Paradis blâme la commission Robillard

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Pierre Paradis
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Pierre Paradis

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Pierre Paradis, a sévèrement critiqué la Commission de révision permanente des programmes (CRPP), présidée par Lucienne Robillard, dont les commissaires n’ont pas la «connaissance» nécessaire, selon lui, pour analyser un secteur aussi complexe que l’agriculture.

« Partout dans le monde, c’est toujours le secteur le plus complexe et ils l’ont traité comme un fabricant de meubles », a affirmé Pierre Paradis au Devoir. Il a accusé la commission Robillard d’avoir envoyé « un signal de désinvestissement » à l’industrie agroalimentaire en recommandant que les agriculteurs assument tous les coûts du Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles, ce qui représente une coupe de 300 millions dans la Financière agricole.

De son côté, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, avait un tout autre point de vue sur la compétence de la commission Robillard, remerciant, dans un point de presse, « la présidente et les commissaires pour la rigueur avec laquelle ils ont mené leurs réflexions ».

Le rapport de la CRPP contient des données « inexactes », selon Pierre Paradis. Ainsi, les commissaires ont fixé à 630 millions les crédits consentis à la Financière agricole alors qu’ils ont été réduits à 598 millions dans le dernier budget Leitão et qu’une ponction de 113 millions s’est ajoutée en octobre, pour une compression totale de 145 millions. C’est une contribution substantielle du monde agricole à l’atteinte de l’équilibre des finances publiques, selon le ministre.

En comparant le financement étatique de l’agriculture au Québec, au Canada, aux États-Unis et en Europe sur deux ans seulement, les commissaires ont erré. « Sur dix ans, il n’y a pas un secteur économique économique qui est plus payant, et j’inclus l’aéronautique », a avancé le ministre.

Proposer qu’une assurance privée prenne la relève de l’assurance stabilisation administrée par la Financière agricole, proposer également une coupe de 1,3 milliard dans les transferts aux municipalités, notamment en régions, est inapplicable. « Il y a quelque chose d’irréel », juge Pierre Paradis. « Ça n’a pas de bon sens. »

Tous les pays subventionnent leur agriculture « parce que c’est une obligation de l’État de s’assurer que la population puisse manger », a rappelé le ministre. Prévenant les coups, il a commandé une étude sur l’apport économique de l’industrie agroalimentaire à l’Institut du Québec, de Raymond Bachand, étude qu’il attend d’ici les Fêtes. D’ici quelques semaines, il recevra aussi un rapport d’un comité qui s’est penché sur l’aide apportée au secteur et sur la simplification des programmes.

Soutenir l’agriculture au Québec est rentable pour l’État et assure un emploi sur dix en régions, a affirmé le ministre. « La demande de produits alimentaires, tant sur les plans local, national et international, est en croissance. Il faut absolument que le Québec fasse partie de cette croissance économique. » L’industrie agroalimentaire au Québec est performante, a-t-il ajouté. « On ne serait pas sur les marchés internationaux si on n’était pas pas performants. »

Pas de tablette pour le rapport

Pour sa part, Martin Coiteux a soutenu que le gouvernement Couillard n’avait pas l’intention de mettre sur « les tablettes » le rapport de la commission Robillard, même s’il avait pris des décisions qui différaient des recommandations du rapport rendu public dimanche. Le président du Conseil du trésor a donné l’exemple de la modulation des tarifs des services de garde que le gouvernement a annoncée et qui « s’inscrit très bien dans l’esprit des recommandations de la Commission ».

« Il faut maintenant poser un geste historique, il faut agir, faire des choix plus structurants pour l’avenir » a-t-il dit, reconnaissant que les changements déjà annoncés « suscitent de vives réactions ».

« Ce sont là des réactions normales liées au changement », estime Martin Coiteux. « Le gouvernement a décidé de prendre le taureau par les cornes », a-t-il dit, ajoutant qu’« il n’y aura pas de vaches sacrées ».

Le gouvernement a tenu un long Conseil des ministres, lundi, qui s’est terminé en soirée, afin de discuter, notamment, des mesures qui seront annoncées, la semaine prochaine, lors de la mise à jour économique et financière du ministre des Finances, Carlos Leitão.

