Les libéraux reportent leur charte de la laïcité

Photo: Michaël Monnier Le Devoir

Philippe Couillard a reporté sine die le dépôt du projet de loi sur la neutralité de l’État et les accommodements religieux afin de ménager la communauté musulmane.

À l’Assemblée nationale, le premier ministre a invoqué, mercredi, les attentats contre deux militaires canadiens par des musulmans radicalisés, les 20 et 22 octobre derniers, pour justifier sa décision. Le chef libéral avait promis de présenter ce projet de loi rapidement après l’élection, puis à l’automne.

« Avec les événements tragiques des dernières semaines qui ont meurtri une communauté de Québécois qui se sont sentis interpellés et stigmatisés à travers ces malheureux événements, alors qu’ils n’ont aucune responsabilité pour la vaste majorité d’entre eux pour ce qui s’est produit, il est préférable de ne pas ajouter à ça pour l’instant », a déclaré le premier ministre.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a suscité l’irritation de Philippe Couillard en abordant le sujet de la neutralité religieuse de l’État, demandant au chef libéral s’il était d’accord pour interdire aux agents de l’État en autorité, comme les policiers, les juges et les gardiens de prison, de porter des signes religieux visibles. C’était là une recommandation de la commission Bouchard-Taylor, a rappelé le chef caquiste, ce qu’il a présenté comme le « consensus québécois ».

La mèche courte, Philippe Couillard a répondu avec vigueur. « Je condamne avec force cette façon d’aborder la question. Je vais le dire avec force tous les jours, s’il le faut, que je suis là pour défendre les libertés des Québécois et Québécoises de toutes les origines, que je dis non à l’exclusion et non à la discrimination. »

« On a eu le courage de parler des droits et libertés », a poursuivi le premier ministre. Et c’est parce que le chef caquiste ne l’a pas fait qu’il se retrouve sur les banquettes de l’opposition, a-t-il insinué.

Sujet sensible

 

La réaction vive du premier ministre a surpris François Legault. « Sur les signes religieux, il semble avoir quelque chose de viscéral. Sincèrement, je n’ai jamais vu M. Couillard aussi fâché que ce matin [mercredi] », a affirmé le chef caquiste dans un point de presse, après la période de questions à l’Assemblée nationale.

« Je ne comprends pas pourquoi M. Couillard, chaque fois qu’il s’agit de défendre l’identité québécoise, que ce soit la langue ou nos valeurs, il a des difficultés, il a un malaise. Je n’ai jamais vu un gouvernement libéral si peu défendre l’identité que celui de M. Couillard, a accusé François Legault. Il y a vraiment une déconnexion entre M. Couillard et le peuple québécois. »

Le chef de l’opposition officielle, Stéphane Bédard, a abondé dans son sens, estimant que le chef libéral avait « déraillé » et qu’il était « sur le bord de l’insulte ».

« M. Couillard a des problèmes avec l’identité québécoise, c’est clair. Il a un malaise profond. Il semble plus animé par l’identité canadienne », a avancé le chef péquiste.

Dans sa réponse, Philippe Couillard a indiqué que le projet de loi sera fidèle à la position de son parti. Cette position, le chef libéral l’a dévoilée en janvier 2014, après des mois de cogitations et les travaux d’un comité présidé par le député de Fabre, Gilles Ouimet.

Ainsi, serait interdit aux employés de l’État de porter trois signes religieux : la burqa, le niqab et le tchador. Pour éviter de recourir aux clauses dérogatoires des chartes des droits, cette interdiction ne serait toutefois pas inscrite dans le projet de loi ; il reviendrait aux administrations publiques de définir de nouveaux codes vestimentaires. De même, pour les policiers, par exemple, il reviendrait aux directeurs de police de convenir des règles.

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