La rentrée scolaire des autobus électriques

Les véhicules conçus par Autobus Lion ont une autonomie d’au moins 90 km, mais la grande majorité des bus scolaires circulent sur des trajets de 65 km et moins.
Photo: Autobus Lion Les véhicules conçus par Autobus Lion ont une autonomie d’au moins 90 km, mais la grande majorité des bus scolaires circulent sur des trajets de 65 km et moins.

Le gouvernement du Québec vient d’injecter 2 millions de dollars dans un projet-pilote de bus électriques en milieu scolaire. On parle déjà de faire du Québec un précurseur mondial dans le domaine.

« C’est vraiment l’application parfaite [du transport électrique] parce que tous les trajets sont connus à l’avance au 100 mètres près », explique Marc-André Pagé de la compagnie Autobus Lion, qui développe des autobus scolaires électriques, à Saint-Jérôme. « Le véhicule fait beaucoup d’arrêts qui permettent de régénérer la batterie. »

Les véhicules conçus par Autobus Lion ont une autonomie d’au moins 90 km, mais la grande majorité des bus scolaires circulent sur des trajets de 65 km et moins, précise le porte-parole.

La compagnie de 50 employés vient de recevoir 2 millions pour la phase de « précommercialisation » du produit. Un prototype a déjà été testé à Laval, mais on veut en concevoir au moins six autres pour tester le produit aux quatre coins du Québec. On parle de la région de Québec, de la Beauce, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, des Laurentides et peut-être de l’Abitibi.

« On veut voir si le produit est fiable et efficace », explique le porte-parole du ministère des Ressources naturelles qui pilote le dossier, Nicolas Bégin. « Il s’agit de le tester en milieu rural, urbain, dans de forts dénivelés… Bref, un peu partout. Ils vont recueillir des données pour voir s’il vieillit bien, s’il réagit bien au froid. […] Ce projet-là, ce serait une première en Amérique du Nord. »

En apparence, les bus construits par Lion ressemblent beaucoup aux bons vieux autobus jaunes qui décorent le paysage québécois depuis des décennies. Mais au lieu de rouler au diesel, ils se rechargent sur une borne électrique. Selon M. Pagé, ils ne seraient toutefois pas dépendants du réseau public de bornes (qui demeure limité) puisque les bus pourront se recharger tout simplement au garage des opérateurs.

« Étant donné qu’ils circulent deux, trois heures le matin et la même chose en fin de journée, ils ont amplement de temps entre les deux pour se recharger. »

Le hic, on s’en doute, est le prix de l’appareil, qui est deux fois plus élevé que son équivalent diesel. Mais Autobus Lion plaide que l’investissement se rentabilise facilement en coûts d’énergie. « Le coût du diesel est de 13 000 $ par an, alors qu’on parle de 2500 $ en électricité, dit-il. Le retour sur investissement est assez rapide. » En fait, cela prendrait six ans, soit près de la moitié de la durée de vie d’un autobus scolaire (13 ans selon la loi québécoise).

Mais c’est évidemment pour ses vertus environnementales que le gouvernement encourage la filière. On estime que pour chaque bus scolaire au diesel remplacé par un bus électrique, on réduirait les émissions de gaz à effet de serre de 23 tonnes par an. C’est d’ailleurs la deuxième fois qu’il soutient les projets de la compagnie puisque le gouvernement péquiste lui avait octroyé une subvention de 675 000 $ en 2013 pour la construction du prototype.

En plus du gouvernement, Autobus Lion s’est adjoint la collaboration d’une filiale d’Hydro-Québec qui construit des moteurs électriques (TM4), de la firme d’assemblage de câbles B3CG Interconnect et du Centre national du transport avancé.

Le gouvernement ira-t-il jusqu’à faire la promotion active du recours à l’électrique dans le transport scolaire ? « Non », répond Nicolas Bégin, qui précise qu’aucune aide n’est au programme pour les phases ultérieures de développement.

Rappelons qu’au Québec, les contrats pour les autobus scolaires sont octroyés par chaque commission scolaire auprès d’opérateurs privés qui ont leurs propres garages et leur propre personnel. Environ 8000 véhicules roulent sur ce circuit. La phase de précommercialisation vise notamment à tester l’intérêt de ces entreprises, précise le porte-parole d’Autobus Lion.

Le silence du Lion

Fait à noter, c’est en tendant l’oreille que les écoliers sauront les reconnaître. Les autobus électriques émettent un signal comparable à celui du métro pour prévenir les usagers de leur arrivée. L’entreprise a ajouté cet attribut parce qu’elle craignait que le silence de l’appareil cause des accidents.

Une fois cette phase de tests complétée, le produit doit être commercialisé à l’automne. Et l’entreprise croit pouvoir faire alors une percée notable aux États-Unis. « On vise surtout la Californie et l’État de New York, qui poussent beaucoup les technologies vertes et parce que les États-Unis ont des normes similaires aux nôtres pour les autobus scolaires, signale M. Pagé. On est attendus de pied ferme en Californie. En fait, si on pouvait en livrer tout de suite, je pense que ce serait déjà vendu. »

Reste à savoir si la baisse des prix du pétrole ne va pas contrecarrer ces beaux plans… Interrogé là-dessus, le porte-parole en minimise la portée. « La différence est tellement énorme entre les coûts de diesel et les coûts d’électricité. […] Ça peut peut-être allonger la période de retour sur investissement, mais pas assez pour que le projet ne soit plus viable. »

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1 commentaire
  • Leclerc Éric - Inscrit 26 janvier 2015 20 h 47

    Et si le projet devient concluant?

    Les commissions scolaires (du moins celles qui existeront encore à ce moment), réduiront-elles les taxes scolaires parce qu'elles ne seront plus facturées par les transporteurs pour l'essence en moins consommée?