L’opposition refuse de se presser pour Barrette

Québec solidaire a sommé les libéraux de ne pas imposer le bâillon pour faire adopter le projet de loi 10 du ministre Barrette avant la fin de la session.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Québec solidaire a sommé les libéraux de ne pas imposer le bâillon pour faire adopter le projet de loi 10 du ministre Barrette avant la fin de la session.

Les dizaines d’amendements n’y changeront rien. S’il pense sérieusement voir le projet de loi 10 adopté avant l’ajournement des travaux parlementaires, vendredi, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, croit au père Noël, disent les partis d’opposition.

« C’est impossible. C’est impossible », a répété le député caquiste Éric Caire, après avoir jeté un coup d’oeil à la « pile des amendements » dévoilée lundi par le cabinet du ministre.

De son côté, la députée solidaire Françoise David cherchait à dissuader le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier, de recourir au bâillon afin de forcer un vote, cette semaine, sur le projet de réforme modifiant le réseau de la santé, notamment par l’abolition des 18 agences régionales. Le Québec aurait les allures d’une « sorte de dictature », a-t-elle fait valoir. « Ça n’aurait aucun sens ! On est à l’article un. Il y en a 160 », a-t-elle déclaré en marge de l’étude détaillée du projet de loi en commission parlementaire.

Pour l’instant, le recours au bâillon « n’est vraiment pas dans les plans », indique-t-on au bureau de M. Fournier.

Le ministre Gaétan Barrette souhaite voir le projet de loi 10 adopté « le plus vite possible », d’autant plus que les amendements déposés lundi « répondent » selon lui « à la totalité des critiques et des commentaires » exprimés jusqu’à ce jour.

« Architransitoire »

La version remaniée du projet de loi octroie un pouvoir de nomination des dirigeants des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) « architransitoire » au ministre, a-t-il souligné à gros traits en point de presse. Ainsi, le ministre pourra désigner une seule fois la majorité des membres des conseils d’administration des nouveaux CISSS. « [Dans] le texte, toutes les nominations commencent par : “Pour la première nomination.” Après, ipso facto, je n’ai pas ce pouvoir », a-t-il déclaré. Il gardera la main haute seulement sur le choix du p.-d.g. et du président du C. A. de chacun des CISSS. Il s’agit d’une formule « similaire » à celle en vigueur à l’heure actuelle, a soutenu M. Barrette. « C’est à l’image des sociétés d’État. »

Le ministre a également consenti à ouvrir la porte des conseils d’administration des CISSS à quatre membres supplémentaires (de 13 à 17), dont deux représentants des usagers. Il s’est aussi engagé à garder intacts les comités des usagers des CSSS à travers le Québec. Leur financement restera « tel quel », a-t-il promis.

Après réflexion, M. Barrette a convenu de créer un deuxième CISSS en Montérégie — où la population s’élève à 1,5 million d’habitants —, ainsi qu’un « tout petit » CISSS aux îles de la Madeleine pour « des raisons évidentes de géographie ». Il a également mis à l’abri de toute fusion l’Institut Philippe-Pinel de Montréal, le CHU de Québec et l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Ainsi, le nombre d’établissements du réseau de la santé passerait de 182 à 33, plutôt qu’à 28.

M. Barrette s’en est tenu à des « changements cosmétiques », ont déploré en choeur le Parti québécois et Québec solidaire. La députée péquiste Diane Lamarre a dénoncé une nouvelle fois l’absence de plan de transition et d’évaluation des coûts du projet du projet de réforme. Les élus péquistes « [vont] collaborer de bonne foi » aux travaux de la commission parlementaire, a-t-elle affirmé lundi. « Mais, il y a 165 articles… »

M. Barrette a effectué des « progrès significatifs et intéressants », a applaudi la Coalition avenir Québec. « De là à dire que tous les problèmes ont été corrigés, je me laisse une marge de manoeuvre », a nuancé M. Caire.

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8 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 décembre 2014 03 h 57

    Pourquoi ?

    « à la totalité des critiques et des commentaires » (Gaétan Barrette, SSS, PLQ)

    Yahou ?

    Si tel est le cas, ce questionnement :

    Pourquoi tant de grogne se poursuivant autour de ce projet de loi 10 ?

