Louise Beaudoin rappelle à l’ordre Lisée

Louise Beaudoin
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Louise Beaudoin

L’ex-ministre péquiste Louise Beaudoin appelle à la retenue Jean-François Lisée face aux autres candidats à la chefferie. Il en va de la survie du Parti québécois, soutient-elle.

À ses yeux, le député de Rosemont renie sans aucune gêne la charte de la laïcité — pourtant une promesse apparaissant « noir sur blanc » dans le programme du PQ depuis 2011 — afin de « marquer des points ». Dans un point de presse jeudi, « il visait Bernard Drainville, ça me semble bien évident », lance Mme Beaudoin à l’autre bout du fil.

Selon elle, M. Lisée cherche à « détruire » à la fois l’« idée » du projet de loi 60 — la laïcité de l’État — et un rival dans la course à la chefferie, Bernard Drainville. « Il fait d’une pierre deux coups. Il tire sur le message et le messager », est-elle d’avis.

L’ex-ministre des Relations internationales avait il y a quelques semaines « visé » le député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, en lui demandant de choisir entre le monde des affaires et le monde de la politique, rappelle-t-elle. « Le prochain, ce sera qui ? »

En s’en prenant directement ou indirectement aux autres députés péquistes, M. Lisée s’aliène une bonne partie des membres du PQ, en plus de menacer l’unité de la formation politique, indique-t-elle. « Les militants n’aiment pas ça. Ça ne mène nulle part. »

Mme Beaudoin s’offusque de voir Jean-François Lisée se distancier d’un article du programme du PQ, adopté par quelque 2000 délégués lors du congrès national en avril 2011, stipulant que les « agents de la fonction publique et parapublique doivent s’abstenir, dans l’exercice de leurs fonctions officielles, du port de tout signe religieux ostensible ». « Ce n’est pas tombé du ciel cette affaire-là ! Il fallait lire le programme avant de se présenter », lance l’ancienne porte-parole de l’opposition officielle en matière de laïcité (2008-2012). « Je n’aime pas le fait qu’il nous dise après coup “ j’aurais démissionné ”.Ah bon ! J’aurais mieux aimé qu’il démissionne pendant le débat parce que c’était clair où le gouvernement s’enallait. Un ministre, ça assume ou ça démissionne ! » s’exclame-t-elle, accusant au passage M. Lisée d’avoir fait entorse au principe de solidarité ministérielle en évoquant des délibérations du Conseil des ministres dans Le journal de Lisée : 18 mois de pouvoir, mes combats, mes passions.

 

La responsabilité de la débâcle

M. Lisée dit s’être abstenu de rappeler les points de vue de ses collègues, ce qui le met à l’abri de reproches de cette nature. « Ça s’appelle un raisonnement de jésuite. C’est réducteur comme vision de la solidarité ministérielle », rétorque Mme Beaudoin.

D’autre part, Jean-François Lisée contribue à renforcer l’impression au sein de la population que la charte de la laïcité a entraîner la débâcle du PQ au scrutin, poursuit-elle. La défaite électorale de l’équipe Marois s’explique par « une accumulation de choses », dont M. Lisée était « aussi responsable que les autres ».

De son côté, Jean-François Lisée se défend d’avoir attaqué son collègue Bernard Drainville. « Je n’ai aucun reproche à faire à Bernard », fait-il valoir dans une entrevue téléphonique. D’ailleurs, à aucun moment l’élu péquiste n’avait nommé l’ancien ministre des Institutions démocratiques, et ce, contrairement à ce que laissait croire un article publié dans Le Devoir vendredi.

Le député-blogueur « [n’a] visé personne » lorsqu’il déplorait que « le débat [sur la laïcité] a été un tout petit peu empoisonné par la façon dont on s’y est pris […] dans le dossier du “ vivre-ensemble  ».

Depuis le scrutin, le prétendant à la succession de Pauline Marois dit avoir le regard tourné vers l’avenir lorsqu’il propose, par exemple, de limiter aux employés de l’État en position d’autorité une éventuellement interdiction du port de signes religieux. « On discute de quelle sera la position du Parti québécois sur cette question la prochaine fois, en 2018 », insiste-t-il.

Le député-blogueur contre l’hyperconcentration de la presse

Le député de Rosemont, Jean-François Lisée, propose d’instituer des « garde-fous beaucoup plus solides » afin d’assurer l’indépendance politique et commerciale des salles de rédaction s’il est élu chef du PQ. L’« hyperconcentration de la presse » le commande, selon lui.

« On blague à peine lorsqu’on dit que le seul pays où la presse est plus concentrée qu’au Québec, c’est la Corée du Nord », lance le député-blogueur en marge du Congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) ce week-end à Saint-Sauveur.

Le gouvernement du Québec ne peut rester les bras croisés face aux géants des médias — Gesca, Québecor, Transcontinental (TC). Il doit obliger toutes les entreprises de presse à verser des « cotisations » au Conseil de presse du Québec, mais également à faire mention de chacune des décisions du tribunal d’honneur concernant l’un de leurs journalistes, soutient-il.

L’élu péquiste suggère aussi la désignation d’un « protecteur de l’indépendance de l’information ». Cet « ombudsman » veillera notamment à l’application d’une « charte de l’indépendance des salles de rédaction » qui serait élaborée par des représentants de journalistes, d’entreprises de presse et de la population.

Le gouvernement du Québec doit aussi s’atteler à donner un nouveau souffle à l’information régionale, selon M. Lisée. Il suggère de mettre sur pied des bureaux de Télé-Québec dans les régions avec le mandat de produire des bulletins d’information généralistes et d’affaires publiques, mais aussi des « carrefours de l’information » où pourraient s’établir à « coûts réduits » les médias locaux ainsi que les collaborateurs de publications dont le siège est basé à Montréal ou à Québec. « Une société démocratique comme le Québec ne peut pas rester les bras croisés devant l’appauvrissement de l’information en région, parce que ça prépare un appauvrissement de la vie démocratique en région », avertit-il.

« La laïcité, c’est une mesure progressiste », notamment parce qu’elle favorise le « métissage », souligne Louise Beaudoin, se disant convaincue que le gouvernement Marois aurait cherché le « compromis » pour soumettre aux voix une charte de la laïcité « plus consensuelle ».