Les libéraux pressent le CEM d’étudier le cas PKP malgré le refus du PQ

Le PQ accuse les autres partis de vouloir se débarrasser de Pierre Karl Péladeau.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le PQ accuse les autres partis de vouloir se débarrasser de Pierre Karl Péladeau.

Le gouvernement libéral invite le Centre d’études sur les médias (CEM) à amorcer ses travaux de recherche sur l’influence des patrons de presse — y compris le député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau — sur la « vie démocratique », et ce, malgré l’opposition du Parti québécois.

Le CEM, un organisme « sérieux » et
« crédible », devra « notamment » examiner la nouvelle donne posée par l’élection de l’actionnaire de contrôle de Québecor, Pierre Karl Péladeau, à l’Assemblée nationale, a dit le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier, lors d’un point de presse mardi après-midi.

De son côté, la leader de l’opposition officielle, Agnès Maltais, a reproché au CEM de « vise[r] uniquement » Pierre Karl Péladeau, ce qui est « inacceptable ». Elle a accusé à demi-mot le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec d’instrumentaliser le CEM, avec la complicité de Québec solidaire, afin de « sortir » M. Péladeau de l’Assemblée nationale. « Pour les libéraux, cela demeure l’objectif final », a-t-elle affirmé, n’écartant pas la possibilité de boycotter les travaux du groupe d’étude basé à l’Université Laval. L’élue péquiste aurait souhaité voir le CEM se pencher sur l’indépendance des journalistes par rapport à leur patron ; à Gesca et à Radio-Canada, par exemple.

Le ministre Jean-Marc Fournier s’est défendu de chercher à mettre hors jeu le grand favori dans la course à la direction du PQ, en l’évinçant de l’Assemblée nationale. « Il n’y a rien de plus faux. Il est possible que M. Péladeau, à un moment donné, ait un choix à faire, mais c’est lui qui fera le choix », a-t-il affirmé aux journalistes. « Il n’y a pas personne d’autre qui peut déclarer inéligible quelqu’un. Mais il est évident qu’il y a des conditions à l’éligibilité. Ça, c’est autre chose », a-t-il ajouté.

M. Fournier a déploré l’« aveuglement volontaire » des élus péquistes en matière d’indépendance journalistique depuis l’arrivée dans leurs rangs du propriétaire de l’empire Québecor. « Ne faites pas de choix, restez propriétaire de tout puis essayez de devenir premier ministre en même temps. » Ça, c’est le Parti québécois aujourd’hui », a-t-il lancé.

Le CEM refuse de confirmer

Le conseil d’administration tranchera s’il accepte ou non le mandat du Secrétariat à l’accès à l’information et à la réforme des institutions démocratiques en dépit de la grogne du PQ. « Pour l’instant, je ne peux que vous dire que le conseil d’administration du Centre se réunira à nouveau d’ici les prochains jours », a indiqué la directrice du CEM, Colette Brin.

Pourtant, le CEM avait acquiescé il y a quelques jours à la demande du gouvernement du Québec de remettre un « document de réflexion » — assorti de « pistes de réflexion », pas de recommandations — à la fin août 2015 sur l’« influence que peut avoir, grâce à ses médias, sur les politiques publiques et la vie démocratique un propriétaire ou un actionnaire important d’un média d’information ou d’un groupe de médias, notamment lorsqu’il participe, en tant qu’élu, aux instances politiques », selon M. Fournier. Il « souhaitait » toutefois voir sa démarche « entérinée par l’ensemble des partis politiques ».

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23 commentaires
  • Dany Leblanc - Inscrit 17 décembre 2014 04 h 01

    Méfiez-vous des Desmarrais.

    La famille Desmarrais n'a jamais senti le besoin d'être élue et pourtant, elle fait de la politique en soutenant les candidats libérals. La couverture politique des journaux de Gesca n'a jamais été neutre.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 17 décembre 2014 08 h 17

      Éminence grise

      On a qu'à consulter les divers articles et chroniques du journal LaPresse pour constater ce que vous dites.

      La dernière chronique de Lysiane Gagnon, intitulée L'empire culturel, en est un bon exemple.

      Pourquoi la famille Desmarais «s'abaisserait-elle» à faire de la politique en personne quand elle peut payer grassement des journalistes pour le faire à sa place ?

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 17 décembre 2014 14 h 49

      Concernant la famille Desmarais, grand magnat de l’information et administrateur de Gesca et de La Presse, il me semble évident que le Centre d’études sur les médias (CEM) ne doit pas se pencher uniquement sur le cas Péladeau mais devrait aussi se pencher sur la famille Desmarais omniprésente dans toutes les sphères d’influence.

