Les politiques d’austérité provoquent deux démissions

Photo: Olivier Zuida

Un certain malaise plane au sein du conseil d’administration de la Société d’habitation du Québec, où deux démissions viennent d’être annoncées, provoquées par un mécontentement quant aux compressions dans les programmes que gère la SHQ et devant le manque d’indépendance du CA de la société d’État par rapport au gouvernement.

La Presse canadienne a obtenu copie de ces lettres de démission de deux des huit membres du conseil d’administration.

En entrevue, l’un des démissionnaires, Stéphane Grenier, a carrément parlé d’ingérence politique dans la gestion de la société d’État, censée être gérée par son conseil d’administration.

« L’austérité prend de nouvelles formes qui nous semblent complètement inacceptables dans le domaine du logement social : celles de l’ingérence politique dans la gestion des sociétés d’État et de l’appauvrissement des régions », critique M. Grenier, qui est également professeur à l’université et chercheur.

Il dénonce l’effet des politiques d’austérité du gouvernement Couillard sur des programmes qui ont pour but de venir en aide à des gens qui ont vraiment besoin de logement, notamment dans les régions, qui veulent par exemple mettre sur pied une coopérative d’habitation ou avoir accès à des logements communautaires.

Changements importants

M. Grenier démissionne aussi du conseil d’administration de la SHQ parce que, selon lui, le CA a pratiquement été mis de côté, ignoré, ces derniers mois. Entre autres, c’est par un article de La Presse canadienne, vendredi dernier, qu’il a pris connaissance des modifications apportées à l’un des importants programmes que gère le conseil d’administration de la SHQ, Accès-Logis.

La SHQ avait alors avisé ses « partenaires » qu’un budget de 53,6 millions, qui devait servir à soutenir des projets de logement communautaire jusqu’en mars 2016, était pratiquement déjà épuisé et qu’il n’y aurait pas d’autres fonds. Des modifications étaient aussi apportées aux critères du programme.

L’autre démissionnaire, Stéphanie Beauregard, est avocate. « Le constat que je fais est que le CA ne peut s’acquitter adéquatement de son rôle de gouvernance, car il ne sert plus essentiellement, dans les faits, qu’à avaliser les décisions du gouvernement », se plaint-elle dans sa lettre de démission.

« Bien entendu, le gouvernement est libre de faire les compressions budgétaires qu’il juge souhaitables », écrit-elle encore, mais « cela doit être fait en conformité avec les règles de gouvernance applicables et après évaluation des impacts en amont ».

M. Grenier affirme que le gouvernement court-circuite carrément le conseil d’administration de la SHQ depuis quelques mois. Par exemple, une réunion du conseil d’administration qui devait se tenir en décembre a été annulée « en nous disant qu’il n’y avait rien d’important » à y discuter.

À la Société d’habitation du Québec, la direction des communications a fait savoir qu’elle venait tout juste de recevoir les lettres de démission des membres du conseil d’administration. Le président-directeur général de la SHQ était en mission dans le nord du Québec et elle n’arrivait pas à le joindre.

La Presse canadienne a aussi tenté de joindre le ministre Pierre Moreau, de qui relève la SHQ, mais il se trouvait également dans le nord du Québec.

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