De l’argent frais bienvenu, mais jugé insuffisant

Visite guidée. Monsieur Paul, sorti de l’itinérance par l’Accueil Bonneau, fait visiter son logement à la ministre Charlebois.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Visite guidée. Monsieur Paul, sorti de l’itinérance par l’Accueil Bonneau, fait visiter son logement à la ministre Charlebois.

Dans un contexte décrié de rigueur et de compression budgétaire, Québec a dévoilé dimanche son plan d’action pour lutter contre l’itinérance, tout en annonçant l’ajout de 6,7 millions de dollars afin de prévenir ce type d’exclusion sociale. Des mesures saluées par les principaux acteurs engagés dans ce combat sur le terrain, mais qui réclament toutefois un peu plus de moyens pour permettre à ce projet ambitieux de se concrétiser.

« Le plan dévoilé est cohérent avec la politique nationale de lutte contre l’itinérance, a résumé dimanche Pierre Gaudreau, président du Réseau solidarité itinérance du Québec (RISQ) et coordonnateur du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). Les mesures de prévention identifiées sont également très bonnes, mais les moyens vont devoir être plus importants que ça pour permettre d’atteindre les objectifs de réduction de l’itinérance. »

Dans les grandes lignes, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique, Lucie Charlebois, de passage à l’Accueil Bonneau, haut lieu de l’entraide et de lutte contre l’itinérance depuis 137 ans à Montréal, a annoncé l’octroi de 4,6 millions de dollars supplémentaires, provenant du réseau de la santé et des services sociaux, pour tenter d’éradiquer la pauvreté extrême, celle qui conduit dans la rue, au Québec.

Une enveloppe spéciale de 2,1 millions, inscrite dans l’exercice budgétaire 2014-2015 uniquement, est accordée pour des projets spéciaux de formation, notamment des forces policières, a précisé la ministre, afin de mieux les préparer à des interventions dans le monde l’itinérance, où drogue et troubles mentaux foisonnent.

Ces sommes s’ajoutent aux 8,1 millions de dollars déjà investis par Québec dans ce combat, mais également aux 42 millions prévus pour la construction de 500 nouveaux logements sociaux, dont 240 dans la région de Montréal.

Des voeux pieux?

« Nous sommes devant un train de mesures nécessaires et importantes pour combattre l’itinérance, a commenté François Saillant, coordonnateur du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), mais plusieurs de ces mesures manquent de précision pour être vraiment prises au sérieux. » L’homme en veut pour preuve le revenu disponible chez les plus démunis. Québec propose simplement, dans le document dévoilé dimanche, « d’élaborer des mesures » afin d’aider les personnes en situation de pauvreté, dont les personnes qui vivent seules, à « améliorer leur sort ». « Qu’est-ce que cela veut dire ? Alors qu’en 2015, la prestation d’aide sociale est encore au niveau indécent de 620 $ par mois, c’est d’une augmentation de cette prestation dont on aimerait concrètement entendre parler », a-t-il affirmé.

Le FRAPRU déplore également que Québec consacre des fonds pour la construction de seulement 240 logements sociaux à Montréal, alors que les besoins sont bien plus importants. 53 000 ménages consacreraient aujourd’hui près de 80 % de leurs revenus pour se loger, « ce qui en place plusieurs à la lisière de l’itinérance », dit M. Saillant.

Fruit d’une concertation entre 15 ministères, le Plan d’action du gouvernement Couillard contre l’itinérance vise à mobiliser les forces vives sur le terrain afin d’enrayer cette dérive sociale à la source, a indiqué la ministre, notamment en prévenant les mauvais traitements infligés aux enfants et l’appauvrissement des adultes qui peuvent être des précurseurs de l’itinérance. Québec propose également des mesures ciblées pour les Premières Nations, mais aussi pour les femmes, dont la représentation va croissante dans le monde de la pauvreté et de l’itinérance, a reconnu Mme Charlebois.

