Le PLQ, véhicule politique favori des corrupteurs

L'ex-premier ministre Jean Charest
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'ex-premier ministre Jean Charest

Le Parti libéral du Québec (PLQ) est la formation la plus durement touchée par la corruption ; c’est le véhicule idéal pour les entrepreneurs véreux.

Le politologue Denis Saint-Martin a asséné un coup de massue au PLQ, lundi lors de son témoignage à la commission Charbonneau.

« C’est le Parti libéral du Québec qui est le plus touché par toutes ces affaires-là. Qu’on aime ça ou pas, les faits sont là, les chiffres sont forts », a dit M. Saint-Martin, professeur en sciences politiques à l’Université de Montréal.

Se décrivant lui-même comme un libéral, M. Saint-Martin a livré un témoignage sans concession. « Même quand le PQ est au pouvoir, il ne reçoit pas le quart de ce que les libéraux reçoivent quand eux sont au pouvoir », fait-il remarquer.

Le PLQ n’est pas « plus corrompu » que les autres formations, a-t-il nuancé. « Mais pour les intérêts [des] corrompus, c’est un véhicule vachement plus efficace pour faire valoir leur business », a-t-il dit.

Selon lui, les entrepreneurs et les firmes de génie-conseil ont mis tous leurs oeufs dans le panier libéral en raison de l’importance qu’ils accordent à la stabilité économique. En revanche, l’inclinaison libérale du monde des affaires a permis à « des apparatchiks » qui évoluent dans le giron du PLQ de profiter de la situation. « Ils ont extrait une rente, dans la forme d’une taxe de financement préférentiel. »

Un modèle néocorporatiste

Ces propos très durs de M. Saint-Martin ont éclipsé l’essentiel de son témoignage, qui jette un éclairage neuf sur les systèmes en place. Le spécialiste des questions de corruption et de pouvoir dans les bureaucraties a relaté l’évolution du Québec.

Dans les « trente glorieuses » de la Révolution tranquille, le Québec a pris les commandes de son destin en se dotant d’un modèle « néocorporatiste », au sein duquel s’entremêlent les intérêts publics et privés. Les acteurs politiques, économiques, syndicaux et même sociaux sont conviés à la table lorsque vient le temps de prendre de grandes décisions.

Ce modèle s’incarne dans la culture des sommets (comme les sommets de 1996 sur l’atteinte du déficit zéro). Les sommets sont des institutions informelles qui ont plus d’influence que les institutions formelles, comme l’Assemblée nationale, dans la prise de décision.

D’ailleurs, l’ancien premier ministre Jean Charest n’a pas été en mesure de reconnaître l’influence des institutions informelles dans le conflit étudiant. Il a cru que la majorité absolue à l’Assemblée nationale lui suffisait pour hausser les droits de scolarité, un enjeu sociétal. « Ça lui a coûté sa carrière de ne pas comprendre le modèle néo-corporatiste », estime Denis Saint-Martin.

Ce modèle fait une large place au nationalisme économique. Mais à force de privilégier les entreprises d’ici, le Québec a facilité l’émergence d’un oligopole dans l’industrie de la construction. Une poignée de firme de génie-conseil possèdent maintenant les qualifications pour exécuter de grands travaux, et elles sont en mesure de freiner l’émergence de la concurrence. « Le modèle arrive à un âge de grande fatigue », constate-t-il.

Le Québec n’a toutefois pas le monopole de la corruption. « La corruption systémique dans la construction est un phénomène universel à toute société, a dit M. Saint-Martin. La corruption, c’est la règle absolue universelle. La non-corruption, c’est l’exception. »

 

Des questions saines

Selon Pierre Noreau, professeur en droit public à l’Université de Montréal, peu de gouvernements dans le monde ont osé regarder la situation en face comme l’a fait le Québec avec la commission Charbonneau.

M. Noreau a mis en relief le problème que posent les liens de proximité entre la classe politique et le milieu des affaires. « Ç’a facilité le contournement du système et je dirais presque le remplacement du système établi par un autre système », a-t-il dit lors de son témoignage.

M. Noreau a plaidé en faveur d’une transparence accrue et d’une forme d’autosurveillance pour limiter les effets pernicieux de ces relations de proximité. Il a notamment proposé d’uniformiser les règles d’octroi des contrats publics, pour éliminer autant que possible les échappatoires et les pratiques arbitraires, telles que les extras.

38 commentaires
  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 28 octobre 2014 07 h 30

    Enfin quelqu'un qui le dit .....

    C'est un libéral en plus qui affirme que le parti libéral est le plus touché dans les affaires de corruption ..... Reste a voir si madame la juge prendra la balle au bond et si ses recommendations seront conformes a cette réalité que le PLQ sert de véhicule pour tous les entrepreneurs véreux ....

    • Robert Beauchamp - Abonné 28 octobre 2014 14 h 15

      En effet, vous avez raison «Enfin quelqu'un qui le dit» sauf qu'il ne faut pas compter sur les partenaires SRC et La Presse pour répandre la nouvelle. Ils sont davantge préoccupés pour attaquer leur commun concurrent. On touche pas aux gens de la famille.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 28 octobre 2014 16 h 18

      Concernant le PLQ, on apprenait aujourd’hui devant la Commission Charbonneau que le financement illégal des partis politiques pourrait être considéré comme une forme de blanchiment d'argent.

      Si les journalistes de Radio-Can. avaient mis autant d’ardeur à attaquer le gouvernement Charest qu’ils en ont mis pour pourfendre le gouvernement Marois, nous n’aurions pas connu près dix années de corruption et de magouilles institutionnalisées au Québec.

