L’Assemblée nationale en émoi

La fusillade dans le Parlement fédéral a créé mercredi une onde de choc ébranlant notamment l’Assemblée nationale du Québec, où les mesures de sécurité ont été rapidement accrues.

Des constables spéciaux et des patrouilleurs de la Sûreté du Québec ont été appelés en renfort sur la colline parlementaire afin de prêter main-forte aux agents déjà sur place. Les gardes de sécurité étaient postés, en plus grand nombre, à chacune des issues de l’Hôtel du parlement. Ils contrôlaient les cartes d’accès des employés et refoulaient les visiteurs sans rendez-vous.

Pendant ce temps, d’autres agents s’affairaient à surveiller les abords des édifices ou à bloquer les livraisons de colis devant être acheminés à l’Assemblée nationale, sauf ceux faisant l’objet d’une autorisation particulière de la Direction de la sécurité. En quelques heures, « les effectifs armés à l’intérieur et à l’extérieur ont été doublés », a précisé la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, à l’occasion d’un point de presse mercredi après-midi. Les mesures de sécurité rehaussées demeureront, et ce, jusqu’à nouvel ordre. « Il n’y a pas de risque à prendre avec la sécurité des élus et des gens qui oeuvrent au parlement. […] La situation est sérieuse », a-t-elle ajouté au terme du Conseil des ministres.

Les autorités ont mis en branle une « procédure normale » lorsqu’« un des parlements du Canada » fait face à un acte de violence comme celui perpétré à Ottawa, avait-elle dit plus tôt en journée.

D’autre part, la SQ a mis sur pied une « unité de contrôle » afin d’assurer une « fluidité » dans l’échange d’information entre les différents services de police et de renseignement, tandis que le ministère de la Sécurité publique a donné l’ordre de renforcer les effectifs de constables spéciaux dans les palais de justice du Québec. « Il ne faut pas alarmer la population, mais en même temps on se doit d’être quand même prudents », a soutenu Mme Thériault, à sa sortie de l’édifice Honoré-Mercier.

Lien avec l’attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu ?

Les élus québécois ont été alertés d’échanges de coups de feu au parlement fédéral quelques minutes à peine avant le coup d’envoi de la période de questions et de réponses.

Le premier ministre Philippe Couillard a exprimé ses « inquiétudes » suscitées par les « événements tragiques » dans la capitale fédérale, n’excluant pas un lien entre ceux-ci et l’attentat terroriste commis par Martin Couture-Rouleau — un jeune s’étant converti à l’islam avant de se radicaliser —, à Saint-Jean-sur-Richelieu lundi. « On peut supposer, mais ce n’est pas confirmé, qu’il pourrait y avoir un lien entre l’événement d’aujourd’hui et les événements tragiques de Saint-Jean-sur-Richelieu », a-t-il déclaré lors d’une brève allocution dans le Salon bleu.

« Refus[ant] de s’incliner devant des actes de violence aveugle », la société québécoise « utilisera tous les outils à sa disposition pour combattre cette menace sans mettre en danger — et d’ailleurs c’est un équilibre délicat — les fondements mêmes de notre société démocratique, les droits, les libertés et la règle de droit », a averti M. Couillard, pendant que des agents de sécurité s’affairaient à vider les gradins réservés aux visiteurs.

Le chef de l’opposition officielle, Stéphane Bédard, a dénoncé une attaque frontale à la démocratie canadienne. « Il est évident que nous sommes face à une situation qui est inquiétante pour la démocratie », a-t-il affirmé.

Les chefs caquiste, François Legault, et solidaire, Françoise David, ont aussi invité la population à ne pas tirer de conclusions hâtives sur les motivations de ou des auteurs des fusillades à Ottawa. « À ce moment-ci, je pense que tout ce qu’on peut faire, c’est souhaiter qu’il y ait le moins de blessés possible et [dire] que toutes nos pensées sont avec les gens qui sont au coeur de ces événements », a soutenu M. Legault. « Prudence, prudence, prudence avant d’établir des liens avec qui que ce soit, avec quoi que ce soit et dans le respect du vivre-ensemble que nous tentons d’établir au Québec », a poursuivi Mme David.

Malgré les tirs à Ottawa, les élus québécois ont convenu de poursuivre leurs travaux à l’Assemblée nationale.

Souvenirs de Lortie

La fusillade du 8 mai 1984 — durant laquelle deux employés de l’Assemblée nationale, Camille Lepage et Georges Boyer, et un employé du Directeur général des élections du Québec (DGEQ), Roger Lefrançois, étaient tombés sous les balles du caporal Denis Lortie — s’est imposée mercredi à la mémoire des élus et des non-élus à Québec. « Ça brasse ces éléments-là. [Mais] il ne faut pas que ces gens-là réussissent à nous atteindre », a lancé le ministre Pierre Paradis, qui a été élu pour une première fois en novembre 1980. « Ça vient nous chercher. Ce sont des souvenirs difficiles », a dit le doyen des élus, François Gendron, à La Presse canadienne.
«Les États-Unis feront tout ce qu’ils peuvent pour soutenir le Canada pendant cette période difficile. […] Je m’engage à ce que nos services de sécurité travaillent en étroite collaboration. Le Canada n’est pas seulement l’un de nos alliés plus proches, c’est aussi notre voisin et notre ami.»

— Barack Obama, président des États-Unis

«Je souhaite que la situation soit rapidement maîtrisée par les autorités canadiennes chargées d’appliquer la loi. Mes pensées vont à la population et au gouvernement du Canada en ces temps difficiles.»

— Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies

«[Le président François Hollande] s’est tenu informé de l’évolution de la situation à Ottawa. Il a exprimé la totale solidarité de la France à l’égard du Canada et tirera toutes les conclusions de ce qui vient de se produire.»

— Communiqué de l’Élysée

«Je suis consterné par l’attaque qui a eu lieu aujourd’hui à Ottawa. J’offre toutes mes condoléances au premier ministre [Stephen] Harper et aux Canadiens.»

David Cameron, premier ministre du Royaume-Uni, sur Twitter

«En réponse à l’incident de [mercredi] au Canada, la police de New York porte une attention particulière à certains endroits de New York qui peuvent être associés au gouvernement canadien.»

— Brendan Ryan, porte-parole du Service de police de New York (NYPD)