L’indépendance, cette idée «increvable»

L’éditorialiste Antoine Robitaille (au centre) animait le débat entre Stéphane Dion, Patrick Taillon, Marie Bernard-Meunier et Joseph Facal, qui s’interrogeaient sur la pertinence de l’indépendance.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir L’éditorialiste Antoine Robitaille (au centre) animait le débat entre Stéphane Dion, Patrick Taillon, Marie Bernard-Meunier et Joseph Facal, qui s’interrogeaient sur la pertinence de l’indépendance.

Les démarches récentes de la Catalogne et le référendum écossais n’ont pas clos le débat sur la pertinence de l’idée d’indépendance. C’est du moins ce qui ressort du débat tenu mercredi soir entre Joseph Facal, Stéphane Dion, Patrick Taillon et Marie Bernard-Meunier.

« Si l’idée était dépassée, nous débattrions probablement d’un pont ! » a lancé le député libéral fédéral Stéphane Dion lors de la discussion au Musée de l’Amérique française.

Le Devoir et l’éditorialiste Antoine Robitaille avaient invité quatre experts à répondre à la question « Écosse, Catalogne, Québec, l’indépendance est-elle dépassée ou encore d’actualité ? » Outre M. Dion, on a pu y entendre l’ancienne diplomate Marie Bernard-Meunier, le constitutionnaliste Patrick Taillon et l’ancien ministre Joseph Facal.

50 % +1

D’entrée de jeu, ce dernier a fait valoir que le nationalisme était probablement l’idée la plus « increvable » depuis deux siècles et qu’elle transcendait les classes sociales et les clivages gauche-droite.

Marie Bernard-Meunier, elle, a fait valoir qu’avec la mondialisation, les pays déjà indépendants ne se sentaient pas toujours si souverains que cela.

Patrick Taillon, a souligné qu’en Écosse, on avait fait de la mesure du 50 % plus 1 un « standard », ce qui a donné lieu à de vifs et longs échanges avec Stéphane Dion sur la clarté, mais aussi avec les autres. « 50 % +1, je n’ai aucun problème avec ça, mais je voudrais voir le leader qui va oser faire l’indépendance avec ça. »

Catalogne

Les applaudissements les plus nourris sont allés à M. Facal et on sentait par moments l’antipathie d’une partie du public pour Stéphane Dion. Malgré tout, ce dernier a multiplié les blagues et la discussion s’est déroulée sans réels accrochages.

Sur les Catalans à qui Madrid a refusé un référendum, Joseph Facal s’est demandé si cela allait « braquer » les sécessionnistes ou le contraire. Il a suggéré que le blocage de Madrid trahissait son manque de propositions politiques.

Marie Bernard-Meunier, elle, a critiqué le nationalisme « de riches » des Catalans et s’est demandé si, une fois souverains, ces derniers seraient prêts à aider des pays comme la Grèce s’ils refusaient de le faire avec les Espagnols.

Patrick Taillon a soutenu que l’idée était loin d’être morte en Catalogne, mais qu’il y avait au Québec un « essoufflement ». Mme Bernard-Meunier a déploré qu’au Canada « on ait investi une énergie quasiment démentielle à ne pas se comprendre mutuellement » avant de se faire répondre par Joseph Facal. « Mais qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? » Et d’ajouter qu’il partageait la « même lassitude qu’elle », mais prônait d’autres issues.


 
14 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 6 novembre 2014 06 h 07

    De la hauteur!

    L'avenir, la grandeur, est plus dans l'union des peuples que dans leur désunion. Au Canada, nous avons l'immense cadeau, voire la grâce, d'être plusieurs peuples réunis sur un même territoire. Mais les idéologies veulent nier ce cadeau. C'est une grave erreur. Mais je sais bien hélas que l'Histoire humaine est remplie d'erreurs qui se voulaient des progrès.

    La lassitude politique et autre actuelle vient en grande partie du fait qu'on ne prend pas de hauteur sur la vie, les événements, les situations. C'est l'immédiat de l'opinon qui domine, alors que l'Histoire et bien longue...


