Les organismes d’aide appellent à l’aide

Des centaines d’organismes communautaires fermeront leurs portes lundi pendant 225 minutes, pour dénoncer leur sous-financement et les politiques d’austérité de Québec. 
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Des centaines d’organismes communautaires fermeront leurs portes lundi pendant 225 minutes, pour dénoncer leur sous-financement et les politiques d’austérité de Québec. 

Une minute de fermeture par million manquant : voilà la symbolique du geste que feront ce lundi des centaines d’organismes communautaires au Québec. En fermant leurs portes quelques heures, ils veulent dénoncer le « démantèlement des services publics » et l’effritement du filet social dont ils tiennent les cordages.

Pendant 225 minutes au cours de la journée, des organismes d’aide de toutes sortes — soupe populaire, aide aux démunis, ressources en santé mentale, hébergement pour femmes victimes de violence, service d’aide aux jeunes, aux immigrants ou aux familles — fermeront donc leurs portes, le temps d’exprimer un ras-le-bol généralisé.

La durée de fermeture rappelle une demande que les organismes communautaires en santé et services sociaux font en vain depuis deux ans : une augmentation de 225 millions du financement du programme de soutien aux organismes communautaires.

Selon les calculs du milieu, ce programme géré par le ministère de la Santé et des Services sociaux finance à hauteur d’environ 384 millions les activités des organismes locaux, régionaux et nationaux. Or, les besoins financiers réels des quelque 3000 organismes communautaires autonomes en santé et services sociaux (OCASSS) seraient de 609 millions.

En octobre 2013, le gouvernement du Parti québécois avait promis d’allouer 120 millions supplémentaires aux OCASSS dans le cadre de son Plan de solidarité durable, mais le budget Marceau qui a suivi ne contenait aucune trace de cet engagement. « C’était un premier petit pas dans la bonne direction, dit Mercédez Roberge, co-porte-parole de la campagne Je soutiens le communautaire. Mais ça n’a jamais été attaché nulle part, et le gouvernement Couillard n’a pas voulu en tenir compte. »

Cercle vicieux

Le sous-financement des organismes commence à peser lourdement, dit Sébastien Rivard, autre co-porte-parole de la campagne. « Il y a une accumulation de compressions qui font que les services publics se détériorent, dit-il. Ces coupes ont aussi un impact sur le filet social, et les organismes n’arrivent plus à offrir des services pourtant absolument essentiels. »

M. Rivard fait valoir que le budget octroyé par le ministère représente moins de la moitié du budget de fonctionnement des organismes (47 %, selon les données du regroupement). « On trouve le reste par le financement fédéral — qui rétrécit aussi — ou par le sociofinancement, qui est très difficile », dans le contexte économique actuel.

Mercédez Roberge soutient que les organismes qui fermeront lundi le font « en désespoir de cause, certainement pas de gaieté de coeur. Ce n’est pas facile pour ces groupes de fermer leurs portes, même si ce n’est que pour quelques heures. Le sentiment de responsabilité est très fort. Mais ils le font parce que tout le monde est à bout ».

L’action « 225 minutes pour 225 millions/Fermés pour cause d’austérité » doit se dérouler dans plusieurs villes. Selon Sébastien Rivard, jusqu'à un millier d'organismes pourraient y participer. À Montréal, une manifestation est prévue en début d’après-midi : ailleurs, des protestataires formeront des « files d’attente symboliques » devant des CLSC, alors que d’autres iront se faire entendre devant des bureaux de députés libéraux.

3 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 novembre 2014 06 h 04

    … une toute petite minute de !

    « Une minute de fermeture par million manquant » (Guillaume Bourgault-Côté, Le Devoir)

    Une toute petite minute pour, de l’ensemble et chaque sous à réclamer de l’État (225 $), donne à réfléchir !

    En effet, autrefois, il était moins une lorsque les organismes communautaires autonomes (OCASSS) ont apparu au sein de la Communauté pour aider du monde à s’en sortir, du moins, à quitter le monde de la pauvreté, de la « vulnérabilité », de l’indignité, et de s’envoler de ses propres ailes !

    De cette apparition, et du chemin parcouru de fierté et de solidarité jusqu’à ce jour d’aujourd’hui et demain, on-dirait que l’État continue d’éprouver, encore ?, de la difficulté à reconnaître la pertinence et l’efficience de ces organismes dans leur prestation de services et d’activités qui, proches des gens, assurent, d’humain et en peu de coût, ce que se vit autrement ou ailleurs dans les réseaux étatiques ou privés !

    De cet appel d’aide, il est à souhaiter que la Gouvernance actuelle, le commanditant, s’autorise …

    … une toute petite minute de ! - 17 nov 2014 -

  • Raynald Blais - Abonné 17 novembre 2014 08 h 22

    Grincements

    Les organismes communautaires autonomes (OCASSS), fort utiles aux gens en difficulté, servent également de lubrifiants à la machine du capitalisme qui continuent, jour après jour, à broyer de l'humain. La fragilisation des OCASSS, en plus d'intensifier le carnage, révélera aux plus durs d'oreilles, les sourds grincements du processus en cours et en convaincra plus d'un d'y mettre définitivement un terme.

  • Leclerc Éric - Inscrit 18 novembre 2014 19 h 40

    Couper dans l'aide aux plus démunis fini par coûter cher

    Soutenir les plus pauvres et les aider à se reprendre à mains (face à ce qu'ils ont vécu dans le passé), pour les aider à comprendre à redevenir des êtres humains plus confiants et plus sûrs d'eux-mêmes est une option gagnante.

    Les laisser à eux-mêmes en croyant qu'ils pourront se reprendre en mains seuls et sans appui de ressources humaines (travailleurs de rue, psychologues, travailleurs sociaux, etc.), coûtera une fortune à l'état tôt ou tard.

    Rappelons-nous qu'en fermant les hôpitaux psychiatriques il y a plusieurs décennies, le gouvernement Bouchard en a payé un prix élevé et paie encore aujourd'hui, parlez-en à certains policiers-pompiers.