Bédard demande à Couillard de ne pas «importer» les valeurs saoudiennes

Le chef intérimaire Stéphane Bédard
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef intérimaire Stéphane Bédard

Saint-Jean-sur-Richelieu — Le premier ministre Philippe Couillard démontre une «grande insensibilité» à la «réalité québécoise» — où tous les cas de violation de droits de la personne sont condamnés avec force — sans doute en raison de son passage en Arabie saoudite, soupçonne le Parti québécois.

Le chef intérimaire Stéphane Bédard prie M. Couillard de ne pas «importer» les valeurs saoudiennes au Québec. «Il a été consultant auprès [de l’Arabie saoudite] à une certaine époque. Il semble [aujourd’hui] très imprégné de ces valeurs, de cette réalité», a déclaré M. Bédard lors d’un point de presse en marge du caucus pré-sessionnel du PQ. «On peut voir ce qui se passe ailleurs, mais en même temps on lui demande de ne pas importer cette réalité ici», a-t-il ajouté.

Les élus péquistes s’expliquent mal le «refus d’agir» du gouvernement libéral sur le front de la lutte à l’intégrisme religieux. «On a proposé des actions concrètes sur l’égalité entre les hommes et les femmes, sur la laïcité, sur la lutte à l’intégrisme et, chaque fois, Monsieur Couillard nous a taxés que ce soit de racisme ou d’intolérance. Il est mal à l’aise avec ces questions et il refuse d’agir», a affirmé M. Bédard.

Réaction de Couillard

Les propos de M. Bédard sont «à la limite de la diffamation», a lancé M. Couillard, visiblement irrité, en marge du Forum économique de Davos, en Suisse. Il a affirmé à la Presse canadienne qu'il pourrait y avoir matière à poursuite, mais qu'il n'avait pas de «temps à perdre» avec un «individu semblable».

Le chef de l’opposition officielle a montré jeudi un «signe de faiblesse» et a fait preuve d’un «manque de jugement» en s’attaquant à «une personne au lieu de [ses] idées», a ajouté le bureau du premier ministre Couillard.

M. Couillard a participé à la mise sur pied d’un service de neurochirurgie dans la ville saoudienne de Dhahran entre 1992 et 1996. Il a également siégé au conseil consultatif international créé par le ministre de la Santé saoudien en 2009.

«Est-ce qu'il est endormi?»

Il a été «habitué [de] voir des situations qui sont tout à fait déplorables dans une perspective nord-américaine», a souligné  le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier. «Est-ce qu’il est endormi?» s’est-il interrogé à voix haute. «On peut poser la question parce que de toute évidence il y a quelqu'un qui ne répond pas à l'appel.»

L’Arabie saoudite, qui applique à la lettre la charia, fait piètre figure notamment en matière d’égalité homme-femme, a-t-il insisté.

À l’instar des États membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Québec est interpellé par la montée de l’intégrisme religieux, a poursuivi M. Cloutier. «[Mais], de toute évidence, M. Couillard, c’est un peu Alice au pays des merveilles, il laisse entendre que tout va bien. […] Il y a peut-être trop de tolérance de la part du premier ministre en ce qui a trait à la violation faite aux droits de la personne. Son expérience personnelle l’invite peut-être à avoir une compréhension qui n’est pas juste de la situation», a dit le candidat à la chefferie.

Pour sa part, le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, exhorte M. Couillard d’«arrêtez de vivre [son] angoisse existentielle» et de légiférer afin de renforcer la neutralité religieuse de l’État québécois. «Y a-t-il des affaires de pas réglées avec l’Arabie saoudite? […] Pourquoi est-ce si compliqué de dire: “Voici les règles qui vont s’appliquer s’il y a des demandes d’accommodement [religieux]. On ne pliera pas sur l’égalité homme-femme. L’État est neutre. Voici ce que ça impose…” Mets ça dans un projet de loi et déguédine!» a lancé M. Drainville.

Lisée est choqué

De retour de Paris, Jean-François Lisée s’est dit «extrêmement choqué de l’attitude» de M. Couillard après les attaques de terroristes islamistes contre le magazine satirique Charlie Hebdo et l’épicerie Hyper cacher.

Le député de Rosemont demande au chef du gouvernement de «comprendre que ce que les islamistes radicaux veulent, c’est l’antilaïcité» et, du coup, de «reconnaître qu’il y a un lien entre la laïcité et la lutte au terrorisme islamiste». «Pour prévenir au maximum l’émergence de djihadistes sur le territoire québécois, il faut faire deux choses avec autant de vigueur l’une que l’autre: […] assurer l’emploi de la population maghrébine, faire reculer le chômage, faire reculer la discrimination à l’embauche [et] faire la promotion de la laïcité dans nos écoles», a affirmé M. Lisée, tenant un exemplaire de la dernière livraison de Charlie Hebdo sous le bras.

«Il est clair qu’il y a dans sa personnalité un refus de nommer même l’islam radical qui doit venir de sa volonté de ménager les susceptibilités des uns et des autres. Je ne dis pas que c’est négatif. Je dis que ce n’est pas approprié à la situation.»

Les élus péquistes pressent M. Couillard d’interpeller, à Davos, le prince saoudien Turqi al-Faisal al-Saud au sujet de la peine de 1000 coups de fouet réservé au blogueur Raïf Badawi, après avoir fait la promotion de la liberté de religion. «Ce serait incroyable que le premier ministre du Québec soit dans un périmètre d’un kilomètre avec un représentant de l’autorité saoudienne et n’essaie pas de le rencontrer et de lui en parler. Ce serait incompréhensible», a affirmé M. Lisée.

Le député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, est d’avis que les efforts du Québec, une province parmi d’autres, seront vains. «J’ai bien peur que ces gestes soient inoffensifs. […] Le Québec n’est pas un pays souverain. Alors les relations internationales appartiennent au Canada», a-t-il déclaré à l’entrée du caucus.