    Michel Lebel
    Ancien professeur de droit constitutionnel

    • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 6 novembre 2014 10 h 57

      Prendre de la hauteur en s'assimilant dans le bonheur...Merci!

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 novembre 2014 11 h 21

      Mais ne serait-ce pas encore mieux d'abolir le Canada et le Mexique pour faire encore une plus grande union, monsieur Lebel?

      Certains fédéralistes affirment que les Québécois s'expriment mieux sur la scène mondiale par leur présence au sein du Canada. Alors, ne nous exprimerions-nous encore pas mieux après notre adhésion aux États-Unis?

      Qu'est-ce que la situation actuelle a de si sacrée?

    • Jérôme Lavoie - Inscrit 6 novembre 2014 11 h 48

      Je suis du même avis de vous quant à l'union des peuples, mais je crois qu'il faut aussi considérer que toute les richesses d'une nation/culture doivent être préservées et que cela se fait la plupart du temps en leur accordant une certaine souvernaineté. Je ne pourrais croire en UN pays européen ou Français, Espagnols, Anglais, Italiens , etc.. dirigé par un seul gouvernement.
      Une union canadienne à l'européenne me semblerait beaucoup plus envisageable qu'un seul pays tel qu'on le connait. La disparité des idées d'ouest en est est normale et ne doit pas être combattue, mais plutôt encouragée. C'est pour cette raison que je suis souverainiste et non par haine envers quiconque.

      Jérôme
      étudiant en biologie de L'UQAR

    • Benoît Gagnon - Inscrit 6 novembre 2014 12 h 28

      Bien entendu, ça va tellement bien dans le monde, en ce moment; dans ce merveilleux monde de fédérations,de confédérations et de mondialisation, où les plus riches, en liaison avec les politiciens centralisateurs, ont la grande liberté de faire ce qui leur plait au détriment des populations locales!

      La grandeur est dans la décentralisation.

      Nous voyons ce que la centralisation des pouvoirs fait comme ravage dans le monde politique... Les fédérations sont des institutions qui appartiennent au passé, qui n'ont pas su faire la preuve de leur efficacité. Elles vivent sur le respirateur artificiel depuis trop longtemps. Les localités (et ultimement les citoyens), au bout du compte, n'ont plus leur mot à dire sur quoi que ce soit! En quoi cela change-t-il des monarchies d'autrefois? Rien du tout. Les monarques ont simplement troqué leurs habits de soie pour des complets veston-cravate.

    • Jacques Cameron - Inscrit 6 novembre 2014 12 h 32

      Mais pour unir des peuples harmonieusement encore faut-il qu'ils soient égaux et non sous la domination d'une en particulier comme ici avec les British-Americans qui se disent Canadians.
      Et justement ces anglos-américains ont droit à une frontière avec le autres anglo-américains qui se disant Americans comme si on ne l'étaient pas nous aussi. Pourquoi ne pas réclamer que les semblables s'unissent avant de réclamer que les différents le fassent?
      Votre hauteur de vue est bien courte!

    • Jacques Gagnon - Abonné 6 novembre 2014 12 h 49

      Une union, mais pas de force et surtout pas avec une partie qui inflige ses décisions aux autres, mais les discutent et les négocient.

      Nous ne partageons pas le même territoire monsieur Lebel, nous sommes voisins pour toujours, nous ne partageons pas la même culture, la même langue qui est bafouée partout ailleurs au Canada.

      Enfin, nous ne sommes que deux peuples colonisateurs avec de nombreux peuples fondateurs bafoués plus que tout, les autochtones. Non, les ukrainiens ne sont pas un peuple fondateur, ni les chinois, qui sont venus dans votre Canada comme des esclaves pour construire votre coast to coast le plus meilleur au monde.

    • Raymond Chalifoux - Abonné 6 novembre 2014 13 h 44

      Pensée magique et pas qu'un peu! Le Canada tel qu'il est devenu après une décennie d'obscurantisme à la Tea Party du Nord est à des kilomètres de la moindre altitude, voilà la vérité.