      Hier dans «l’Œil du 20 heures » (TJ de TV5) il était question de ces grands patrons français qui siègent dans plus de trois conseils d’administration ou de comités exécutifs au détriment de l’article 19 du Medef (Mouvement des Entreprises de France) qui stipule qu’un administrateur (trice) «ne peut cumuler plus de trois mandats, une règle stricte pour empêcher que ce soit toujours les mêmes personnes qui se croisent d’une entreprise à l’autre évoquent les salaires, les avantages… », afin d’éviter surtout le cumul de mandats dans plusieurs conseils d’administration puisque cela nuit aux intérêts par rapport à l’entreprise et conséquemment aux intérêts français.

      Les journalistes québécois devraient également faire cette même recherche, ils découvriraient bien vite que la famille Desmarais est dans bien des sphères d’influences économiques, journalistiques et sociales y compris dans celle de l’éducation.

  • Pierre Labelle - Inscrit 17 décembre 2014 04 h 56

    Une job de bras....

    J'ai comme l'impression que madame Brin commence à voir clair dans les petites manigances du PLQ, intrigues menées sous la houlette du suave Fournier, l'apôtre des "basses oeuvres" de son parti. Ce même Fournier nous disait hier en conférence de presse que le PQ avit dit non 3 fois à des propositions venant de son parti et ou de la CAQ, "ah ben mosus", cela me rappelle un certain PLQ qui a dit non plus de 10 fois à la tenue d'une commission d'enquête sur les magouilles du monde de la construction, et devant la pression populaire de plus en plus forte il a finalement céder. On sait maintenant pourquoi il se battait pour qu'il n'y en aie pas de commission, les magouilles de toutes sortes étaient devenues une espèce de culture chez certain membre du PLQ; et pendant ce temps là, les coffres de ce parti débordaient de dollars. Alors pour les leçons de moral Jean-Marc faudrait peut-être que tu y réfléchisse à 2 fois avant de vouloir en faire à qui que ce soit.

    • François Ricard - Inscrit 17 décembre 2014 08 h 47

      Pour assurer l'impartialité du centre, M. Fournier leur remet 50 000$.
      Ce serait surprenant que le centre se contente de si peu.

  • François Ricard - Inscrit 17 décembre 2014 05 h 35

    Pourquoi limiter l'étude à une seule personne?

    Nous avons ici le cas de M. Péladeau que, manifestement, l'on veut écarter du pouvoir.
    Si demain c'est un M. Desmarais qui se pointe le nez, allons-nous recommencer l'opération? Ou la conclusion va-t-elle s'appliquer à tous ceux qui vont suivre?
    Et puis la sanction ne vaut-elle que pour la personne visée ou aussi ses parents de sang ou par alliance?
    Julie Snider pourrait-elle prendre se présenter à sa place? Jean Chrétien était pourtant parent avec Paul Desmarais, propriétaire de Gesca.
    La sanction visera-t-elle les amis et associés? Si M. Péladeau confiait ses avoirs à, disons, Jean-Martin Aussant, sera-ce acceptable? Paul Martin, à qui Paul Desmarais avait vendu Canada Steamship Lines pour un (1$) dollar, a été ministre des finances et premier ministre.
    Le PQ a certes raison de s'opposer à cette étude qui ne vise qu'une seule et unique personne, une personne honnête, intègre et honorable dont on veut brimer
    le droit démocratique de participer à la gouverne de son pays.
    Venant du PLQ, cette démarche biaisée ne surprend guère en regard des révélations faites par maints témoins de la commission Charbonneau. cependant, l'appui de QS sent l'opportunisme à plein nez, un opportunisme qui les déshonore.

    • Loraine King - Abonnée 17 décembre 2014 09 h 48

      'Julie Snider pourrait-elle prendre se présenter à sa place?' Que voulez-vous dire? Se présenter au conseil des ministres à la place du premier ministre Péladeau lorsqu'il se trouve en situation de conflit? Se porter candidate dans une circonscription, à la chefferie du PQ? Les règles concernant les actifs des ministres et de leurs conjoints existent déjà.

      Jean Chrétien n'a jamais été parent avec Paul Desmarais. Etre l'épouse ou conjoint de fait avec une personne comporte des implications légales qui n'ont jamais existées entre Messieurs Chrétien et Desmarais.

      Quant à la vente de CSL à Paul Martin pour un dollar, je lis plutôt que Paul Martin et Lawrence Patty ont acheté l'entreprise pour 180 millions, chacun ayant une part de 50%, et la part de M. Martin étant à 100% financé par la Banque Royale, avec l'entreprise comme colatéral.

    • François Ricard - Inscrit 17 décembre 2014 12 h 49

      Mme King,
      Alors je ne suis pas le beau-père de ma bru ni le grand-père de sa fille, qui est aussi la fille de mon garcon? Nous ne sommes pas "parents"?
      On a changé le code civil?
      En ce qui a trait à Julie Sneider: ou bien elle se présente à la place de M. Péladeau ou M. Péladeau lui vend son entreprise. Serait-ce acceptable?
      Si non, possiblement pourrait-il vendre à son beau-frère puisqu'ils ne sont pas parents selon vous.

