Impossible de protéger le français sur le Web, selon Couillard

Philippe Couillard lors de l'annonce du Plan culturel numérique
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Philippe Couillard lors de l'annonce du Plan culturel numérique

Le premier ministre Philippe Couillard conclut à l’impossibilité pour le Québec de réglementer les médias numériques afin d’assurer une plus grande place au français sur le Web.

« C’est comme si on vous disait qu’il faut se mettre dans le milieu du Saint-Laurent pour essayer d’arrêter le flot », a dit Philippe Couillard qui, accompagné de la ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, dévoilait, lundi, les détails du Plan culturel numérique de son gouvernement.

« Que ce soit Uber pour les voitures partagées, que ce soit Netflix pour la vidéo, c’est un phénomène de société irréversible », a fait valoir le premier ministre, qui a évoqué un « changement de civilisation ».

La prédominance de l’anglais dans les médias numériques ne le préoccupe pas. « Les autres pays du monde dont la langue est également dans un statut difficile parfois, que ce soient les pays scandinaves ou d’autres, ne voient pas de menace là-dedans », a-t-il dit.

« Ce qui est important, c’est que notre culture québécoise, notre langue, soient présentes » dans l’univers numérique, a fait valoir le premier ministre. À ses yeux, ce serait « une grave erreur » de tenter de limiter l’accès à certains médias. De toute façon, « le gros de la compétence est fédéral », a-t-il relevé.

Philippe Couillard ne craint pas pour notre système de diffusion. Les Québécois francophones sont attachés aux productions locales, comme le montre la controverse entourant l’avenir de Radio-Canada, a-t-il fait observer. « Les gens demeureront attachés au fait de se voir dans le miroir. »

Au-delà de ce plan numérique pour la culture, son gouvernement a commencé à travailler sur « une stratégie numérique tous secteurs confondus », a-t-il mentionné, un exercice encore embryonnaire.

Un plan réduit à 110 millions

Dans les grandes lignes, le plan de Québec vise à stimuler le rayonnement de la culture québécoise dans les univers numériques en accompagnant les industries et institutions culturelles dans cette mutation. Cent dix millions de dollars doivent y être consacrés en sept ans, dont 100 millions s’inscrivent dans le Plan québécois des infrastructures (PQI). En mars dernier, le Parti québécois avait présenté un plan similaire doté de 150 millions de dollars, incluant 50 millions destinés à la numérisation du patrimoine et d’oeuvres québécoises. Les deux plans reposent sur la même consultation des milieux culturels par les fonctionnaires du MCC depuis plus d’un an.

Un tiers de l’enveloppe sera dépensé dans les trois prochaines années. Au total, Québec a mis en lumière 51 projets en cours cherchant à inscrire la création et la diffusion de la culture dans un présent de plus en plus numérique et exposé désormais à de nouveaux outils de communication. Le secteur de la muséologie en sort le grand gagnant en recevant 10,9 millions de dollars pour soutenir ses projets numériques. Les Arts et lettres (6,3 millions), le Patrimoine (5,1 millions) et la musique (3 millions) emboîtent le pas. Le plan évoque, entre autres choses, la création de contenus à Télé-Québec, le lancement d’applications pour le Musée de la civilisation, le développement d’une plateforme collaborative versée dans l’archéologie ou la diffusion de la collection du Musée d’art contemporain de Montréal.

« C’est une cartographie intéressante des projets en cours dans le domaine de la numérisation de la culture au Québec, a commenté Olivier Charbonneau, chercheur en bibliothéconomie à l’Université Concordia et observateur des transformations culturelles sur le blogue Culture Libre. Mais on ne sent pas une vision stratégique incroyable derrière tout cela ». « Il n’y a pas trop d’innovation là-dedans, constate pour sa part Sylvain Carle, figure du Québec numérique et ex-employé de Twitter, tout en soulignant la faiblesse du montant lié à ce plan au regard du défi qu’il doit relever. Nous sommes dans les mêmes silos qu’avant. Mais il faut passer par les structures du XXe siècle pour arriver à celle du XXIe siècle », admet-il.

