«[...] ma petite madame Carbonneau» - Les regrets de Jean Charest suffisent à la présidente de la CSN

Si la Fédération des femmes du Québec condamne les propos du premier ministre, Claudette Carbonneau ne lui en veut pas outre mesure. Cet incident lui a permis d'obtenir une rencontre avec Jean Charest, aujourd'hui à 16h, c'est-à-dire moins de 24 heures avant la «journée nationale de perturbation», à laquelle toutes les centrales syndicales participent d'une façon ou d'une autre.

Dans une entrevue accordée à un quotidien montréalais hier, au cours de laquelle il a voulu manifester son ouverture au dialogue avec les syndicats, le premier ministre a déclaré: «J'ai vu ma petite madame Carbonneau il y a peut-être un mois à Québec. Nous sommes très ouverts à la discussion». Juste avant, le premier ministre a pourtant appelé le président de la CSD «Monsieur Vaudreuil».

«Si j'avais à dire les choses différemment, je l'aurais peut-être dit différemment», a expliqué Jean Charest hier, à l'entrée du caucus des députés libéraux. Le premier ministre a tout de même tenu à donner un coup de fil à Claudette Carbonneau, tôt en matinée hier. «J'ai appelé Mme Carbonneau, car il y avait de l'équivoque dans les mots que j'ai lus. Ça pouvait se prêter à interprétation. Quand ces choses-là m'arrivent, j'aime autant être très clair et dire de vive voix à Mme Carbonneau que je n'avais aucunement l'intention de faire une remarque désobligeante, bien au contraire», a-t-il souligné.

Lors de l'entretien téléphonique, Claudette Carbonneau a saisi l'occasion pour réclamer une rencontre avec le premier ministre. Jean Charest a accepté.

«L'incident est clos», a lancé aux médias Claudette Carbonneau, hier, à l'ouverture du conseil confédéral de la CSN, à Québec.

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) dénonce les propos de Jean Charest. «L'utilisation de diminutif comme M. Charest l'a fait est tout à fait paternaliste et insultante. Aurait-il fait la même chose par rapport à un homme de petite taille? On peut en douter», a affirmé au Devoir Danielle Hébert, coordonnatrice à la FFQ. La députée péquiste Louise Harel estime que le premier ministre devrait présenter ses excuses publiquement. «Je pense qu'il n'aurait jamais dit une chose semblable si ç'avait été un homme chef syndical. Il n'aurait pas dit: "le grand Henri Massé". Je me suis dit que ça manifestait beaucoup d'irrespect à l'égard d'une représentante de centaines de milliers de syndiqués membres de la CSN», a-t-elle dit.

Dans le cadre de la rencontre, qui aura lieu à 16h aujourd'hui, Claudette Carbonneau souhaite que le premier ministre envoie un «signal d'apaisement» et qu'il propose soit le report ou le retrait de projets de loi, soit des amendements «substantiels» à certains d'entre eux. «Je l'ai entendu dire qu'il était à l'écoute de la population du Québec. Je trouve qu'il y a là un beau test. Voilà ce qu'on compte aller vérifier», a-t-elle souligné. En retour d'un changement de cap du gouvernement, notamment en ce qui concerne le projet de loi visant à faciliter le recours à la sous-traitance, la CSN est prête à faire des concessions au sujet de la réduction des unités d'accréditation dans le réseau de la santé.

Même si Jean Charest se montre inflexible, Claudette Carbonneau dit «donner la chance au coureur». «Pour un gouvernement, attendre, ce n'est pas honteux. Amender, ça n'a rien de honteux», a lancé Claudette Carbonneau.

La rencontre avec le premier ministre ne change aucunement les plans de la CSN concernant la «journée nationale de perturbation» du 11 décembre. Claudette Carbonneau assure que les citoyens ne seront pas pris en otage demain.

En plus de la CSN, la FTQ, la CSQ, les syndicats de la fonction publique et des professionnels du gouvernement, la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec et la Fédération indépendante des syndicats autonomes tiendront demain des assemblées syndicales sur les lieux de travail ou prendront part à diverses manifestations. Et c'est sans compter le débrayage des Centres de la petite enfance et l'implication de syndicats locaux et de groupes sociaux.

Jean Charest demande aux leaders syndicaux d'«assumer leurs responsabilités», de prendre «toutes les mesures nécessaires pour que les citoyens du Québec puissent recevoir les services auxquels ils ont droit» et de «s'exprimer dans le respect des autres citoyens».

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