  • Chantal Demers - Inscrite 17 décembre 2014 07 h 29

    Au vu et au su...

    S'acharner dans un tel "com-bas!"... alors qu'il est discutable du point de vue de la légitimité que ce soit les libéraux qui soient les demandeurs d'un débat pourtant légitime... pourvu que Pierre-Karl Péladeau n'en soit pas le réel visé...

    Ne mêlons pas les objectifs. Il me semble que nous avons un Commissaire à l'éthique. Il fait preuve à la fois de prudence et de fermeté. On ne cesse indirectement de saper la légitimité de cette nouvelle institution sans la laisser vivre d'abord. C'est quelque peu prétentieux, non?

    Cependant, à moins que mon interprétation de néophyte soit fautive, il me semble que nous avons une Charte des droits et libertés de la personne et que la discrimination basée sur la "condition sociale" n'est pas permise; "sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur ... la condition sociale", énonce son article 10. Et il me semble que de pouvoir se présenter en politique est une liberté en démocratie. Du moins... encore.

    Pierre-Karl Péladeau aura à choisir?... Bien sûr, mais on compte beaucoup sur la pression sociale pour faire le sale boulot à "notre" place! Et on fait tout pour l'alimenter, cette pression sociale. Jusqu'au harcèlement peut-être.

    Faire preuve d'une mauvaise foi acharnée au vu et au su peut-elle être faute effacée pour autant?!

    Cela me semble un mandat piégé, en partie caché sans l'être tant que cela. Le contexte ne se prête pas à un exercice sérieux, aussi sérieux soit l'organisme qui le réalise, car du recul temporel me semble nécessaire.

    • Gilles Théberge - Abonné 17 décembre 2014 11 h 57

      Vous avez raison madame Demers, et je ne trouve ni honorable ni crédible que l'Institution instrumentée ici par le PLQ sous couvert de vertu, le CEM, joue dans ce remake du dîner de cons et accepte de tenir le rôle principal.

      Mais finalement peut-être que les gens au sein de cette institution auront finalement un réflexe éthique, et refuseront de jouer au jeu du bourreau pour le compte et les intérêts partisans du PLQ!

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 décembre 2014 07 h 48

    ???

    Qu'est'il arrivé à «Tous sont égaux dans une démocratie» ? C'est pourtant la base fondamentale.

    Je veux bien comprendre que certains agissent en Roi une fois élu, mais ce n'est pas la «règle». Que que certains rouspètent, mais on ne change pas la donne pour autant. «Tous les citoyens sont égaux». -Ce sont ceux qui votent qui choisissent.- La preuve en est qu'on a eu toutes sortes de «tarlas» qui nous ont dirigés. Quand ils et elles ne font plus notre affaire, on les change aux élections; c'est à cela que ça sert.

    Ne me revenez pas avec les hauts cris possibles du PQ si un propriétaire de Gesca se serait présenté, il aurait fallu qu'il s'y plie tout autant. C'est la Norme ! C'est le Peuple qui choisit.

    Y a des «pours», y a des «contres», c'est l'évidence même et c'est clair sur toutes les tribunes. L'influence? Tous ceux qui se présentent cherchent à influencer. C'est aussi possible d'un côté de l'argument que de l'autre, c'est pour ça qu'on compte les votes –à la fin-.

    À moins de considérer que «le pouvoir vous reviens de droit divin» ou de considérer les électeurs comme des crétins. Mais… ces crétins… ce sont eux qui vous ont mis au pouvoir, non ? C’est la preuve vivante que le Peuple peut voter pour qui il veut.

    Le pouvoir que vous avez, ce sont ces crétins qui vous l’on «prêté»… pour 4 ans. Ce sont ces même crétins qui, dans 4 ans, rechoisiront celui ou celle qui les dirigera; celui ou celle qui ramassera le plus de vote sera le gagnant. Y a rien de plus simple et c’est l’évidence même pour tous les crétins. Qui vous a empêché de vous présenter vous ? Vous voulez «battre» PKP, faites-le dans l’Arène. Nous vivons dans une démocratie !

    Vous voulez changer les règles du jeu ? Faites un référendum; demandez la permission au Peuple car le Peuple est souverain !

    Vous pouvez quémander l’opinion de tous les experts que vous voulez, mais celui qui a le «Droit» de son côté est et demeurera le Peuple.

    Bonne journée.

    • Denis Beausoleil - Abonné 17 décembre 2014 09 h 58

      Oui, M. Lefebvre, mais vous semblez oublier que ces mêmes crétins dont vous parlez, sont abondamment influencés par la propagande libérale diffusée depuis des lustes par vous savez qui. Il me semble urgent de faire une étude sur toute la neutralité journalistique, non seulement le cas PKP.
      O. Lessard