L’Arabie saoudite dit revoir le dossier du blogueur Raif Badawi

Le cabinet du roi Abdallah d’Arabie saoudite a commandé sous la pression de la communauté internationale à la Cour suprême de revoir le dossier du blogueur Raif Badawi. « Il espère que quelque chose va arriver bientôt, peut-être la semaine prochaine », a affirmé la conjointe du citoyen du Net, Ensaf Haidar, dans un entretien à la BBC. Raif Badawi a aussi échappé vendredi à la deuxième séance — sur 20 — de 50 coups de fouet que lui a réservée la justice saoudienne après qu’il a « insulté l’islam » en amorçant un débat sur son blogue, Liberal Saudi Network, sur une plus grande liberté religieuse et politique en Arabie saoudite, a-t-elle ajouté. Soupir de soulagement.

L’état de santé de M. Badawi aurait incité les autorités à suspendre la peine de 1000 coups de bâton de bambou. « On a procédé à [un] examen médical avant la séance de flagellation et le [médecin] a recommandé de reporter la séance à la semaine prochaine puisque M. Badawi n’a pas cicatrisé depuis la dernière fois », a expliqué Mireille Elchacar d’Amnistie internationale à La Presse canadienne.

L’homme âgé de 32 ans avait reçu une première série de coups de fouet le vendredi 9 janvier devant la mosquée Al-Jafali de Djeddah, soulevant l’indignation d’ONG comme Amnistie internationale et Reporters sans frontières, mais aussi du haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, de l’Union européenne, des États-Unis… et du Canada.

Moins de 48 heures après avoir lacéré à coups de fouet le dos du blogueur, le Royaume d’Arabie saoudite avait dépêché dans les rues de Paris, dimanche dernier, un représentant afin de condamner les attentats terroristes contre le magazine satirique Charlie Hebdo et l’épicerie Hyper casher, faisant 17 victimes. « La cause de Raif Badawi est devenue encore plus importante parce que le monde entier [y compris l’Arabie saoudite] est allé marcher à Paris », a déclaré la députée de Taschereau, Agnès Maltais, aux quelque 60 participants de la vigie organisée vendredi midi devant l’Assemblée nationale. Des rassemblements semblables étaient tenus simultanément à Montréal et à Sherbrooke.

L’Arabie saoudite « frappe » aussi les Québécois avec ce « délit d’opinion » ayant mené Raif Badawi dans les geôles du royaume le 17 juin 2012, a fait valoir l’élue du Parti québécois. La conjointe du blogueur, Ensaf Haidar, et leurs trois enfants, Tirad, Miryiam et Najwa, avaient pour leur part trouvé refuge à Sherbrooke après avoir été acceptés à l’automne 2013 comme réfugiés politiques au Canada. « La famille de Raif Badawi vit à Sherbrooke. Elle est des nôtres. […] Il faut défendre les nôtres », a-t-elle ajouté.

Le Québec est disposé à accueillir M. Badawi, lauréat du prix Reporters sans frontières pour la liberté de la presse en 2014, a indiqué le premier ministre Philippe Couillard à l’ambassadeur d’Arabie saoudite au Canada. « On a l’obligation de maintenir la pression. C’est une peine inacceptable, inhumaine. La liberté d’expression, c’est un droit fondamental. On doit se battre », a déclaré le député de Sherbrooke, Luc Fortin.

« Un régime, aussi rigide qu’il soit, lorsqu’il a des liens économiques très forts. […] S’ils veulent continuer à faire des affaires, ils vont trouver une façon, fort probablement, de ne pas perdre la face », a souligné la membre du groupe local d’Amnistie internationale, Michelle Jacob.

M. Badawi a écopé d’une peine de 1000 coups de fouet, en plus d’un emprisonnement de 10 ans, assortie d’une interdiction de voyage pendant 10 ans et d’une amende de quelque 300 000 $ pour avoir diffusé des idées. Les États ont la responsabilité de dénoncer en toutes circonstances les attaques à la liberté d’expression, et ce, même si leurs intérêts économiques peuvent être compromis, a plaidé M. Birnbaum.

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