Québec veut contraindre les gestionnaires à obéir

Le gouvernement libéral veut contrôler à tout prix la taille de l’État. Pour y arriver, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, resserre l’étau autour des gestionnaires du secteur public.

Dans le projet de loi 15, déposé jeudi à l’Assemblée nationale, le ministre s’octroie un pouvoir de « vérification » et de « surveillance » additionnel afin d’assurer le respect du gel global des effectifs — en vigueur jusqu’au 31 mars 2016 — par les organisations publiques, y compris les sociétés d’État.

Brandissant le projet de loi 15, M. Coiteux a commandé jeudi à tous les organismes de donner un « [coup de] frein très sérieux » à la croissance des effectifs, afin de participer à l’« effort national » nécessaire à l’atteinte de l’équilibre budgétaire au terme de l’exercice financier 2015-2016. « Maintenant, il n’est plus question de rater la cible », a-t-il insisté.

D’ici le 31 mars 2016, le gouvernement libéral escompte engranger un « rendement financier » de quelque 500 millions de dollars grâce à ce gel global des effectifs, a précisé M. Coiteux, tout en rappelant que l’État gonfle, bon an, mal an, à raison de 6250 nouveaux employés. Ces personnes sont embauchées « en grande partie » par le réseau de la santé et des services sociaux et de l’éducation, a-t-il spécifié.

Menace de tutelle

Les dirigeants d’organismes publics devront scrupuleusement respecter les « enveloppes d’effectifs » octroyées par le gouvernement libéral, à défaut de quoi ils s’exposeront à des sanctions allant, dans certains cas, jusqu’à la mise sous tutelle, a-t-il indiqué à l’occasion d’une conférence de presse.

Le projet de loi 15 forcera notamment les dirigeants d’organismes publics à passer au crible chacun des contrats de service octroyés par leur organisation afin de freiner au maximum le recours à des experts-conseils privés. « Le dirigeant va devoir signer chacun des contrats de service personnellement, et les justifier », a averti M. Coiteux. Il demande aux gestionnaires d’« éviter [de prendre] des voies de contournement » pour « éluder les mesures de contrôle relatives aux effectifs », comme celle d’appeler en renfort un employé-cadre à la retraite.

L’équipe économique libérale prend les grands moyens afin d’« avoir un meilleur contrôle sur l’évolution de [ses] dépenses », est d’avis le professeur à l’École nationale d’administration publique (ENAP) Pierre Cliche. « J’y vois certainement une volonté de contrôler les effectifs. [Ils sont derrière] 60 % du budget des programmes. C’est le facteur de dépenses premier à l’intérieur du budget public. »

L’État québécois entend « jouer [son] rôle d’employeur » tout en préservant « une certaine décentralisation » dans le réseau public, parapublic (santé et éducation) et péripublic (organismes gouvernementaux), a indiqué M. Coiteux. « On s’entend, les dirigeants vont rester responsables de leurs décisions, de la gestion de leurs organismes, mais ils auront à nous informer sur une base régulière de leurs effectifs. »

Cela dit, « le gouvernement n’a ni les pouvoirs ni les moyens [à l’heure actuelle] de planifier et de suivre adéquatement l’évolution des effectifs dans l’ensemble du secteur public québécois », a souligné à gros traits le ministre.

Le gouvernement libéral veut remédier à la situation en effectuant le décompte de ses effectifs. « Malheureusement, et je regrette d’avoir à le dire, on n’est pas capable aujourd’hui de dire de façon précise la taille de l’effectif, et surtout la catégorie d’emploi : qui fait du soutien ?, qui fait de l’administration ?, qui fait des services directs aux citoyens ? » a affirmé le premier ministre Philippe Couillard jeudi avant-midi. Face à un départ à la retraite de quelque 15 000 personnes du secteur public au cours des prochaines années, « on a besoin de cette d’information là pour prendre de bonnes directions », a-t-il souligné.

11 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 10 octobre 2014 01 h 06

    Vrai

    Les gestionnaires se gardent toujours des postes inoccupés au cas ou le gouvernement en place penserait à couper dans le personnel. Sans compter ceux qui prennent leur retraite et revienent sur le même poste par un quelconque stratagème. Le conseil d'administration ou la personne qui réengage cette personne ne fait pas son vrai travail: cherchez un bon remplaçant. On coupe court et on va au plus vite.

    La question a se poser: si la personne retraité réengagée meurt ou tombe très malade, on ferme boutique?