      Pire, je me souviens très bien qu’Alain Gravel de l’émission «Enquête» avait introduit une semaine à peine avant le scrutin électoral d’avril dernier une dénonciation anonyme d’un individu impossible à identifier.

    • Dominique Durand - Inscrite 29 octobre 2014 00 h 48

      Les observateurs internationaux lisent le devoir.ca pour savoir ce qui se passe au Québec.

      Maintenant qu'on les a informés que notre gouvernement est corrompu, on peut dire adieu aux investissements étrangers.

      La raison pour laquelle les pays du Tiers-Monde sont si pauvres, c'est que les investisseurs ne veulent pas perdre leur mise dans un pays gouverné par des corrompus.

      Avec cet article, le Québec vient de joindre le club.

  • Robert Lauzon - Abonné 28 octobre 2014 08 h 18

    Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne VEUT pas voir!

    Le PLQ, nid des corrompus, parce qu'il ne voit pas voir (savoir) comment les "apparatchiks" s'y prennent pour garnir les coffres du parti. Ils mettent un "mur" entre le politique et la politique. C'est du moins ce qu'il espère que nous croyions.
    Comme le ex-maire Tremblay, ancien ministre du PLQ, les politiciens de ce parti jouent les "innocents", se servent impunément des fonds accumulés sans poser de questions sur une douteuse provenance (Vespasien disait: L'argent n'a pas d'odeur).
    Cet argent sert ensuite à faire élire cette équipe, à payer des suppléments de salaires bref à perpétuer les traditions. Le Québec mérite mieux!

    • Maxime Mainville - Abonné 28 octobre 2014 14 h 04

      Bien dit, ils font les innocents... Et nous les innocents ont les remets au pouvoir s :-(

      Est-ce qu'on mérite mieux, je ne sais pas. Une chose est sûre, nous sommes facilement manipulable par les médias. il y a même une grosse société qui se permet de distribuer sont journal version électronique gratuitement et fesait qu'encenser le partie Libéral durant les dernières élections. Je crois que Ti-Jean, Phillippe, Carlos et Michael vont être invité au prochain party à Sargard, Y parait que c'est plus confortable que le bateau à Tony :-)

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 28 octobre 2014 08 h 20

    Rien ne change!

    Il y a quelques années le Devoir a publié un article sur les députés ayant été accusé et reconnu coupable, de corrupution, fraudes, etc. Le parti qui en avait le plus était évidemment le Parti libéral, et si j'écrit évidemment ce n'est pas pour le discréditer méchamment, bien au contraire, mais parce que celui ci est le plus ancien et donc que ça va de soi, celui ci ayant vu le jour pratiquement en même temps que la constitution canadienne, autrement dit la naissance officielle du Canada, alors disons qu'il a une longueur d'avance impressionnante, mais... en un autre sens, ça n'explique rien.

    Le parti de Duplessis, dont j'oublie heureusement le nom, suivait d'assez près, puis, si je ne m'abuse, le Parti Québécois venait clore la liste avec un seul député, certains s'en souviendront avec plaisir, arrêté pour... le vol d'un manteau chez Dupuis frêres! Comme il l'avait dit par la suite, il n'était plus à l'aise au sein du parti, avec Lévesque à la chefferie, si je ne m'abuse, et il avait commit ce geste absurde pour s'en sortir. Oups! n'y a-il pas aussi un autre député qui lui aurait été oublié, condamné pour pédophilie, dans un parti qui n'aurait pas fait long feu? à moins que ce ne soit au fédéral...

    Quoi qu'il en soit, y a pas à dire, y a des fois où au Québec rien ne change, et que c'est pour le mieux.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 28 octobre 2014 10 h 16

      Amalgamer pour confondre. Oh le beau procédé pour justifier l'injustifiable!

  • François Dugal - Inscrit 28 octobre 2014 08 h 29

    Les caméras

    Les caméras et les micros se sont tus, la vérité peut alors sortir de l'ombre sans faire de mal à personne. Si je crie au complot, pour qui vais-je passer?

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 28 octobre 2014 14 h 02

      Réponse à Mme Chaput, Quelle étrange lecture...

      De quels amalgames parlez vous, de quelle justifcation? Moi j'appelle ça l'Histoire. Mon commentaire ne fait que confirmer que le parti libéral est celui qui donne dans la corruption pratiquement depuis sa création et celle du Canada, et qu'inversement le P. q, dont je ne suis plus membre depuis assez longtemps, n'a toujours pas été vraiment ciblé, ni jadis ni maintenant.

      On écrit comme on est, je vous respecte et m'attends à ce que vous en fassiez autant.

      Céline A. Masssicotte, indépendantiste de la première heure et actuelle, et électron libre.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 28 octobre 2014 08 h 38

    Post-scriptum à mon précédant commentaire

    Le parti de Duplessis était l'Union nationale, et celui de ce député condamné pour pédophile, tout ce que je peux en dire c'est qu'il faisait parti du mouvement du crédit social.

    Ha! Rien ne vaut un bon café!

    • Hélène Paulette - Abonnée 28 octobre 2014 10 h 39

      Post-post-scriptum: Et fondateur du MSA avec René Lévesque qui ne voulait pas se commettre avec le méchant RIN....

    • André Hamel - Abonné 28 octobre 2014 10 h 39

      Son nom était Gilles Grégoire, ancien député créditiste à Ottawa et chef du Ralliement national, parti qui s'est rallié au MSA de René Lévesque pour former le Parti québécois.

      Au moment du scandale, il était député pour le PQ.

      André Hamel