L’enseignement sera maintenu dans les conservatoires, tranche la ministre
La ministre de la Culture, Hélène David, a infligé un sévère camouflet au Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec. Elle a balayé du revers de la main mercredi avant-midi le plan de redressement soumis quelquesheures auparavant par le conseil d’administration.
« Je me dissocie complètement des conclusions de ce rapport. [Celles-ci] sont irrecevables », a-t-elle affirmé lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale.
Mme David a rejeté net la « seule proposition » du document « hautement confidentiel » pour résorber un déficit accumulé de 14 millions de dollars, c’est-à-dire la cessation des activités d’enseignement dans les cinq conservatoires de musique en région. « Tel que je l’avais déjà annoncé, si on proposait de cesser l’enseignement offert par les conservatoires en région, ma réponse serait « non ». La réponse de ce matin est donc « non » », a-t-elle affirmé, tout en se disant « profondément déçue » du travail abattu par le CA.
À Val-d’Or, Gatineau, Trois-Rivières, Saguenay et Rimouski, les « professeurs du Conservatoire » continueront de dispenser la formation en musique dans les « locaux du Conservatoire », a-t-elle précisé.
La ministre Hélène David a mis en doute la légalité du plan de redressement transmis à la dernière minute par l’équipe de direction — et appuyé par 12membres du CA. « Le Conservatoire a pour objets d’administrer et d’exploiter, dans diverses régions du Québec, des établissements d’enseignement de la musique et des établissements d’enseignement d’art dramatique destinés à la formation professionnelle d’interprètes et de créateurs et à leur perfectionnement », a-t-elle lu, les yeux rivés sur la Loi sur le Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec. « Ils ont signé. Ils assument le rapport. »
Le CA préconisait de délester les cinq établissements établis hors des centres urbains de Montréal et de Québec de leurs responsabilités d’enseignement de la musique à compter du 30 juin 2015. Face à un déficit accumulé de 14 millions de dollars, le « plan ne peut être que radical », soutenait-il.
« On va trouver d’autres options. […] Je prends personnellement le dossier en main », a rétorqué Mme David. Elle a dans sa ligne de mire la « lourdeur administrative » grevant les finances de l’institution. D’ailleurs, elle s’est étonnée de l’absence de propositions de mesures de resserrement budgétaire dans les conservatoires de Montréal et de Québec de la part du CA. « Il n’y a pas un mot dans le rapport sur la question de Montréal et de Québec, on ne parle que des régions. Je pense qu’il y a moyen d’aller regarder beaucoup plus largement. »
Soulagement
La porte-parole de l’opposition officielle en matière de culture, Véronique Hivon, a aussi exprimé mercredi son incrédulité quant au plan proposé par le CA du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec. « Comment un conseil d’administration d’une institution aussi importante a pu en venir à une recommandation qui va autant à l’encontre de la préservation de la mission même ? » s’interroge-t-elle.
Après avoir « tourné autour du pot », la ministre Hélène David a finalement « vu la lumière », s’est réjoui la députée de Joliette. « La ministre laissait ce ballon d’essai faire son travail et, à la force, évidemment, de la mobilisation qui s’est organisée, elle n’a eu d’autre choix que de reculer », a-t-elle dit.
La sortie médiatique de Mme David a été reçue avec soulagement par les directions des conservatoires de musique en région ainsi que par le milieu culturel. En revanche, elle a tétanisé la direction du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec. « Ni M. Desjardins ni M. Bastien ne commenteront [l’accueil réservé au rapport] auprès des médias », a indiqué la directrice des communications, Nancy Bélanger.
Mme David attend de pied ferme le président du CA, Jean-Pierre Bastien, et le directeur général, Nicolas Desjardins. Elle doit les rencontrer tous deux jeudi après-midi. Elle a de « nombreuses questions » à leur poser. « Je vais leur dire ma grande déception. […] J’aurais beaucoup, beaucoup apprécié qu’il y ait plusieurs hypothèses de soumises », a-t-elle insisté. Elle n’écartait pas mercredi la mise sous tutelle du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec.
Le Syndicat des professeurs de l’État du Québec voit d’un bon oeil le fait que la ministre « reconnaissele caractère essentiel des conservatoires pour la vitalité artistique des régions ». Il lui demande toutefois de « s’engag[er] officiellement et concrètement à maintenir l’intégrité des conservatoires en région et à examiner de près la question du déficit structurel du Conservatoire » afin de dissiper une fois pour toutes l’incertitude concernant l’avenir des pôles régionaux.