L’austérité n’empêche pas la relance du Plan Nord

Le premier ministre Philippe Couillard aux côtés du ministre Jean D’Amour et de l’ancien premier ministre Jean Charest, lors de l’événement Objectif Nord, mardi à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre Philippe Couillard aux côtés du ministre Jean D’Amour et de l’ancien premier ministre Jean Charest, lors de l’événement Objectif Nord, mardi à Montréal.

Même si son gouvernement s’apprête à imposer des compressions majeures dans les dépenses de l’État, Philippe Couillard entend injecter des millions de dollars de fonds publics dans la relance du Plan Nord, surtout pour attirer des investisseurs étrangers qui souhaiteraient tirer profit des ressources minières du Québec.

« Il faut envoyer le signal aux Québécois qu’il y a des efforts de redressement de nos finances publiques à faire. Il faut aborder nos dépenses publiques de façon ferme et courageuse, avec comme objectif de préserver nos programmes sociaux pour les prochaines générations. Mais en même temps, il faut absolument lancer un signal de relance économique », a affirmé mardi M. Couillard devant un parterre de gens d’affaires réunis pour l’événement Objectif Nord.

Le Plan Nord est justement une « priorité » dans le cadre de cette tentative de relance mise de l’avant par les libéraux. Et le premier ministre est prêt à y consacrer des dizaines de millions de dollars de fonds publics, malgré le contexte difficile des finances publiques. « Certaines personnes me disent que le cours des métaux est bas, qu’on devrait peut-être laisser faire le Plan Nord, ou alors le retarder. Mais s’il y a une chose propres aux cycles miniers, c’est que lorsque ça baisse, un jour, ça remonte. »

Il est donc essentiel selon lui que le gouvernement mette dès maintenant la table pour le retour des investisseurs. Et la première étape consisterait à les rassurer, après le court passage au gouvernement du Parti québécois. « Nous voulons donner le message au monde entier : Quebec is open for business. Nous sommes ouverts à l’investissement. L’action reprend. Venez investir chez nous », a plaidé le chef libéral.

Ces mêmes investisseurs seraient d’ailleurs favorables à l’austérité budgétaire que compte imposer le gouvernement. Ils recherchent, selon M. Couillard, « une ambiance d’assainissement des finances publiques. Ils veulent intervenir dans un milieu où les finances publiques sont bien gérées, où la dette est contrôlée, de façon à ce que le terreau soit favorable au développement économique ».

La façon de faire libérale porterait déjà ses fruits, a-t-il ajouté. « La bonne nouvelle se propage. Les gens sentent bien que le Québec est de retour sur la carte de l’investissement et de l’activité économique mondiale. » L’ancien premier ministre Jean Charest, présent mardi au forum des gens d’affaires, était du même avis. « La carte d’affaires du Québec à l’étranger, actuellement, c’est le Plan Nord », a-t-il insisté.

Les millions de Québec

Mais avant de venir, les investisseurs du secteur minier veulent savoir si les importantes infrastructures nécessaires pour accéder aux régions les plus éloignées seront au rendez-vous. Québec compte d’ailleurs donner des réponses de nature à les satisfaire. Le tout à grand renfort de fonds publics.

Déjà, le gouvernement Couillard a engagé 20 millions de dollars dans une étude de préfaisabilité pour un nouveau lien ferroviaire qui permettrait de relier la fosse du Labrador au port de Sept-Îles. Un tel projet, déjà évalué à plus de 2,5 milliards de dollars, faciliterait l’exportation à l’état brut du minerai de fer.

Est-ce risqué de s’engager en vue de la construction d’une infrastructure ferroviaire, alors que les prix du fer sont au plus bas ? Ce serait « une grave erreur stratégique » de ne pas le faire, a répliqué le premier ministre, d’autant plus que les investisseurs le demandent. « Il y a toujours un risque dans n’importe quel projet industriel, a-t-il ajouté, mais il y a une certitude : les gens auront toujours besoin de minerai. »

M. Couillard a du même souffle insisté sur la nécessité de travailler en « partenariat » avec les minières pour le développement d’infrastructures qui permettront de « désenclaver » les ressources naturelles. En guise d’exemple, le chef libéral a vanté l’entente entre Québec et la minière Stornoway Diamond dans le cadre du prolongement de la route 167, qui permet de rejoindre la mine de diamants de l’entreprise. Dans le cadre de la construction de cette route, c’est l’État québécois qui a payé la majorité de la facture, soit près de 300 millions de dollars.

