Gaétan Barrette brandit le bâillon

Accusant le Parti québécois de faire obstruction à sa réforme du réseau de la santé, le ministre Gaétan Barrette a brandi jeudi pour une première fois la menace du bâillon. Le ministre de la Santé et des Services sociaux fera adopter coûte que coûte son projet de loi 10, quitte à couper court aux débats parlementaires s’il le faut, a-t-il laissé entendre.

Dans une lettre parue dans Le Devoir de jeudi, la porte-parole de l’opposition en matière de santé, Diane Lamarre, affirmait que « le Parti québécois s’opposera au projet de loi 10 ». Les changements proposés par le gouvernement libéral donneraient trop de pouvoir au ministre sans améliorer l’accès des patients aux services, en plus d’éloigner le réseau des priorités réelles des patients, soutenait-elle.

Il n’en fallait pas plus pour faire sortir Gaétan Barrette de ses gonds. « On n’attend même pas qu’on ait déposé nos amendements et on annonce déjà qu’on va bloquer le projet de loi, je considère ça comme complètement irresponsable, s’est indigné le ministre. Le PQ discrédite l’ensemble du processus. Nous avons entendu les gens et nous allons proposer des amendements. Avant que cela se fasse, ils disent qu’ils vont bloquer le projet de loi. »

Selon le ministre, l’opposition du PQ pourrait nécessiter un recours au bâillon, une procédure législative d’exception qui permet au gouvernement d’accélérer l’adoption du projet de loi en limitant considérablement le temps de débats. Les libéraux ne font pas de secret de leur souhait de faire adopter la réforme du milieu de la santé avant la pause des Fêtes, la loi devant entrer en vigueur le 1er avril prochain.

« C’est certainement possible, a affirmé Gaétan Barrette. Le Parti québécois nous dit maintenant qu’il va tout faire pour empêcher l’adoption du projet de loi. »

 

Fournier ferme la porte

Mis au courant des déclarations de son ministre, le leader parlementaire Jean-Marc Fournier a rapidement nié que le gouvernement libéral avait l’intention d’agir ainsi. « Non, il n’y a pas de bâillon sur la table, a-t-il insisté. Vous avez peut-être compris ça, mais je crois que ce que le ministre voulait dire, c’est que les députés doivent travailler positivement. »

La leader péquiste en Chambre, Agnès Maltais, a elle aussi vivement réagi aux propos du ministre Barrette. « Une simple critique devient de l’obstruction, a-t-elle affirmé. Je pense qu’un petit cours de parlementarisme 101 serait intéressant pour le ministre de la Santé et des Services sociaux. Qu’il comprenne que, dans le mot “ parlement ”, il y a “ parler ”. On est censé se parler. »

La réforme, présentée à la fin septembre, vise à concentrer l’administration de la santé entre les mains du ministre et de nouvelles structures régionales, les Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS). Le nombre d’établissements de santé passerait de 182 à 28, ce qui pourrait mener à des économies annuelles de 220 millions de dollars à compter de 2017. En outre, 10 % des postes de cadres du réseau seraient abolis, essentiellement par l’entremise de départs à la retraite.

« Le ministre sait que plus le public va en entendre parler, plus il y aura des désaccords. Il doit donc passer le projet de loi le plus vite possible », a jugé Jeff Begley, le président de la Fédération de la santé et des services sociaux, plus grande organisation syndicale du secteur. L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux a quant à elle juré « de ne pas se laisser bâillonner par le Dr Barrette », promettant davantage de moyens de pression.

À voir en vidéo