Martin Coiteux entend s’attaquer aux « rouages administratifs » et annoncera — mardi, a-t-on indiqué au cabinet de Philippe Couillard — des « décisions qui auront un impact majeur pour l’avenir du Québec ».

33 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 25 novembre 2014 01 h 06

    Bravo à M.Paradis!

    Il à bien raison! Ce n'est pas au milieu agricole à payé pour les erreurs du passé! D'ailleurs ce n'est pas à aucun milieux en particulier à assumer la facture! Je parie, par contre, qu'il se fera tapé sur les doigts très bientôt par le bon docteur. Ah si seulement les Québécois n'avaient pas élu Jean Charest, nous n'aurions pas PERDU 40 milliards à la CDP du Québec, en plus de voir la dette augmenté titanesquement.

  • simon villeneuve - Inscrit 25 novembre 2014 01 h 50

    Au moins un "vrai" liberal qui voit clair...

    M.Paradis etait le mouton noir de Jean Charest.
    Quand les liberaux deviennent trop conservateur (comme Charest, ancien conservateur au federal), c'est souvent la qu'on entend M.Paradis se rebiffer.

    "Proposer qu’une assurance privée prenne la relève de l’assurance stabilisation administrée par la Financière agricole,...est inapplicable."

    Toute est logique, qui controle la majorite des assureurs au Quebec ?
    Desmarais/Powercorp ?

    • Louka Paradis - Inscrit 25 novembre 2014 08 h 50

      Bien vu !

  • André Chevalier - Abonné 25 novembre 2014 05 h 16

    Il n'y a pas de vache sacrée?

    Il y a le veau d'or du capitalisme, aussi absolu et incontestable qu'une religion, avec ses théologiens et ses prêtres intégristes qui dictent la conduite à suivre pour maintenir le système artificiel de la finance mondiale au profit des plus riches, mais au détriment des plus pauvres et de l'avenir de la planète.

  • François Ricard - Inscrit 25 novembre 2014 05 h 16

    Astucieux M. Coiteux

    M . Coiteux est un banquier. M. Coiteux sait ce qu’il fait faire.
    Banquier, M. Coiteux sait exactement quoi faire.
    Tout d’abord les cadres d’entreprises, dont le salaire est versé en actions, seront soumis au même règles d’imposition que ceux qui travaillent sous leur ordre.
    Les gains en capitaux, qui se retrouvent presque tous dans des paradis fiscaux et que Charest avait dédouanés, seront à nouveau imposés.
    La contribution gouvernementale au REER sera abolie. Juste ces mesures nous permettront non seulement d’atteindre le déficit zéro immédiatement mais de même générer un surplus.
    Il va aussi créer des emplois ou augmenter les revenus. Plusieurs grandes entreprises, comme Bell Canada, Rogers Communications, Sears Canada, relocalisent leur service de soutien soit en Inde, soit en Roumanie, soit au Bengladesh. Dorénavant ces entreprises ou bien devront rapatrier ces dizaines de milliers d’emplois ou encourir une taxe de remplacement. Il avertira aussi Bombardier que s’il relocalise ses ingénieurs en Inde, il ne recevra pas les subventions promises.

    • Yannick Plante - Inscrit 25 novembre 2014 10 h 13

      Beau programme politique/économique... Est-ce qu'on parle du monsieur Coiteux élu ou un autre monsieur? :-)

  • Louka Paradis - Inscrit 25 novembre 2014 06 h 04

    Enfin !

    Enfin un ministre libéral qui a du jugement, des convictions et assez d'intégrité pour se lever debout et s'opposer au saccage ourdi par Robillard, Coiteux, Leitao et Couillard. Qui dirige dans ce gouvernement ? Le président du Conseil du Trésor ou le Premier Ministre ? Bravo M. Paradis ! une lueur d'espoir qu'il y a encore de vrais libéraux au PLQ, et qu'ils ont à coeur les intérêts supérieurs du Québec et non seulement ceux des banques, des compagnies d'assurances et ceux de l'Alberta.