Québec veut une réforme inspirée d’Ottawa

La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil

Une réforme majeure de l’immigration, en partie inspirée par Ottawa, est en préparation au Québec.


Le temps est venu de remettre en question le modèle québécois d’immigration, d’examiner la façon dont le Québec sélectionne, accueille et intègre les étrangers au marché du travail, selon la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, qui entreprend mercredi un marathon de consultations qui durera toute l’année.


En entrevue à La Presse canadienne, la ministre Weil s’est dite prête à entreprendre une « grande réforme » de la relation entretenue entre la société québécoise et les étrangers qui déposent leurs valises chez nous, un processus qui entraînera une révision en profondeur de la loi québécoise de l’immigration, d’ici la fin de l’année.


Tout est sur la table, notamment, le modèle « unique en Amérique du Nord » fondé sur l’interculturalisme, un concept qui devra être mieux défini et « compris » par la population, le nombre d’immigrants accueillis chaque année, le mode de sélection, les pays privilégiés, l’importance accordée à la connaissance du français à l’arrivée, les cours de francisation, la reconnaissance des compétences acquises à l’étranger, la régionalisation et le partage de valeurs communes. La ministre veut un vaste débat et promet de se montrer « très ouverte à tout ce qui va être proposé ».


Les besoins économiques d’abord


Cependant, l’accent sera mis sur l’économie, par une meilleure adéquation entre le recrutement des immigrants et les besoins de main-d’oeuvre. La clé : dénicher les candidats ayant le bon profil pour occuper les emplois vacants. En cela, Québec s’inspirera d’Ottawa.


L’an dernier, le gouvernement fédéral a entrepris une réforme de son modèle de sélection des immigrants, dorénavant axé essentiellement sur les emplois disponibles au Canada. Chaque candidat doit produire une « déclaration d’intérêt » révélant ses aptitudes à répondre aux attentes des employeurs. La ministre Weil dit vouloir s’approprier ce modèle. Là « où je veux me rendre, c’est un système d’immigration basé sur le modèle canadien », a-t-elle soutenu.


En 2013, au Québec, le taux de chômage chez les nouveaux arrivants était de 11,6 %, soit de quatre points plus élevé que dans la population en général. Pourtant, la majorité d’entre eux sont très scolarisés : 57 % comptent au moins 14 années d’études.


Les employeurs seront donc invités à préciser de façon plus pointue leurs besoins de main-d’oeuvre et à définir le profil du travailleur qualifié idéal à attirer chez nous, secteur par secteur, région par région. Et les ordres professionnels seront conviés à mieux considérer les diplômes acquis à l’étranger.


Cela semble d’autant plus important à une époque où la recherche d’immigrants qualifiés est « beaucoup plus compétitive » que par le passé, commente la ministre.


La consultation publique sur la future politique d’immigration — l’actuelle politique date de 25 ans — débute mercredi à l’Assemblée nationale. Une cinquantaine d’intervenants y défileront au cours des prochaines semaines.


Suivra une autre consultation plus spécifique sur deux aspects délicats du dossier : les volumes et les bassins démographiques. En clair, il s’agit de déterminer le nombre d’immigrants qu’on souhaite accueillir chaque année et leur provenance.


Chaque année, entre 50 000 et 55 000 étrangers (51 959 en 2013) s’installent au Québec. L’Afrique — au premier chef le Maghreb — constitue le principal bassin de recrutement. De 2009 à 2013, un immigrant sur cinq (21 %) provenait d’Algérie ou du Maroc.


Au terme de ces consultations, la ministre produira sa nouvelle politique, qui sera accompagnée d’un plan d’action.


Enfin, à l’automne, point d’orgue de la réforme, la ministre déposera un projet de loi visant à « moderniser » la loi actuelle, « qui est vraiment désuète ». Ce sera le « dernier morceau de cette grande réforme », une pièce « absolument fondamentale » du casse-tête.


Faire plus pour le français


Un des défis du gouvernement sera de préciser quelle place donner à la connaissance du français avant d’atterrir au Québec et l’importance à accorder aux cours de francisation. À leur arrivée au Québec, près de la moitié (43 %) des immigrants ne connaissent pas un mot de français. « Qu’est-ce qu’on peut faire pour aller encore plus loin ? » et faire du français « le ciment », la langue commune au Québec, s’interroge la ministre, se disant bien consciente que les immigrants doivent avoir un « niveau de français adéquat » pour dénicher un emploi, clé d’une intégration réussie.