Selon un premier portrait de l’itinérance au Québec dévoilé la semaine dernière, près de 2500 personnes sont admises chaque mois dans les refuges et autres centres d’hébergement d’urgence au Québec, majoritairement des hommes (86,7 %). Le taux d’occupation des lits d’urgence est évalué à 80 % par Québec, un chiffre toutefois remis en question par plusieurs organismes gérant ces centres d’hébergement, qui, durant l’hiver, sont confrontés à des cas très nombreux de débordement.


 
7 commentaires
  • Louis-Serge Houle - Abonné 8 décembre 2014 07 h 36

    »Rigueur» ou austérité?

    Le premier ministre Couillard se refuse d'appeler un chat un chat. Pour celui qui affirme que «l'austérité est une vue de l'esprit», il préfère parler de «rigueur» même s'il coupe partout et dans toutes les missions sociales de l'État, favoriserant ainsi la privatisation et la tarification. Et déjà, on lui donne raison lorsqu'on écrit «Dans un contexte décrié de rigueur et de compression budgétaire...».

    C'est d'austérité qu'il est question ici, même s'il s'agit de l'ajout d'un montant de 6,7 millions $. Après tout, ne coupe-t-on pas dans le financement des organismes communautaires et environnementaux et plus de quelque 10 millions dans l'action bénévole? Sans compter tout le reste...

  • Lise St-Laurent - Inscrite 8 décembre 2014 07 h 56

    Dommage!

    On critique toujours que c'est insuffisant mais on ne salue jamais l'initiative, peu importe le projet, le parti au pouvoir, pourquoi semble-t-on ne voir que le côté négatif? Parfois, je me le demande. Dire que ça fait du bien d'entendre que l'on se préoccupe du sort des gens plus démunis et que l'on souhaite faire mieux afin d'éviter que des jeunes prennent cette voie d'évitement, il faut se dire que c'est mieux que rien.

  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 8 décembre 2014 08 h 48

    Du Diamant aux sans abris ...

    La subvention éventuellement récupérée au théâtre Le Diamant pourrait être réattribuée pour les malheureux démunis de notre société.

    • Jacques-Hugues Bérubé - Inscrit 8 décembre 2014 15 h 54

      C'est le problème d'incompréhension de trop de gens de notre société vis à vis la gestion gouvernementale. Il ne s'agit pas de prendre l'argent d'un projet pour le donner à un autre. Il y a des ministères et des enveloppes budgétaires qui sont destinés à des projets spécifiques. L'argent qu'économiserait le ministère de la Culture en ne subventionnant pas le théâtre Le Diamant (ce n'est pas souhaitable) n'ira pas à la lutte à l'itinérance.

  • Lysline Parenteau - Inscrite 8 décembre 2014 09 h 47

    Une bonne nouvelle

    C'est une très bonne nouvelle, et le plan me semble viser juste. Les sommes ne couvrent peut-être pas tout, mais ce n'est pas une raison pour bouder le plaisir d'entendre cette mesure annoncée pour les itinérants. Dan Bigras (que j'aime beaucoup) disait récemment dans une entrevue à Télé-Québec quelque chose comme : il faut arrêter de "produire" des itinérants. Il a tellement raison. Je me trompe peut-être, mais je pense que le plan proposé va dans ce sens.

  • Francois Parent - Inscrit 8 décembre 2014 16 h 59

    Fausse route

    Il faut entreprendre les vrais moyens pour contrer l'itinérance et c'est en s'attanquant aux inégalités sociale que l'on résoudra le problème pas en investissant davantage d'argent dans les ressources qui seront grandissantes. Par exemple Harper se vante d'abaisser les impôts mais c'est un leurre car ce sont les revenus des contribuables qui ont été diminué par le chômage ce sont les riches qui bénéficient davantage des baissses d'impôt, non pas la classe moyenne ou bien les pauvres.