Routes et électricité

Le gouvernement libéral garde en outre le cap sur son intention d’offrir des tarifs préférentiels d’électricité aux minières. Même chose pour son projet de prolongement de la route 138, sur la Côte-Nord, ainsi que sur la réfection de la route 389, qui relie Fermont au reste du Québec. Mais Québec n’a pas indiqué mardi les montants qui seront nécessaires pour mener ces chantiers.

En revanche, les libéraux ont précisé leur volonté de consacrer 63 millions de dollars à un fonds destiné au Plan Nord. L’enveloppe totale pourrait atteindre 2 milliards de dollars d’ici 2035, a dit le ministre responsable du dossier, Pierre Arcand. Ce dernier a aussi déposé mardi un projet de loi devant mener à la création de la Société du Plan Nord. Celle-ci doit coordonner le développement nordique et elle devrait être financée par les redevances minières, a dit le ministre.

Québec doit aussi, avec le fonds Capital Mines Hydrocarbures, injecter pas moins de 500 millions de dollars dans des prises de participation dans des projets miniers nordiques. Et mardi, on a appris qu’un autre montant de 50 millions de dollars provenant d’Investissement Québec est investi dans une filiale de Gaz Métro dans le but de produire du gaz naturel liquéfié, notamment pour fournir des minières. « Il s’agit d’un investissement à long terme, a souligné M. Couillard. Nous ne sommes pas dans les dépenses de fonctionnement du gouvernement. »

Le secteur minier représente, les meilleures années, environ 2,5 % du PIB du Québec. Il se situe actuellement autour de 1 % du PIB. À titre de comparaison, l’industrie touristique se maintient bon an mal an autour de 2,5 % du PIB. Pour la période 2014-2016, les prévisions de Québec indiquent que les minières doivent verser un total de 405 millions de dollars en redevances. La valeur brute des ressources non renouvelables extraites devrait dépasser les 24 milliards de dollars au cours de la même période.

L’État québécois a par ailleurs hérité au fil des ans de 698 sites miniers abandonnés. La facture, estimée à 1,2 milliard de dollars, sera entièrement payée par les contribuables québécois. Québec n’a toujours pas de plan pour venir à bout de cet héritage toxique.

64 commentaires
  • simon villeneuve - Inscrit 1 octobre 2014 01 h 13

    M.Couillard ...

    "Mais s’il y a une chose propres aux cycles miniers, c’est que lorsque ça baisse, un jour, ça remonte."

    Drole affirmation de notre Premier Ministre.
    Donc pour les regimes de retraites municipaux, c'est la crise car les cycles boursier n'existent plus mais pour le prix des metaux,oui ?

    De plus, si seulement les liberaux comprendraient que l'exploitation du grand nord ne vaut rien si la transformation ce fait ailleurs !
    Pourquoi investir une fortune pour seulement vendre nos ressources pour presque rien ( en tenant compte des investissement initiaux des fonds publics) pour enrichir les autres pays en creant des emplois de transformations chez-eux pour nous revendre a prix fort des produits d'ou les matieres premieres proviennent d'ici.

    Fait plus de 100 ans c'est comme ca et il semble que ca continue ...

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 1 octobre 2014 08 h 30

      "... c'est que lorsque ça baisse, un jour, ça remonte" (Couillard).

      Qu'importe le risque! Le PM Couillard donne l'impression de jouer au cambiste (trader) avec l'argent qu'il réussira à soutirer chez les moins nantis et la classe moyenne.

    • Claude Richard - Abonné 1 octobre 2014 10 h 06

      Et moi qui croyais que le seul fait d'élire les libéraux de Couillard attirerait des tonnes d'investisseurs. Il faudrait repasser de temps à autre certains passages des débats de la campagne électorale. Quand on a la "culture" de la fraude...

    • Robert Beauchamp - Abonné 1 octobre 2014 11 h 52

      La présence de Charest n'est pas fortuite. Sa firme d'avocats aura sûrement des contrats à élaborer en prenant soin de bien nous vendre son expertise. On ne perd rien pour attendre. Si Couillard met autant de soin que le montage des CHUM et CUSM, cela promet. Et de plus, qui sait, ce sont peut être les minières qui lui ont imposé Charest. On n'a pas fini de payer.

