Castonguay prévoit une catastrophe

La réforme du ministre Gaétan Barrette n’est pas la voie à prendre en santé, dit Claude Castonguay.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir La réforme du ministre Gaétan Barrette n’est pas la voie à prendre en santé, dit Claude Castonguay.

Une catastrophe attend le système de santé québécois si la réforme Barrette est mise à exécution sans changements substantiels, prévient le père de l’assurance maladie, Claude Castonguay. Dans une lettre adressée à Philippe Couillard, l’ex-ministre libéral demande au premier ministre de rappeler à l’ordre Gaétan Barrette et d’amender le projet de loi 10.

« Vous qui avez été ministre de la Santé, vous savez qu’il est impossible pour un ministre de vouloir gérer à distance un système aussi vaste et complexe que celui de la santé. Vous avez aussi été en mesure de constater l’importance de dépolitiser le système, compte tenu des difficiles décisions qui doivent être prises malgré les pressions », écrit Claude Castonguay, ministre libéral de 1970 à 1973, et ex-président du Groupe de travail sur le financement du système de santé, dont les travaux se sont achevés en 2008.

Sans une révision importante du projet de loi 10, ce projet « digne des ex-régimes socialistes de l’Europe de l’Est » risque de « donner les mêmes terribles résultats que dans ces pays », avance-t-il dans une courte missive adressée au premier ministre, dont Le Devoir a obtenu copie.

« Il est maintenant évident que votre ministre a l’intention de faire adopter son projet de loi 10 malgré l’opposition généralisée qu’il suscite. La nécessité d’alléger les structures administratives du système ne justifie aucunement le changement majeur projeté par votre ministre. Ce projet de loi, s’il est adopté, va enfermer de façon définitive notre système de santé dans une bureaucratie étouffante. »

La réforme, présentée à la fin septembre, vise à concentrer l’administration de la santé entre les mains du ministre de la Santé et de nouvelles structures régionales, les Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS). Le nombre d’établissements de santé passerait de 182 à 28, ce qui pourrait mener à des économies annuelles de 220 millions de dollars à compter de 2017. En outre, 10 % des postes de cadres du réseau seraient abolis, essentiellement par l’entremise de départs à la retraite.

Surtout, aux yeux des adversaires de M. Barrette, dont M. Castonguay, ce projet augmente de façon inquiétante les pouvoirs du titulaire du portefeuille de la Santé, qui pourra nommer les membres des conseils d’administration et les p.-d.g. des CISSS, et intervenir directement dans la gestion des établissements.

Un ensemble de mesures qui, loin d’améliorer le système de santé québécois, menace plutôt d’empirer la situation. À vrai dire, selon Claude Castonguay, c’est tout le projet de loi qui doit être retiré, pour ne s’en tenir qu’à l’abolition des Agences de santé et de services sociaux (ASSS).

« Le ministre Barrette veut, en plus d’être ministre, devenir le grand gestionnaire du système, déplore M. Castonguay en entrevue. On peut imaginer qu’il va nommer des gens qui sont, dans l’ensemble, favorables à sa vision. En outre, il se garde le droit de mettre les hôpitaux en tutelle, d’intervenir au besoin. C’est beaucoup. Ce n’est pas la fonction d’un ministre de gérer les établissements. »

Claude Castonguay se dit « persuadé » que le Dr Couillard constate tout comme lui qu’il est « impossible de gérer du bureau du ministre un tel système ». Les deux hommes se connaissent professionnellement, notamment parce que Claude Castonguay a présidé les travaux du Groupe de travail sur le financement du système de santé, chargé de revoir le financement du système de santé et l’apport du secteur privé, et dont le rapport, publié en 2008, a largement été laissé de côté par le gouvernement de Jean Charest.

Le rapport Castonguay proposait notamment de hausser la taxe de vente du Québec (TVQ) de 0,5 % ou de 1 %, ce qui aurait généré 650 millions ou 1,3 milliard, dans un fonds de stabilisation réservé à la santé, et d’imposer une sorte de ticket modérateur perçu à même la déclaration de revenus.

« Si on avait pris cette voie-là, on serait plus avancés qu’aujourd’hui. Cela dit, [la réforme Barrette] n’est pas la voie à prendre », dit-il.

Rappelons que le torchon brûle depuis de nombreux mois déjà entre Gaétan Barrette et son illustre prédécesseur.

Claude Castonguay avait réclamé comme plusieurs la démission du ministre de l’Éducation Yves Bolduc à l’été, car celui-ci a touché des primes de plus de 215 000 $ en tant que médecin de famille, alors qu’il siégeait dans l’opposition. Gaétan Barrette avait répliqué en invitant M. Castonguay « à prendre sa retraite », qualifiant de « foutaises » ses déclarations. M. Castonguay avait ajouté qu’il était « impossible d’engager un dialogue civil » avec ce « grossier personnage ».

43 commentaires
  • Steve Brown - Inscrit 3 novembre 2014 03 h 29

    Le père de l'assurance maladie

    Sur internet, on présente encore monsieur Castonguay comme inventeur et même père de l'assurance maladie. On ne saurait trop se méfier des images décatis du parti libéral.

    Steve Brown
    Charny

    • Chantale Desjardins - Abonnée 3 novembre 2014 07 h 23

      Votre opinion est dificele à comprendre...

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 3 novembre 2014 09 h 08

      Monsieur Castonguay devrait aussi étudier la principale cause des des problèmes: le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces.

      Le déséquilibre fiscal entre le Québec et le Fédéral est toujours aussi castrant. D’ici à ce que nous ayons le plein contrôle de nos impôts et dépenses, le Québec et les Québécois doivent se serrer la ceinture et couper dans les programmes de santé et d'éducation pendant que le Fédéral dépense des milliards pour la guerre et les armements. (Des milliards du fédéral pour le pétrole de l’Ouest et l’industrie automoble en Ontario, et un pont à péage à Montréal.)

