Couillard refuse de sermonner les Chinois

Philippe Couillard a justifié les progrès plus lents de ce pays en matière de droits de la personne en faisant référence à la civilisation très ancienne de la Chine.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Philippe Couillard a justifié les progrès plus lents de ce pays en matière de droits de la personne en faisant référence à la civilisation très ancienne de la Chine.

Soucieux de ne pas froisser ses hôtes, Philippe Couillard n’a pas l’intention de faire la leçon aux dirigeants chinois sur le problème épineux des droits de la personne, puisqu’il veut surtout parler affaires avec eux.

Au cours du premier point de presse de sa mission chinoise, dimanche, à Shanghai, le premier ministre a indiqué qu’il allait prendre des gants au cours de ses entretiens avec les leaders communistes, dans ce pays où les droits civils comme les libertés d’opinion, de la presse et de conscience sont bafoués.

Cette question délicate revient hanter chaque premier ministre québécois ou canadien dès qu’il met le pied en Chine et révèle toujours un malaise sur la conciliation difficile des relations économiques et du principe du respect des droits fondamentaux.

En marge d’une activité culturelle qui lançait sa mission, à l’extérieur d’un centre commercial, M. Couillard a dit être « préoccupé » par la question, qu’il entend « tout simplement » aborder de façon « correcte et polie » au cours de ses rencontres, mais il a rappelé qu’il vient surtout ici pour parler d’« investissements et de collaboration ».

Selon lui, il faut du tact et éviter les moralisations sur les violations des droits de la personne, car les Chinois ont leurs raisons et ils ont fait un bon bout de chemin. « Il ne faut pas donner de leçons lorsqu’on visite d’autres pays, il faut écouter quel est le point de vue des hôtes sur ces questions. Et il faut réaliser également les immenses progrès qui ont été faits en l’espace de 25-30 ans en Chine. »

 

Besoin du capital chinois

Du reste, le Québec a grand besoin de l’argent des Chinois, et c’est un des motifs principaux de cette mission, a souligné le premier ministre, car la relance économique du Québec passe par l’apport chinois. Difficile donc de semoncer des investisseurs potentiels. « On a besoin d’importer du capital, on a besoin d’investissements privés au Québec, et il y a énormément de capital disponible ici en Chine et d’intérêt pour déployer ce capital-là. »

M. Couillard a justifié le bilan des manquements aux droits de la personne en Chine par la longue histoire du pays. « Il faut voir ça également dans le contexte de la civilisation chinoise, qui est une civilisation très ancienne, où les choses bougent, mais elles bougent à leur rythme. »

D’ailleurs, le Québec pourrait aussi apprendre de la Chine, a-t-il poursuivi, notamment sur le sens de l’histoire, la patience dans le développement, et sur la façon de combiner le développement économique avec la gestion d’un pays aussi complexe. « On a un pays beaucoup moins complexe […], imaginez ici, dans un pays de 1,3 milliard d’habitants, comment assurer un développement le plus harmonieux possible, avec également un équilibre social le plus prononcé. »

Outre les investissements chinois qu’il veut attirer, M. Couillard a fait mention des exportations québécoises qu’il veut stimuler.

En fin de journée dimanche, le premier ministre s’est adressé à l’ensemble de la délégation québécoise qui l’accompagne, soit près de 150 personnes, majoritairement du milieu des affaires. « Je voudrais que vous voyiez en moi un équipier », leur a-t-il lancé, dans une grande salle d’un luxueux hôtel de Shanghai, où pratiquement tout un étage arborait les couleurs du Québec.