdit est permis. Quand je dis privé, je veux dire personnel, sans campagne de prosélytisme.

      Aujourd'hui la constitution canadienne prône la suprématie de Dieu, nous vivons donc en théocratie. Est-ce vraiment que nous voulons au Québec?

      Pour lutter efficacement contre l'intégrisme, il faut éviter la ghettoïsation du multiculturalisme et favoriser l'intégration de tous par une politique d'immigration adéquate et l'abolition des barrières du corporatisme. Il n'est pas normal que des médecins deviennent commis de dépanneurs et que des ingénieurs soient chauffeurs de taxi. L'intégrisme ne règlera peut-être pas qu'avec la laïcité mais une société laïque, avertie et consciente de ses responsabilités pourra certainement y parvenir.

      Le Québec peut et mérite beaucoup mieux!

    • Johanne St-Amour - Inscrite 26 janvier 2015 16 h 27

      Si vous avez bien lu mon message, M. Maltais Desjardins, vous pourrez constater que je me prononce justement sur les actions des religions et particulièrement sur l'interdiction de sacerdoce aux femmes ou tout autre fonction de pouvoir interdite par les représentants religieux.

      Demander des modifications à la charte canadienne des droits et libertés n'est pas la seule façon de faire changer les choses. Il est important d'envoyer un message fort affirmant que l'égalité entre les femmes et les hommes n'est pas négociable, notamment en mentionnant dans la charte des droits et liberté de la personne, que celle-ci a préséance sur toute idéologie ou religion.

      L'observatoire recherche-action sur l'intégrime religieux est une excellente idée de Fatima Houda-Pepin, que Phililppe Couillard a eu la très grande maladresse d'éliminer de son caucus. Mais, comme on le voit ce ne sera pas la dernière de ses "maladresses"!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 janvier 2015 22 h 53

      Madame St-Amour, je crois avoir bien lu votre message. Bien que je sois de tout coeur pour l'égalité des hommes et des femmes, je ne crois pas que celle-ci puisse avoir pour conséquence de forcer une religion à donner l'accès au sacerdoce sous peine de disqualification légale. Dans un état neutre, chacun est libre d'adhérer ou pas à une religion, y compris aux valeurs éventuellement sexistes, traditionnalistes, sectaires qu'elle peut véhiculer. Le droit n'a pas à qualifier les motifs, seulement à assurer le respect de la loi. Le PM le soulignait (je sais que cela ne rend pas l'argument plus crédible aux yeux de ses adversaires politiques) : l'État ne doit pas sanctionner l'intégrisme religieux, seulement à protéger les citoyens contre les comportements objectivement hostiles, quels qu'en soient les motifs. Cela passe par la répression, mais aussi par la prévention, laquelle peut prendre bien d'autres formes que le désaveu laïque-athée.

    • Marie-Maude Lalande - Inscrite 27 janvier 2015 23 h 36

      Mme St-Amour, à travers vos réponses, je tenais à vous dite que je vous aime. Je partage tout votre point de vue.

      Enfin quelqu'un, et une femme, qui soulève que tout ce discours ne tient pas par le simple fait que d'un côté on prétend combattre les inégalités hommes-femmes, et de l'autre, on tente de laisser libre cours à l'expression des religions qui vont contre ça.

      Merci merci.

  • Gérard Pitre - Inscrit 26 janvier 2015 06 h 22

    On le connait mieux

    On le connait mieux maintenant qu'on croyait le connaître avant que malheureusement les québécois lui confient la gouvernance de l'État. Il refuse de faire un amalgame entre terrosisme islamiste et laïcité, alors que c'est d'une évidence crasse, par contre il est champion toute catégorie confondue lorsqu'il s'agit de faire l'amalgame P.Q=Référendum. Pour ça il est excellent, il ne donne pas sa place. Quand il s'agit de défendre les intérêts du Québec contre des enjeux internationaux, notre fli-flop national se cache derrière son silence. On appelle ça de la bravoure frileuse. Il me fait penser à un pêtit chien qui jappe après un gros chien, on croirait que le petit chien va dévorer le gros,mais dès que le gros montre ses dents, le petit chien court vite se cacher dans un trou. On pourra à la fin de l'année décerner à Philippe Couillard la médaille d'or de la lâcheté. Triste sir! Gérard Pitre

    • Paul Gagné - Inscrit 26 janvier 2015 21 h 42

      Cette chronique est accessible tant aux Abonné e qu'aux Inscrit

  • Raymond Chalifoux - Abonné 26 janvier 2015 06 h 35

    Pourquoi donc ai-je cet inquiétant sentiment que...

    ... que si le Québec gére aussi mal les 700 furoncles qui enlaidissent sa face - ses 700 sites miniers abandonnés -, il n'est pas exlu de penser et de craindre, qu'il pourrait AUSSI, en cette matière d'éventuelles atteintes à sa laïcité, faire preuve d'une coupable négligence sinon d'une certaine.. lâcheté?

  • Robert Lauzon - Abonné 26 janvier 2015 07 h 28

    La laïcité c'est la liberté de conscience en privé

    Pourquoi une religion prévaudrait-elle sur une autre?

    N'en déplaise à M. Couillard les wahhabistes pas plus que les sunnites ne devraient pouvoir influencer l'État.

    Des religions qui influencent l'État ce n'est plus la démocratie mais une théocratie. Or, le pouvoir théocratique que s'arroge des hommes qui, prétendent interpréter la parole divine, pourrait d'abord être l'expression d'intérêts personnels. C'est à cause de ces intérêts que pour certains, Darwin est un hérétique, que la terre est plate, que des scientifiques sont muselés, que Charlie aurait dû se taire, que la Palestine souffre, etc. Des hommes se servent de Dieu pour s'arroger ses pouvoirs.

    Seule laïcité favorise pleinement la démocratie et la liberté d'expression. Il faut donc protéger la laïcité par une charte enchâssée dans la constitution. C'est une condition sine qua none pour soustraire l'État, ses employés, ministres et députés de toute influence religieuse dans l'exercice de leurs fonctions.

    La liberté d'expression est un bien collectif précieux qui, dans le respect des lois, assure à tous le droit de se faire entendre, de faire valoir leurs points de vue. Une société qui réfute la liberté d'expression est une société malade, obscurantiste.

    Le Québec peut et mérite beaucoup mieux!

    Remettre pleinement ou partiellement les rènes du pouvoir aux religieux c'est priver le Peuple de sa liberté de conscience en installant la prévalence d'une religion sur les autres. C'est le: mon Père est plus fort que le Tien.

    La liberté de conscience doit être privée et se vivre en privé.

    Merci de m'avoir lu,
    RL