    • Réjean Guay - Inscrit 3 novembre 2014 11 h 48

      Oui , monsieur Castonguay est le père de notre assurance -maladie .
      En effet , ce monsieur a co-présidé la Commission Castonguay-Neveu , laquelle devait formuler des propositions pour poursuivre la réforme en santé , suite à l'adoption de l'assurance-hospitalisation promulguée par le
      gouvernement de Jean Lesage en 1961 ; à noter que les travaux de cette commission se poursuivront sous le régime de l'Union nationale de Daniel Johnson père et de Jean-Jacques Bertrand , de 1966 à 1970 . Puis , le29 avril , le parti libéral de Robert Bourassa prend le pouvoir et les réformes sociales se poursuivent ; ainsi , ce gouvernement entérine les recommandations de la Commission d'enquête sur la santé et le bien-être
      social ( Castonguay-Nepveu ) : c'est alors la naissance de notre système
      universel d'assurance-maladie et de la < réorganisation du système de
      dispensation des services de santé et des services sociaux > . Peu avant
      l'élection d'avril 1970 , le premier ministre unioniste , Jean-Jacques Bertand souhaita la présence de monsieur Castonguay dans son équipe
      électorale , pour qu'il puisse appliquer les recommandations de son rapport . À la surprise de monsieur Bertand , le co-président Castonguay
      choisit effectivement de le faire , mais avec l'équipe libérale de Robert Bourassa . C'est ainsi qu'il devint le député de Louis-Hébert le 29 avril 1970 , et ministre des Affaires sociales peu après . Sa nouvelle fonction lui donna la chance d'appliquer <son > rapport . À noter , qu'à l'automne
      de 1970 , les médecins SPECIALISTES firent grève pour protester contre
      l'adoption du nouveau système de santé , en pleine crise d'Octobre ! À ce moment -là , une erreur a peut-être été commise : celle de laisser les mėdecins
      devenir des travailleurs autonomes , plutôt que des salariés de l'Etat . On en paie sans doute le prix aujourd'hui !

    • Jean-Philippe Coutu - Inscrit 3 novembre 2014 12 h 12

      Monsieur Saint-Arnaud, je suis d'avis que le Québec devrait avoir le plein contrôle sur ses revenus et dépenses, mais le problème avec le système de santé n'en est pas du tout là. Le problème est que ce système est doté d'une bureaucratie beaucoup trop grosse, étouffante et archi-inefficace. Des centaines de cadres travail à gérer un système de santé sans jamais sortir de leur bureau et sans avoir aucune connaissance en science de la santé. De ce fait, les décisions qu'ils prennent n'améliorent guère les soins donnés aux patients.

      À l'inverse, ce système est aussi doté de centaines de spécialistes en science de la santé (Techniciennes en laboratoire, infirmière, médecins, pharmaciens, etc.) qui font ce qu'ils peuvent pour donner les meilleurs soins possibles aux patients et qui savent d'où viennent les problèmes, mais malheureusement les gens qui occupent ces postes, dans le système en place, n'ont aucun ou presque aucun pouvoir décisionnel et sont contraints d'endurer les décisions des cadres.

  • Denise Lauzon - Inscrite 3 novembre 2014 04 h 02

    Les Partis d'opposition à Québec se font plutôt discrets

    On dirait que M. Castonguay est en train de jouer le rôle des Partis d'opposition, à moins que le PQ, la CAQ et QS soient d'accord avec les réformes du Ministre Barette.

  • jean-charles chebat - Inscrit 3 novembre 2014 04 h 08

    La catastrophe?

    La catastrophe, nous savons que nous l'avons déjà. Inutile d'être prophète ou économiste. Sans réforme, le système québécois du secteur de la santé s'écroulera.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 3 novembre 2014 08 h 33

      La catastrophe, c'est plutôt de lire des propos aussi mal étayés que les vôtres. Aussi, je vous invite à prendre connaissance des solutions comme celles proposées lors du colloque tenu sur l'avenir du système de santé (voir les "Coups de coeur " sur http://webtv.coop )

  • Francois Parent - Inscrit 3 novembre 2014 05 h 34

    La ligue d'improvisation du parti Libéral

    Barette le sait bien il a le gros bout du batton il se fout du bien commun. Les gens qui ont voté libéral vont le payer cher. Comment arrêter ses amateurs ? On ne joue pas avec le pouvoir c'est une grande responsabilité qui a des effets sur des populations entières.

    • Guy Vanier - Inscrit 3 novembre 2014 08 h 21

      Ne vs en faites pas pour lui, il est docteur, à des sous plein les poches et ne sera plus là quand les problèmes arriverons.
      Le système sera prêt à être privatisé comme le désire les petits amis du PLO.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 3 novembre 2014 06 h 21

    « Si » on avait pris … !

    « Si on avait pris cette voie-là, on serait plus avancé … » (Claude Castonguay, ex-ministre, SSS, PLQ)

    De cette voie à privilégier, on-dirait que, du système de la Santé et Services sociaux, les autorités ministérielles semblent comme souhaiter d’autres avenues qui, hyper politisées, risquent d’affecter :

    1 les droits des personnes concernées par divers services, notamment ceux en lien avec le monde de la « santé mentale », de la « di-tsa », de l’itinérance, de la jeunesse et des résidences de type chsld ;

    2 les ressources communautaires d’aide et d’accompagnement, d’entraide et promotion, et ;

    3 l’imputabilité, l’intégrité et la crédibilité du réseau en matières d’efficience, de transparence, de gestion-coordination, et d’excellence !

    « Si » on avait pris … ! - 3 nov 2014 -