Le souhait de voir les nouveaux arrivants préférer la Côte-Nord ou la Gaspésie à Montréal constituera un autre enjeu de la consultation, quand on sait que trois immigrants sur quatre s’installent dans la grande région de Montréal.


 
63 commentaires
  • Leo Leduc - Inscrit 26 janvier 2015 03 h 44

    Interdit de séjour aux musulmans

    Nous sommes de race blanche de souche judéo-CHRETIENNE ou greco latine si vous voulez. Avec une charte c'est ce que nous rejetons.
    Pas pour moi merci. Je crois que je vais retourner a l'église.
    C'est notre histoire, notre culture, nos valeurs, crucifix avec.

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 janvier 2015 10 h 16

      Ce n'est sûrement pas l'idée que je me faisais de la laïcité, monsieur.

    • - Inscrit 26 janvier 2015 11 h 14

      Messieur, retournez à l'église, mais de grâce, laissez l'État en dehors de votre judéo-chrétienté. L'État n'est pas croyant, n'est pas agnostique, n'est pas athée: l'État est un lieu de rencontre qui permet le vivre ensemble. L'État laïc permet de croire mais ne doit d'aucune façon laisser les religions lui dicter ses lois ! C'est la première condition à la liberté civile que de ne laisser aucune croyance orienter les règles du vivre ensemble !

    • Djosef Bouteu - Inscrit 26 janvier 2015 12 h 09

      ? Un état religieux style maire de Saguenay anti-laïcité, non merci.

    • Pierre Desautels - Abonné 26 janvier 2015 12 h 55

      Si c'est votre idée du "vivre en société", il serait plus sage de rester à la maison, préférablement au sous-sol...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 27 janvier 2015 08 h 49

      Monsieur Auclair, je crois que ce genre de réflexion est au contraire typique d'une approche laïciste, c'est-à-dire d'une vision qui place le rapport au religieux au coeur de la définition de l'État. Il s'y cache un bon nombre d'athées qui se sont affranchis douloureusement du judéo-christianisme et dont la véhémence n'est que la figure inversée de cet attachement communautaire catho, crucifix compris!

  • François Ricard - Inscrit 26 janvier 2015 04 h 45

    Combien accueillir? Comment? Lesquels accueillir?


    En 2010, le Québec accueillait 53 981 immigrants, l’équivalent de 0,68% de sa population totale. Ce taux d’immigration est significativement élevé : aux USA, il est de 0,36%; en France, de 0,32%; au Royaume-Uni, de 0,38%. On peut et l’on doit se poser la question : le Québec est-il véritablement capable d’intégrer, année après année, autant de nouveaux venus?
    Une étude récente de l’Institut Fraser, commentée largement au Canada anglais, révélait que l’immigration imposait aux contribuables canadiens un fardeau budgétaire additionnel de 20 milliards $ par an.
    Et puis, il faut mettre de côté cette concoction saumâtre nommée interculturalisme qui n'est que le multiculturalisme sous un autre nom.
    Il faut viser l'intégration des immigrants et non leur simple inclusion qui leur permet de recréer le pays qu'ils ont quitté chez nous.

    • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 26 janvier 2015 09 h 30

      Je ne crois pas avoir lu que la grande inquiétude du parti libéral était le nombre.
      Eux, mettre l'accent sur ceux qui ont de l'argent, pas le talent, et le nombre ne les dérange pas du tout, malgré la quantité beaucoup trop grande pour notre capacité d'accueil.

    • Nicole Moreau - Inscrite 26 janvier 2015 11 h 57

      en plus, la ministre qui veut une politique d'accueil des immigrants axé sur la régionalisation de leur établissement mais qui en même temps accepte la fermeture, l'automne dernier, de sept bureaux régionaux et qui voit fondre les soutiens financiers aux organismes communautaires dont la mission est de favoriser l'intégration de ces personnes - un exemple, celui de Porte ouverte sur le Lac qui ferme ses portes

      le PLQ veut le nombre, mais ça prend des moyens pour l'intégration, pas seulement la francisation, mais aussi l'intégration, il manque de ressources depuis longtemps pour les deux

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 28 janvier 2015 09 h 51

      Il est interessant d'étudier la politique d'immigration de l'Australie...Beaucoup plus controllée, conditionnelle, restrictive et axée sur les besoins du pays...

      Par exemple, l'Australie a une vision beaucoup plus restreinte de la réunion des familles que ce que le Canada a mis en pratique depuis des années, au détriment du bon sens...On accepte un ingénieur mais avec lui vient 20 personnes non éduquées qui vont aboutir au chômage ou au BS...Sans parler des dépenses en Santé pour des gens qui n'ont jamais contribué au système...