      Et tout ce dont vous rêvez éveillé, aurait bien plus de chances d'être "réel" dans un Québec indépendant que dans ce Canada qui "surf" au niveau des paquerettes et s'en prélasse que c'en est indécent!

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 6 novembre 2014 15 h 25

      Ce qui est angoissant chez les anciens universitaires qui ont longtemps soutenu ou développé une théorie ou défendu une certaine thèse (et je vous mets dans cette catégorie MM. Lebel et Dion) c'est qu'ils ne peuvent plus revenir en arrière sans renier tout un pan de leur vie. Ils s'enféraillent en continuant trop souvent à défendre l'indéfendable.
      Jeanne Mance Rodrigue

    • Sylvie Dussault - Abonnée 6 novembre 2014 18 h 33

      Comme quoi l'éducation ne fait pas les convictions.

    • michel lebel - Inscrit 6 novembre 2014 19 h 10

      Je voudrais seulement souligner que mon choix en faveur du fédéralisme est fondé sur une profonde réflexion philosophique et morale. Un État fédéral de plusieurs peuples et langues me paraît la meilleure et plus altruiste voie pour le présent et l'avenir. Je sais aussi qu'en politique il n'y a pas de vérité absolue. La Vérité est ailleurs.

      Michel Lebel

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 6 novembre 2014 08 h 43

    Une réunion au Musée de l'Amérique française...

    Quel endroit magnifique! J'aurais bien aimé y être...en tant que spectatrice / observatrice...
    À suivre l'actualité sur Le Devoir, je suis fidèle, mais personnellement, je n'ai rien vu à ce sujet dans le journal...j'ai pris la précaution d'aller voir sous la rubrique/site d'Antoine Robitaille au journal (puisqu'il en était l'animateur)...rien ! Probablement parce que le tout se déroulait à Québec..!
    Y'aura-t-il une vidéo du débat...ou qqchose à la télévision?

    Parce que moi, contrairement à Joseph Facal, je ne me lasse pas ...ce serait baisser les bras ...et je m'y refuse. La prochaine fois, invitez-moi...à sa place|

  • Réal Nadeau - Inscrit 6 novembre 2014 11 h 59

    Aller de l'avant !

    L'idée de souveraineté est plus vivante que jamais, même si les pays qui gardent une nation sous tutelle, comme le Royaume-uni avec l'Écosse, l'Espagne avec la Catalogne, la Russie avec une partie de l'Ukraine ou la royauté britannique à travers le Canada, avec le Québec ! Ils le font parce que c'est payant pour eux.

    Aucun pays devenu indépendant d'une fédération n'a voulu, que je sache, faire le chemin inverse !

    Le Québec indépendant serait payant.... pour NOUS, les Québécois ; on ne parvient pas à régler notre dette nationale parce que nous payons`trop d'impôts à Ottawa, qu'il nous retourne en partie sous forme de péréquation, faisant de nous des quêteux ! Les efforts de Couillard sont pitoyables pour réduire la dette en coupant là ou ça fait le plus mal, aux plus pauvres ; on ne fait pas la guerre à la pauvreté, en déclarant la guerre aux....PAUVRES !

    Oui, l'idéed'indépendance est increvable ! Demandez aux USA, à la Norvège, la Suède, le Danemark et les anciens satellites de l'URSS s'ils feraient le chemin in verse !

    Vive le Québec libre et ami du Canada et de la couronne anglaise !

  • Michel PROVOST - Inscrit 6 novembre 2014 14 h 45

    Et la langue française

    L'anglicisation graduelle du Québec rend impertinent l'indépendance.

    Sachant que la francité disparaît peu à peu, certains Québécois ne votent plus PQ et BQ, préférant voter en fonction de l'axe droite-gauche.

    Il n'y a qu'à déambuler dans les rues de Montréal pour constater à quel point la langue anglaise fleurit.

    Par contre, il est vrai que les Québécois, advenant une guerre mondiale, seraient très peu enclins à se battre pour le Canada, comme en 1942 et en 1917.