Le Québec devra signer la Constitution la tête haute, dit Legault

François Legault, le chef de la Coalition Avenir Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Archives François Legault, le chef de la Coalition Avenir Québec.

Le fruit n’est pas mûr. Il ne le sera pas avant «10, 15, 20 ans». Le chef de la CAQ, François Legault, appelle le premier ministre Philippe Couillard à cesser de rêver au retour du Québec dans la famille constitutionnelle canadienne, et ce, à temps pour le 150e anniversaire de l'entrée en vigueur de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (AANB), en 2017. 

Selon M. Legault, le Québec n’est pas «[à] la veille» de pouvoir participer à des négociations constitutionnelles, desquelles il pourrait sortir «la tête haute».

«On a un genou à terre actuellement. […] On ne pourra pas signer la Constitution canadienne la tête haute tant qu’on n’aura pas fait d’abord un redressement économique», a-t-il déclaré au terme du 1er congrès de la CAQ.

Il dissuade le gouvernement du Québec d’initier des négociations constitutionnelles tant qu’il n’aura pas résorbé l’écart de richesse de 25 % entre le Québec et le Rest of Canada (ROC) et touchera 9,3 milliards de dollars en péréquation. «Éliminer un écart de 25 %, on parle de 10, 15, 20 ans. […] Moi je ne serai plus en politique quand on va être rendu là», a-t-il lancé à la blague lors d’une conférence de presse.

Une fois les conditions gagnantes réunies, un gouvernement caquiste pourrait dire «oui» à la ratification de la Loi du Canada par le Québec — mais jamais à un référendum sur l’indépendance du Québec, a précisé M. Legault. «Il n’y aura jamais de référendum sur la souveraineté avec un gouvernement de la CAQ», a-t-il dit à maintes reprises.

Dans l’incapacité de négocier «quoi que ce soit» avec Ottawa sur le terrain constitutionnel, le gouvernement du Québec devrait à ses yeux se battre sur deux fronts: la langue et l’immigration. Il doit détenir les «pleins pouvoirs» dans ces deux champs. «M. Couillard n’a fait aucune demande concernant entre autres la langue et l’immigration», mais «il a déjà évoqué à quelques reprises […] la possibilité de signer la Constitution canadienne». «Si demain matin, on dit le Québec — parce qu’il est le seul État qui représente une majorité de francophones en Amérique du Nord — a tous les pouvoirs en matière de langue, a tous les pouvoirs en matière d’immigration, je pense que ça vient asseoir notre nation sur du solide», a-t-il souligné aux journalistes.

Le gouvernement du Québec doit avoir en main «tous les pouvoirs» en matière de sélection des immigrants afin de «protéger» le «caractère distinct» de la société québécoise, a soutenu M. Legault à l’occasion du discours de clôture du 1er congrès de la CAQ, dimanche midi, dans un centre des congrès de Trois-Rivières. À l’heure actuelle, Québec et Ottawa ont respectivement la main haute sur le choix de 70 % et 30 % des plus de 50 000 immigrants admis annuellement au Québec. «Compte tenu de son caractère distinct, le Québec doit disposer d’une pleine autonomie en matière d’immigration sur son territoire», a plaidé M. Legault devant un parterre de quelque 400 militants caquistes.

En plus de céder ses pouvoirs en matière de sélection des immigrants, Ottawa doit assujettir les entreprises sous sa juridiction — employant quelque 135 000 personnes — à la Charte de la langue française, selon le chef de la CAQ. «Le gouvernement fédéral doit comprendre qu’il faut préserver l’intégralité de la loi 101 et même l’étendre aux entreprises à charte fédérale», a-t-il dit. À l’approche de la campagne électorale fédérale, il presse le Parti conservateur du Canada, le Nouveau parti démocratique et le Parti libéral du Canada de promettre d’amender la Loi sur les sociétés, le Code du travail ainsi que la Loi sur les langues officielles pour soumettre notamment les banques et les compagnies d’assurance à un «équivalent» de la Loi 101. «C’est difficile pour le gouvernement fédéral de refuser [une telle proposition]», particulièrement si une «majorité de Québécois» l’appuie.

Nationalisme d’«affirmation» et d’«ouverture»

La Coalition avenir Québec défendra sans complexe un nationalisme d’«affirmation» et d’«ouverture», a martelé François Legault, dimanche, cherchant à rallier les électeurs déçus du «fédéralisme mou» du Parti libéral du Québec et du «pays imaginaire» du Parti québécois.

La CAQ prône un «nationalisme reflét[ant] la fierté de notre passé, mais […] aussi respectueux de la diversité du Québec», a insisté le député de l’Assomption auprès des militants de la CAQ. «C’est un nationalisme moderne, un nationalisme d’ouverture», a souligné M. Legault avant d’être ovationné pendant quelques secondes. «Quand je parle de “nationalisme d’ouverture”, je pense à un peuple sûr de lui-même, qui n’a pas envie de jouer les victimes. Je pense aussi à une évidence que personne ne peut nier. Cette évidence, c’est que le Québec n’est pas une province comme les autres», a-t-il poursuivi.

Le nationalisme québécois doit aussi s’incarner dans un «grand projet économique», comme le Projet Saint-Laurent. Ce «plan moderne» permettrait aux Québécois de «retrouver les moyens de [leurs] ambitions» en hissant sur 10 ans le Québec au «niveau de richesse» de l’Ontario. «On a un écart de 14 % avec l’Ontario.» Le Québec pourra alors financer adéquatement les services publics, mais aussi les mesures de protection de l’environnement et  d’affirmation de la culture. «Si on relance notre économie, ça va aussi vouloir dire que le Québec n’aura plus à recevoir de péréquation du reste du Canada. Et ça, pour moi, c’est fondamental», a lancé M. Legault, invitant les électeurs québécois à déserter les «vieux partis», le Parti libéral du Québec et le Parti québécois. «Les vieux partis ont mené le Québec là où il est, soit à l’avant-dernier rang des provinces canadiennes pour le revenu disponible, juste devant l’Île-du-Prince-Édouard! C’est gênant», s’est-il exclamé.

Le scrutin du 7 avril dernier a marqué la «fin d’un cycle [politique]» au Québec, est-il d’avis. En envoyant 70 libéraux, 30 péquistes, 22 caquistes et trois solidaires à l’Assemblée nationale, les Québécois ont exprimé leur profonde lassitude de la «chicane» entre souverainistes et fédéralistes, a insisté une nouvelle fois M. Legault. «C’est la fin d’une époque. Et surtout, c’est le temps de passer à autre chose. […] Ça faisait quarante ans qu’on était séparé entre les “oui” et les “non”.» «Les Québécois cherchent une nouvelle voie pour leur nation. Les Québécois ne veulent plus des référendums du PQ ou du fédéralisme mou du Parti libéral», a-t-il fait valoir à quatre ans des prochaines élections générales québécoises.

97,2%
Deux ans et demi après avoir fondé la CAQ, François Legault a obtenu l’appui de 97,2 % des délégués du parti. Il s’agissait de son premier vote de confiance. «Ça me touche. Ça me permet de continuer à faire le travail sur le terrain», a-t-il dit en point de presse.

Mauvais message

Le premier ministre Philippe Couillard a «manqué à son devoir de chef d’État de la nation québécoise» en prononçant une allocution exclusivement en anglais à la conférence Artic Circle dans la capitale islandaise, Reykjavik. «M. Couillard a fait un faux pas. [Il a] envoyé un mauvais message en ne parlant pas français sur une tribune internationale», a fait valoir le chef caquiste, François Legault. «C’est le Canada d’abord avec Monsieur Couillard!»