      Je pense qu'on ne peut plus se permettre une générosité excessive. Dans ce dossier (et seulement ce dossier) Harper a raison d'y mettre de l'ordre!

  • Jean-François Trottier - Inscrit 26 janvier 2015 06 h 00

    La réforme en question exprime bien la position Libérale.

    Disons au départ que je souhaite depuis longtemps qu'il y a ait amélioration de l'accueil et de l'orientation des immigrants vers le marché du travail. Je me sens idiot de parler à un éboueur en l'appelant Docteur, tout important que soit le travail d'éboueur.

    Mais on ne se le cachera pas, la ministre remplit ici une double tâche: on ira chercher ailleurs les étudiants qu'on ne formera plus. Les coupes dans tout l'enseignement post-secondaire parle par elles-mêmes.

    Exit les immigrants qui ont un réel besoin de venir ici pour raisons économiques, on écrème. Il semble que le Québec est un pays pauvre.

    Au passage, un "niveau de fançais adéquat" est très loin de "langue d'usage". Au 43% qui ne connaît pas un mot de français, ajoutons ceux qui en connaissent quatre, soustrayons ceux qui parlent aussi l'anglais et ceux qui l'apprendront en même temps mais plus vite. Le but est de créer des jobs, pas des citoyens.

    • Robert Beauchamp - Abonné 26 janvier 2015 12 h 01

      Mme Weil conseillère juridique à Alliance-Québec: ça dit tout.
      Fille d'un immigrant juif-américain (à cause du racisme subit) elle a dû s'intégrer au réseau français. Ses commettants lui reprochent.
      (ce point a été noté dans un article du Devoir)
      Robert Beauchamp

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 28 janvier 2015 09 h 55

      M. Beauchamp...Votre attaque personnelle de Madame Weil ne démontre qu'un commentateur en manque d'arguments valables...

      On a critiqué, à raison, Harper pour ses attaques personnelles de bas niveau!

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 janvier 2015 06 h 25

    Côte-Nord ou la Gaspésie

    Attention pour la Côte-Nord ou la Gaspésie, ses habitants y reviennent car la diaspora vers l'Alberta s'achève; raison ? Baisse du prix du pétrole et baisse d'emplois. Ce serait assez plat que ces gars-là reviennent à la maison pour y trouver des étrangers occupants la place. Je dis ça de même.

    PL

    • Jean Richard - Abonné 26 janvier 2015 08 h 41

      Qui va à la chasse perd sa place.

      Si le taux de chômage en Alberta en arrive à dépasser celui du Québec, il est possible que nous assistions au retour de quelques enfants prodigues. Mais ça pourrait représenter un problème encore plus grand que celui des immigrants : ces travailleurs rentreront au bercail avec des gamins en cours de scolarisation en anglais. Vous devinez la suite : ils vont vouloir que leurs rejetons continuent à l'école anglaise – et la loi 101, pleine de trous et facilement contournable, va leur permettre de le faire.

      L'Alberta, comme le ROC intègre trop bien ses immigrants venus du Québec et ça, sans charte des valeurs. Quand on s'installe en Alberta, on devient Albertain. Combien se « désintégreront » en revenant au Québec ?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 janvier 2015 06 h 59

      Je suis parti en Algérie travailler pendant 3 ans, ce qui n'a pas fait de moi un algérien. Et comme ceux qui sont allé travailler en Alberta, ma femme et mes enfants vivaient toujours dans ma maison ici au Québec continuant leur petit train de vie à la grosserie du coin et à la même école, peut-être un peu moins miséreux que lorsque je ne travaillais pas du tout. Je considère même que j'ai fait rentrer de l'argent neuf dans mon patelin.

      Par amour pour ma femme et mes enfants, je me suis séparé d'eux durant ces années afin d'améliorer leur sort. «Chien qui va à la chasse perd sa place», vous dites. Ah, bon.

      PL

  • Cyr Guillaume - Inscrit 26 janvier 2015 07 h 09

    Enfin!

    Il était temps! Et j'espère qu'ils vont réduire le nombre d'au moins 30000, au decà de ce nombre, nous n'avons plus les capacités pour intégrer tant de gens au Québec. Si l'on pouvait choisir des gens non-religieux, je crois que celà aiderais grandement aussi.

    • Nicole Moreau - Inscrite 26 janvier 2015 14 h 44

      j'ai entendu des rumeurs à l'effet que l'objectif voulu par le gouvernement serait plutôt de 60 000 personnes!