    Pourquoi ? - 2 déc 2014 -

    • Gérard Pitre - Inscrit 2 décembre 2014 11 h 58

      Henri Gazeau (suite). Autre point directement relié à ce ministre arrogant ainsi qu'à tous les autres. Si nous avions un régime parlementaire de type républicain, même dans un statut provincial, où chaque député pourrait voter selon sa conscience et la volonté de ses électeurs, sans que le gouvernement soit battu et aille en élection, ça forcerait le ministre à refaire ses devoirs et être à l'écoute de la population. On ne me fera jamais à croire que dû à la ligne de parti, que tous les députés d'une même formation soient automatiquement d'accord avec tout ce que leur chef leur dit. La ligne de parti dans un système parlementaire britannique est vicié et vicieux en partant; ça ne laisse aucune place à la dissidence et c'est malsain pour la démocratie. Puisque les partis politiques n'ont jamais eu intérêt à le changer, même
      si dans l'opposition ils disent vouloir le faire, dès leur arrivée au pouvoir, ils ne font rien, car ils réalisent que ce contre quoi ils critiquaient, les avantages et bien fous seraient ceux et celles qui voudraient se défaire d'une chose qui nous rapporte. La seule façon de changer ce système c'est par une pression populaire tellement forte que n'importe quel gouvernement ne pourrait y résister. Tant et aussi longtemps que cela ne se produira pas, nous serons condamnés à subir l'insurportable. Pour que ça change, il faut qu'il y ait une mobilisation et une prise de conscience pour que les choses bougent, autrement rien ne se passe. Québécois et québécoises de toutes tendances, tenons-nous debout et forçons ce gouvernement non représentatif de la majorité des citoyens à écouter ce que les citoyens ont à dire et non à sans fouter, car c'est ce qu'ils font depuis le 7 avril dernier. Gérard Pitre

  • Henri Gazeau - Inscrit 2 décembre 2014 09 h 19

    Quand les hypercrises suscitent toutes les hypocrisies

    Peut-on faire confiance à un ministre – à un gouvernement – qui, pendant des mois, agit à sa façon, impose ses vues et réforme à tour de bras puis qui, à l'approche des Fêtes, simule la flexibilité en «proposant» un nombre d'amendements tel que – il le sait pertinemment – les parlementaires n'auront jamais le temps d'en peser toutes les implications?

    Et bien sûr, ce sont les députés – qui, pourtant, représentent au moins aussi bien les électeurs – qu'on blâmera si le texte n'est pas adopté à temps...

    Mais au fait, pourquoi imposer un tel calendrier?

    La tyrannie du nombre, du quota et de la précipitation... On dirait une pétrolière qui presse la société civile de dire amen le plus vite possible à ses projets d'exportation, sans quoi l'économie du pays tout entier va s'écrouler.

    C'est pourtant la même qui, face à l'impossibilité de reprendre les travaux à Cacouna avant l'hiver, «reconnaît» maintenant (sans doute avec autant de bonne foi que notre ministre aux 160 amendements) qu'il faut prendre le temps de mieux étudier le projet, compte tenu des risques.

    Mais alors, si TransCanada est capable d'une telle prise de conscience (toute cosmétique, évidemment), pourquoi un médecin – bien davantage soucieux de la collectivité... théoriquement! – ne le serait-il pas?

    • Gérard Pitre - Inscrit 2 décembre 2014 11 h 44

      Henri Gazeau. Ce ministre est imbu de lui-même. Il n'écoute personne, mais le plus à blâmer dans ce fouilli est le premier ministre Couillard qui ayant été ministre de la santé sait très bien les conséquences désastreuses qui vont en découler. Leur but non avoué et non avouable est de rendre le système de santé ingouvernable ouvrant ainsi toutes grandes les portes au privé, ce qui diminuerait d'autant les charges financières que ça coûte au gouvernement, cependant ce sont les citoyens qui écoppéraient parce que chaque citoyen devra sortir de poche des sous pour se faire soigner au privé. Ces deux de piques que les québécois ont remis au pouvoir détestent tout ce qui est État et si nous n'y prenons garde, nous allons nou réveiller devant le fait accompli, et là on entendra des pleurs et des grincements de dents, parce que tous ceux et toutes celles qui leur ont donné le pouvoir sans réfléchir aux conséquences, n'ont aucune excuse parce que ils savaient ce qu'avait donné 9 ans de corruption libérale. Ils sont donc responsables à 100% de leur inconscience politique. J'aurais le goût d'ajouter: qu'ils en subissent les conséquences maintenant, mais malheureusement c'est nous tous qui devont en subir les conséquences même si nous n'avons pas voté pour ces corrompus et que jamais tant et aussi longtemps que j'aurai une parcelle de vie je voterai pour eux autres. Jamais au grand jamais. Gérard Pitre

  • Pierre Bernier - Abonné 2 décembre 2014 09 h 44

    Le temps de l'action ?

    Le temps de la législation n'est pas le même que celui de l'action.

  • Christian Fleitz - Inscrit 2 décembre 2014 11 h 02

    Dans ce domaine de santé publique, les problèmes sont réels mais ailleurs que dans des pratiques de politique politicienne....

  • Johanne Bédard - Inscrite 2 décembre 2014 12 h 43

    Quand ?

    Mais quand le peuple québécois va-t-il enfin se DÉCIDER à agir !

    Trop de paroles et pas assez de gestes concrets. Ne me parlez pas des manifestations « complaisantes » comme celles de samedi, 29 novembre...

    Vous n'êtes pas outrés de faire rire de vous, de vous faire voler, insulter, traiter comme une minorité de basse classe ?

    Allumez ! Réveillez-vous ! Ne voyez-vous pas que ce gouvernement crapuleux s'amuse à nos dépends ? C'est pourtant clair !! Ça vous prend quoi de plus pour vous affirmez ?