Le bonheur total pour Kalala, ou presque…

Eunnick Josué Kakudji, que ses proches appellent Kalala, photographié dans une rue de Québec dimanche. Il a fui la RDC avec son oncle à l’âge de 15 ans. Ses parents et l’un de ses frères ont été tués. Après 13 ans d’attente, un frère et une sœur le rejoindront enfin, mais un autre frère restera séparé d’eux.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Eunnick Josué Kakudji, que ses proches appellent Kalala, photographié dans une rue de Québec dimanche. Il a fui la RDC avec son oncle à l’âge de 15 ans. Ses parents et l’un de ses frères ont été tués. Après 13 ans d’attente, un frère et une sœur le rejoindront enfin, mais un autre frère restera séparé d’eux.

Après 13 années marquées par la guerre, l’attente et l’exil, une famille de la République démocratique du Congo (RDC) sera finalement réunie à Québec pour Noël. Le bonheur serait total si l’un des frères n’avait pas dû rester derrière pour un point technique.

« Leur arrivée, c’est comme un cadeau de Noël pour moi. Il n’y a rien de plus que ça que je peux avoir cette année ! », lance Eunnick Josué Kakudji, que ses proches surnomment aussi « Kalala ». « Je suis très content, sauf que je m’inquiète pour mon frère qui est resté. Il a grandi avec les autres, c’est lui qui était avec les autres et là il reste tout seul. C’est difficile. »

M. Kakudji a 31 ans et réside dans le quartier Limoilou, à Québec. Il a une formation de plâtrier et fait actuellement des contrats en entretien ménager. Après une matinée au travail dimanche, il a passé l’après-midi à faire des courses pour accueillir sa soeur, Tanisha, 16 ans, et son frère Ezéckiel, 17 ans. Ils doivent arriver mardi. « Il faut les préparer, c’est l’hiver en plus ! Les bottes, le linge chaud, tout ça », explique-t-il en riant.

Leur famille a traversé tant de drames qu’on peine à y croire. Lors de massacres au début des années 2000, Kalala a réussi à fuir le pays avec son oncle vers les camps de réfugiés de la Tanzanie. À 15 ans, il a obtenu le statut de réfugié et est arrivé au Québec.

« Il était certain que sa famille avait été tuée », raconte Andrée Juneau du Service d’accueil des réfugiés de Québec (SARQ), l’organisme qui l’a appuyé dans ses démarches de parrainage. « En 2005, il a appris qu’effectivement leurs parents avaient été brûlés vifs en 2001. Mais ses trois frères et sa petite soeur étaient encore en vie et survivaient dans la brousse, laissés à eux-mêmes. »

Les quatre enfants vivaient depuis quatre ans comme des vagabonds. Ils survivaient en mendiant. Le SARQ essaie alors de rapatrier sa famille auprès de lui, sans succès. « On avait essayé d’organiser un parrainage, mais l’aîné n’avait pas encore 18 ans, donc ça devenait 4 enfants mineurs non accompagnés, ce qui est interdit par toutes les lois internationales sur le parrainage. »

Cinq ans plus tard, le frère aîné est majeur alors Kalala relance le processus. Il apprend alors que son autre frère, David, a été abattu par balle et que la petite est gravement malade. Elle a souffert de la malaria, d’une malnutrition très sévère et a contracté la typhoïde à plusieurs reprises.

Les démarches sont fastidieuses, raconte-t-il. « Ç’a été vraiment long. On demandait tout le temps de nouveaux documents. Il y avait tout le temps quelque chose qui manquait. On avait même perdu l’espoir. »

Le SARQ lance un appel à la ministre

Mais après des années de démarches, ils en sont finalement venus à bout. Le SARQ a fini par obtenir une exemption réglementaire pour que les enfants puissent voyager sans adulte puisqu’ils étaient orphelins et n’avaient pas le choix.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir
 

Or pour le grand frère Jean-Patrice, c’était trop tard. Il venait d’avoir 24 ans, alors que la limite d’âge pour être admissible au programme de réunification familiale est de 22 ans. « Ce qu’il y a de plus horrible dans ça, c’est que si ces les deux autres ont réussi à survivre, c’est grâce à lui », s’insurge Andrée Juneau. « Et là, il est tout seul à Lubumbashi [ville du sud de la RDC] parce que nos lois ont des restrictions. »

Mais Mme Juneau n’entend pas en rester là. « Nous allons faire appel à la ministre de l’Immigration du Québec qui pourrait utiliser son pouvoir discrétionnaire et se référer aux mesures dérogatoires qui existent pour délivrer un certificat de sélection parce que ça n’a pas de bon sens. »

Mme Juneau presse la ministre Kathleen Weil de l’aider. « Il ne “fitte” dans aucun programme. Il est trop vieux pour le parrainage familial. Il n’est pas réfugié parce qu’il est dans son propre pays, donc aucun organisme ne peut le parrainer. Il ne peut pas rentrer comme immigrant indépendant avec tous les préalables qui existent. Il ne parle pas français, n’a pas un sou qui l’honore, il est analphabète… Ça prend un permis de la ministre. »

Elle attend l’arrivée des deux jeunes avec impatience, mais pour elle comme pour Kalala, les sentiments sont mitigés. « On va avoir réussi à réunifier une famille, mais on va en avoir brisé une autre », se désole-t-elle.

La République démocratique du Congo est au coeur de l’un des conflits les plus meurtriers à avoir ravagé l’Afrique ces dernières décennies. Entre 1998 et 2003 seulement, des millions de personnes y ont été massacrées lors d’affrontements entre l’armée et des milices soutenues par les pays voisins.

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2 commentaires
  • Françoise Breault - Abonnée 15 décembre 2014 15 h 17

    Tristesse

    Quelle tristesse de voir que nos lois compliquent à ce point la vie de gens qui ont déjà tellement souffert. N'y aurait-il pas moyen de les rendre plus humaines.

    Heureuse pour Kalala et les être aimés qu'il va retrouver.

  • C.B. Boisvert - Inscrite 15 décembre 2014 15 h 21

    Bonheur et longue vie monsieur Kalala

    Je vous souhaite une vie calme et heureuse, à vous et à tous les membres de votre famille.
    Je souhaite également que vous puissiez bénéficier de toutes les aides possibles pour réaliser vos projets. Limoilou, c'est loin... j'habite Montréal. J'aurais aimé pouvoir collaborer et vous soutenir.

    Bravo à madame Juneau.