    • Carole Dionne - Inscrite 10 octobre 2014 13 h 21

      Les gestionnaires ou les conseils d'adminsitration tombent trop souvent dans la faciclité. vrai qu'en se remplaçant soi-même, cela est facile. Mais, que le gestionnaires cherhce un peu, c'est son job.


      Une loi:

  • Danielle - Inscrit 10 octobre 2014 07 h 44

    Diviser pour mieux régner.

    Ce gouvernement fait porter l'odieux aux administrateurs-trices. Regarder bien les choses aller et dans peu de temps. Vous verrez des gens, des personnes âgées, vulnérables qui n'auront plus de services. Couillard va dire que c'est pas de sa faute, c'est la faute aux responsables d'établissements qui sont incapables de gérer comme du monde. Les travailleurs seront coincés, humiliés parce qu'incapable d'en faire plus avec moins. Y'a des limites à couper. Nous, les gens qui travaillons dans ces réseaux, on travaille avec les gens, pour eux et avec eux. Pour ce gouvernement, les gens c'est juste des chiffres.

  • Bernard Terreault - Abonné 10 octobre 2014 08 h 42

    En partie inévitable

    Le secteur publique augmenterait de 6000 personnes par année. C'est peut-être exagéré, mais en partie inévitable, à cause de l'augmentation de la population (nous recevons entre autres 50 000 immigrants par an), et encore plus du vieillissement de la population et de la dévouverte de nouveaux traitements pour prolonger la vie des gens. A moins que nous décrétions que c'est aux enfants de s'occuper des leurs vieux, sinon on les aisse végéter.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 10 octobre 2014 09 h 01

    On ferme ça et on repart ça sous un autre nom!

    S'ils veulent vraiment faire le ménage de la fonction publique ils devraient regarder dans leur propre rang. L'incompétence pullule au sein de ce parti, en autre les Barette, Coiteux, Moreau, Weil, Bolduc, Thériault, David... Couillard nuisent à notre réputation et notre économie.

    Sérieux, pour un parti qui s'époumonait sur les recules du PQ. On dirait que l'assemblée nationale est en mode porte ouvert et que des néophytes de la politique siègent en permanence. On devrait fermer le parlement jusqu’en 2018.
    De toute façon sa fermeture pourrait être moins nuisible que leur amateurisme.

  • Denis Miron - Inscrit 10 octobre 2014 09 h 15

    Instrumentalisation de crise à des fins idéologiques...!

    Pour le gouvernement Couillard, il s’agit de crée de toute pièce cette crise afin de l’instrumentaliser à ses fins idéologiques d’inspiration néolibérale, qui consiste à réduire la taille de l’état en privatisant les services aux citoyens…moins d’état, plus de privé, de façon à ce que l’état soit de plus en proche du privé et de plus en plus loin du citoyen, sous le fallacieux prétexte que le service public offert aux citoyens par l’état est trop coûteux pour les contribuables que nous sommes.Et pourtant, l’introduction de plus en plus grande du privé en sous traitance au ministère des transport nous révèle complètement le contraire avec ce que nous a révélé l’Émission Enquête, alors que les coûts pouvait être surévalué de 30 à 40 % du prix réel. Je crois plutôt que notre bon patronat Québécois et ses affairistes très préoccupés de leurs profits personnels aimeraient bien mettre la main dans le plat à bonbons du trésor…n’ont-ils pas délégué un des leurres au Conseil du Trésor en la personne de M.Coiteux.
    Ils veulent nous faire croire que le privé, dont la seule raison d’être est le profit, couterait moins cher aux citoyens que la fonction publique. C’est très gros comme mensonge, et pourtant ils persistent un peu plus chaque jour à le maintenir artificiellement en vie, alors que personne n’a voté pour ce qu’ils sont entrain de faire et défaire. Avis à nos 3 banquiers, attention, danger, l’état ne s’administre pas comme une banque et la médecine de cheval que nous prescrive nos 3 médecins relèvent beaucoup plus de soins vétérinaires que de soins à des personnes.Ins

    • Diane Gélinas - Abonnée 10 octobre 2014 16 h 08

      Monsieur Miron,

      Vous battez bien des humoristes. Bravo pour votre subtilité d'esprit.

      ...«n'ont-ils pas délégué un des ' leurres ' au Conseil du Trésor en la personne de M. Coiteur»

      Dans un tel cas, on ne peut pas dire que votre langue a fourché...
      mais plutôt que votre plume a ironisé !!!

    • Nicole Moreau - Inscrite 10 octobre 2014 21 h 22

      moi aussi, j'apprécie grandement votre commentaire monsieur Miron et je partage votre point de vue sur le sujet