Tempête autour de l’identité Web du Québec

Le Québec ne veut pas imiter la Catalogne, qui adoptera, elle, sans trop d’hésitation le suffixe .cat.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le Québec ne veut pas imiter la Catalogne, qui adoptera, elle, sans trop d’hésitation le suffixe .cat.

Le gouvernement libéral a une nouvelle fois démontré son « manque flagrant de vision et d’ambition » pour le Québec en refusant de revêtir la nouvelle identité québécoise sur le Web, le nom de domaine .quebec, dénonce le Parti québécois.

Le secrétaire général associé à la communication gouvernementale, Christian Lessard, a enjoint la semaine dernière aux ministères et aux organismes publics de ne pas migrer
« pour le moment » leurs sites de l’espace Web gouv.qc.ca vers .quebec.

Il évoque, dans une lettre datée du lundi 10 novembre 2014,
« différents enjeux et des impacts financiers, technologiques et communicationnels »afin de justifier la décision de rester à l’écart de l’environnement .quebec.

Le gouvernement du Québec sursoit à une dépense totale de 11,7 millions de dollars en continuant de privilégier .gouv.qc.ca, selon le Conseil du trésor.

Cette décision illustre le « grave manque de vision et d’ambition pour le rayonnement du Québec », déplore la porte-parole de l’opposition officielle en matière de communications, Véronique Hivon.

Le gouvernement libéral s’est une nouvelle fois abandonné à sa « désolante idéologie de provincialisme ». « [Il voit] le Québec comme une province moyenne parmi tant d’autres, plutôt qu’une nation qui prend tous les moyens d’assurer son développement et son rayonnement», soutient-elle à la veille du lancement officiel de la course aux adresses .quebec à tous les internautes. À ses yeux, le gouvernement libéral a raté une
« occasion extraordinaire » de « montrer toute la force de la présence du Québec sur le Web ».

La députée de Joliette s’explique mal comment le Conseil du trésor peut évaluer les coûts d’acquisition et de migration vers le nouveau domaine .quebec à près de 12 millions de dollars. « Ça ne tient pas la route.[…] Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage », lâche-t-elle. Après avoir réservé une série de noms de domaine clés, le gouvernement libéral aurait pu effectuer « une migration toute en douceur vers l’espace virtuel .quebec ».

« Il n’y a personne qui dit que, demain matin, toutes les entités gouvernementales emploient le suffixe », affirme Mme Hivon.

Il s’agit d’une question de temps avant que l’État embrasse l’« identité propre »du Québec sur le Web, selon le porte-parole de PointQuébec, Michel Philibert.
« On va gagner en popularité comme .berlin ou .london. Le gouvernement n’aura pas le choix : il va le faire… à plus ou moins long terme », fait-il valoir.

Le Conseil du trésor a « bloqué » sept adresses afin de « protéger »à la fois la « présence » et l’« intégrité »du gouvernement du Québec sur la Toile, explique M. Lessard. Le montant de la facture : 3000 $, soit près de 430 $ par adresse. De son côté, PointQuébec a retiré du marché les formules correspondant aux missions du gouvernement du Québec, faute de quoi les cybersquatteurs auraient pu mettre la main pour une bouchée de pain sur surete.quebec  ou regiedesrentes.quebec.

Le ministre Martin Coiteux s’est refusé à toute explication sur le choix du Québec de ne pas imiter la Catalogne, qui adoptera, elle, sans trop d’hésitation le suffixe .cat.
« Pas de commentaires. Pas de commentaires », a-t-il lancé à la sortie d’une commission parlementaire jeudi dernier.

Pourtant, le gouvernement du Québec a eu une « bonne idée »de rester sur la ligne de touche, soutient la consultante en stratégies Web, Michelle Blanc. Le nouvel espace .quebec est « bien cute, bien sexy », mais aurait causé un « méchant mal de tête »à l’État québécois. « Le nationalisme c’est une chose, l’efficacité Web, c’est une autre chose », lance-t-elle au téléphone. En effet, le comportement des moteurs de recherche est incertain. « On ne sait pas comment Google va réagir. On n’en a aucune idée », dit-elle.

Le gouvernement du Québec a « bloqué » sept adresses

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Des dizaines d’organisations privées et publiques ont profité de la période de préenregistrement — du 2 septembre au 11 novembre — pour mettre de côté un suffixe sur le registre de l’OSBL PointQuébec, www.registre.quebec. Québecor, Le Cirque du Soleil, Cinémas Guzzo, Solotech, Loco Locass, Céline Dion, le Conseil du patronat du Québec figurent parmi les pionniers du nouvel espace numérique.

L’organisme sans but lucratif PointQuébec a obtenu le nom de domaine .quebec au terme d’un long processus. En juin 2008, le Parti libéral du Québec, le Parti québécois et l’Action démocratique du Québec s’étaient rangés derrière une motion appuyant l’initiative de PointQuébec de décrocher un nom de domaine géographique de premier niveau exclusif au Québec, y voyant une façon « [d’]aider au succès de nos entreprises et [de] faire progresser les intérêts du Québec sur la scène internationale ». Cinq ans plus tard, l’organisme de régulation des noms de domaine sur le Web, l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, a donné le feu vert à la création de 76 nouveaux géoTLD, dont un seul au Canada : .quebec. PointQuébec s’est vu confier la gestion du suffixe après avoir déposé un dossier de candidature de 260 pages assorti d’une promesse de paiement de 185 000 $ en plus des frais annuels de 25 000 $. L’OSBL a réussi à amasser la somme nécessaire, notamment grâce à un prêt du gouvernement du Québec de 1,6 million de dollars.


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