  • Stéphane Bastien - Inscrit 1 octobre 2014 02 h 27

    Contradictions

    Les contradictions d'un gouvernement qui va donner nos argents publics aux étrangers afin qu'ils viennent chez nous y démolir la faune du nord québécois en repartant ensuite avec leurs profits, et en parallèle, ce même gouvernement qui va encore et encore augmenter les frais individuels de tous les citoyens, pour leurs services publics, services qui en bout de ligne seront nettement diminués.

    • ghislaine fortin - Inscrite 1 octobre 2014 09 h 01

      ....."repartant ensuite avec leurs profits"....et en abandonnant les sites remplis de déchets car non, non il ne faut pas exiger le nettoyage des lieux par ces compagnies (il ne faut pas leur faire peur) et les contribuables québécois hériteront de la facture.

  • Cyr Guillaume - Inscrit 1 octobre 2014 04 h 34

    C'est une farce!

    Couillard coupe dans la santé, entends fusionner les réseaux scholaires, coupe jusqu'aux indemnités des plus démunis, l'aide au devoir, mais dépense des milliards dans les minières qui elles EXIGENT les infrastructures que l'on devra payer de nos pôches! Allez comprendre...En plus pas un mots sur les redevances, et qui plus est c'est nous qui serons prit avec ces infrastructures désuètes et obsolètes avec qu'elles fini de drainer nos sols! La preuve :
    L’État québécois a par ailleurs hérité au fil des ans de 698 sites miniers abandonnés. La facture, estimée à 1,2 milliard de dollars, sera entièrement payée par les contribuables québécois. Québec n’a toujours pas de plan pour venir à bout de cet héritage toxique.

    Les libéraux n'apprenent vraiment rien!

    • RONALD LESAGE - Inscrit 1 octobre 2014 09 h 42

      Ce n'est pas les libéraux qui ne comprennent rien , c'est l'électorat qui les ont mis majoritaire au pouvoir en sachant combien ils ont abusé de leurs pouvoirs avec Charest et en appuyant Couillard tout en sachant qu'il a placé plus d'un demi million de son argent hors de la portée du fisc dans un paradis fiscal . Notre devise devrait être " Je me souviens mais je m'en crisss " .

  • Louise Légaré - Abonnée 1 octobre 2014 05 h 34

    405 millions sur 24 milliards! Bravo! Quel pactole!

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 1 octobre 2014 12 h 29

      Les minières s'adaptent au contexte de chaque pays. Au Québec, les redevances sont calculées sur les profits; alors n'en font pas. C'est simple.

      Les profits sont détournés dans des paradis fiscaux.On vend le minerai à des sociétés-écrans au prix coûtant qui, elles, empochent le profit en le revandant à son vrai prix à une tierce compagnie appartenant au groupe financier. Voilà comment on procède. Rien de plus légal.

      La solution est d'imposer des redevances également sur le coût d'extraction ou de vente du minerai. Mais, dans l'opposition, les Libéraux s'y opposaient catégoriquement. On n'a donc pas fini de se faire fourfoyer.

    • Patrick Boulanger - Abonné 1 octobre 2014 13 h 23

      Mme Legault, j'ai eu la même réaction que vous en voyant ces chiffres. Difficile de croire que le Québec ne peut pas tirer davantage de ces ressources non renouvelables.

  • Benoît Landry - Abonné 1 octobre 2014 05 h 51

    Pendant qu'on construit des ponts à péages pour les citoyens

    «Est-ce risqué de s’engager en vue de la construction d’une infrastructure ferroviaire, alors que les prix du fer sont au plus bas ? Ce serait « une grave erreur stratégique » de ne pas le faire, a répliqué le premier ministre, d’autant plus que les investisseurs le demandent. « Il y a toujours un risque dans n’importe quel projet industriel, a-t-il ajouté, mais il y a une certitude : les gens auront toujours besoin de minerai. »


    Ces grandes industries ont profité de baisses d'impôts importantes depuis des années, on leur a donnéles droits miniers, mais Couillard et sa gang continue de presser le citron citoyen pour les engraisser.