L’éducation, ce n'est pas la santé

Le ministre Yves Bolduc affirme qu’il n’occupe pas son poste pour tout chambouler.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre Yves Bolduc affirme qu’il n’occupe pas son poste pour tout chambouler.
Si le gouvernement Couillard veut réussir le redressement des finances publiques auquel il s’est attelé, il ne peut se passer de la contribution — lire : les compressions — des deux grands réseaux de la santé et de l’éducation, qui représentent à eux seuls les deux tiers des dépenses de l’État. Alors que Gaétan Barrette a lancé un bouleversement des structures du réseau de la santé — et ce n’est qu’un début —, Yves Bolduc ne veut qu’apporter des améliorations à un des meilleurs systèmes d’éducation au monde, selon ses dires.​
 

Certains bonzes au gouvernement jugent que le système d’éducation au Québec a besoin d’être réformé en profondeur dans la foulée d’une restructuration de l’État devenue indispensable. Là comme ailleurs les dépenses publiques souffrent d’embonpoint, soutiennent-ils. Mais ils doutent que l’actuel ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport et ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Science, Yves Bolduc, un ministre « affaibli » par l’affaire de la prime de 215 000 $ qu’il a touchée comme député-médecin, ait la poigne pour y arriver.

Or Yves Bolduc n’est pas là pour chambouler le réseau de l’éducation, comme le souhaiteraient certains. « Au début, tout le monde voulait changer beaucoup de choses », a souligné le ministre au Devoir. L’éducation, ce n’est pas la santé.

Yves Bolduc a convaincu le premier ministre Philippe Couillard que ce n’était pas la marche à suivre. « Je suis là pour faire de bonnes améliorations. Mais je pense que les gens ne constatent pas, par contre, qu’on a probablement un des meilleurs systèmes d’éducation au monde. »

De son côté, l’autre ministre-médecin, Gaétan Barrette, est à la tête d’un système qui n’est pas le meilleur au monde. Le ministre de la Santé et des Services sociaux entend le transformer. Et c’est au pas de course qu’il amorce cette « révolution », que d’aucuns perçoivent dans le réseau comme un dérangement stérile.

Une première étape

Son projet de loi 10, qui abolit les 18 agences de santé régionales pour créer 28 centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), fait présentement l’objet de consultations en commission parlementaire. Cette restructuration est censée permettre des économies de 220 millions par an, mais pas la première année, soit celle de l’atteinte du déficit zéro, en raison des indemnités de départ qu’il faut verser aux cadres licenciés. Avec son projet de loi, le ministre s’arroge un pouvoir de nomination tous azimuts ; il soutient toutefois qu’il ne sera plénipotentiaire que temporairement.

Mais ce n’est qu’une première étape, et pas la plus cruciale. Viendront ensuite les changements en profondeur du système de santé, notamment des modifications de la rémunération à l’acte et un financement des hôpitaux lié à l’activité, selon l’adage que « l’argent doit suivre le patient ». Ça fait plus de dix ans qu’on en parle et, si cette « révolution » n’a pas encore eu lieu, c’est qu’elle s’avère complexe.

Yves Bolduc montre fièrement une copie de la dernière édition du magazine français Sciences humaines, un numéro spécial intitulé «Éduquer au 21e siècle». Un article répertorie cinq systèmes scolaires parmi les plus efficaces au monde. « Coup de projecteur sur cinq pays qui ont su adapter leur école aux défis d’aujourd’hui », écrivent les auteurs. Y figure d’entrée de jeu le Québec avec son « école en phase avec la société », puis l’Allemagne, la Corée du Sud, la Finlande et la Pologne.

Yves Bolduc rappelle les scores des élèves québécois dans les enquêtes PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), surtout en mathématiques. Et si la Finlande devance le Québec, c’est parce que la population de ce pays est « très homogène » comparativement au Québec, et à Montréal en particulier, en raison de la présence d’immigrants. « C’est des clientèles plus difficiles ; c’est plus pauvre », constate le ministre.

Le modèle

« La France est en train d’adopter le modèle québécois », affirme Yves Bolduc. Lors de la dernière réunion des ministres de l’Éducation de la Francophonie, à Abidjan en juin dernier, ils recommandaient l’adoption du système canadien, c’est-à-dire, pour la Francophonie, le système québécois, position qui sera relayée au Sommet de la Francophonie à Dakar en novembre prochain, signale le ministre.

« Le problème, c’est que le système français [… est basé sur l’élitisme, souligne-t-il. C’est basé sur la méritocratie. Théoriquement, seulement 10 % des meilleurs vont faire quelque chose. » Cet élitisme en éducation est néfaste, selon lui. « Eux autres, ils abandonnent le peuple. » C’est pourquoi les Africains francophones souhaitent se défaire du système d’éducation français ou belge et s’inspirer du Québec, avance-t-il.

Yves Bolduc préconise donc certains changements dans le système d’éducation mais n’imposera pas de chambardements comme en santé. Les commissions scolaires sont là pour de bon, par exemple, même si certaines d’entre elles seront fusionnées.

Le système d’éducation est très rigide : il est régi par des conventions collectives qui dictent non seulement les ratios enseignant-élèves, mais aussi la disponibilité des ressources spécialisées, comme les orthopédagogues. Le ministre ne s’en plaint pas. « Mon message, c’est : respectons les conventions collectives parce qu’elles sont signées et que je pense que c’est ce qu’on doit faire. En passant, les conventions collectives, c’est pour les deux : il y a un droit de gérance et il y a une obligation de la part de l’employé », fait-il valoir.

Yves Bolduc se qualifie de « décentraliseur ». Décentralisation du ministère vers les commissions scolaires avec l’abolition des bureaux régionaux du MELS, décentralisation des commissions scolaires vers les écoles.

Ministre de la Santé et des Services sociaux dans le gouvernement libéral précédent, il se plaît dans son nouveau rôle. « Je n’ai pas de pénurie de personnel », dit-il. Des maîtres, il s’en forme davantage que le nombre de nouveaux enseignants embauchés. Pas de liste d’attente non plus puisque, d’évidence, tout élève a une place dans les écoles. Le ministre ne veut pas avouer que l’éducation, c’est plus facile à gérer que la santé. « Il y a moins de variabilité », se contente-t-il d’affirmer. Quant à la méthode Toyota, elle n’a pas sa place à l’école, reconnaît Yves Bolduc.

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