Pour leur part, les défenseurs du logiciel libre et d’une culture numérique ouverte ont qualifié d’« intéressant » le plan de Québec, mais se sont étonnés de l’absence de références claires à la promotion de « formats libres et ouverts » capables, selon eux, de faire rayonner convenablement la culture québécoise en ligne en la faisant passer « d’une culture d’accessibilité à une de réutilisabilité », a dit Mathieu Gauthier-Pilote de l’Association pour l’appropriation collective de l’informatique libre (FACIL). « Souhaitons que l’argent public » mis dans ce projet « ne serve pas à soutenir les pires pratiques de l’industrie », a-t-il ajouté.

Des projets pour la culture

Le plan de Québec pour le développement culturel en format numérique repose sur 51 projets en cours. Morceaux choisis…

1– Achat d’équipements de numérisation divers par Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

2–Aider les entreprises du livre et de l’édition spécialisée à faire le passage au numérique.

3– Améliorer l’expérience client au Musée national des beaux-arts de Québec.

4–Coordonner le comité de pilotage du plan culturel numérique du ministère de la Culture.

5– Valoriser les contenus de Télé-Québec et en créer de nouveaux.
29 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 30 septembre 2014 00 h 35

    Mais quel applaventrit!

    Mais oui écrasons nous devant l'anglais y compris sur le net maintenant! Non, mais simplet! Voir si ça rendais tout plus facile. Il ne fait que prouvé que nous avons besoin d'une nouvelle loi-101 au plus vite! Mais bien-sur ce ne sera pas lui qui nous la donnera, cela enragerait bien trop nos rhodésiens de l'ouest.

    • Donald Tremblay - Inscrit 30 septembre 2014 12 h 54

      Netflix, qui diffuse en France, vont ajouter des séries en français dans leur site.

      Nous ici, on veut les bloquer....

      Je pense que les Québécois n'ont plus confiance aux Québécois. On ne peut grandir comme peuple dans la peur.

    • Emmanuel Bernier - Abonné 30 septembre 2014 17 h 50

      Je confirme... Je suis en France et les films sont tous en français. On peut même visionner Léolo et Crazy... ce qui est impossible au Québec si je ne m'abuse.

    • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 1 octobre 2014 09 h 00

      La devise de Couillard, "tapis un jour, tapis toujours."

  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 30 septembre 2014 03 h 00

    Pourrait-on créer des jeux vidéos intéressants en français, s'il vous plait?

    Je vois beaucoup d'enfants jouer aux jeux vidéos en anglais sans nécessairement le comprendre. Ils en deviennent même dépendants quelquefois. Mais, à force de jouer en anglais, ils finissent par le comprendre un peu, puis plus; et à la fin, cela devient cool et attachant. Tous les francophones doivent innover, créer quoi! Les gouvernements devraient-ils aider, stimuler cette créativité? En situation minoritaire, oui! Et ces productions exceptionnelles se vendront partout, en français, grâce à leur qualité. C'est ce que je crois.

    • Maxime Tremblay - Inscrit 30 septembre 2014 12 h 32

      La plupart des jeux vidéo sont traduits en français. Il suffit de paramétrer correctement sa console de jeu ou bien encore l’installer dans la bonne langue s’il s’agit d’un jeu PC.
      Le problème est plutôt en amont, il suffit de vouloir jouer en français :-)

  • Djosef Bouteu - Inscrit 30 septembre 2014 03 h 18

    Vieux discours défaitiste et démissionnaire.

    Avant la loi 101, c'était aussi impossible de faire de la place au français à la radio, à la télé, sur le marché du travail dans le domaine de la finance, etc.

    Ce discours est celui de démissionnaires sans volonté ou pire, de gens favorisant activement la marginalisation du français dans la vie publique.

    • Jacques Moreau - Inscrit 30 septembre 2014 11 h 11

      Avant la loi 101, il y avait un Radio-Canada francophone (subvertionné par le Canada, entier), il y avait du cinéma français (j'y allais) et aucune loi vous obligeait à utiliser l'anglais en premier, avec des écritaux plus grand que ceux en français. IL y avait TéléMétropole en TV et des stations de radios francophones à travers le Québec et le Canada. Le problème de la langue française en Amérique, est qu'on ne peut plus isoler des villes et villages presque exlusivement peupler de francophones catholiques, du reste du continent.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 2 octobre 2014 13 h 11

      Le problème de toute langue menacée est que certains colonisés sont convaincus que leur langue ne peut pas tout dire et qui pensent qu'elle doit céder le terrain dès qu'il y a concurence linguistique. Ils se satisfont d'un usage ponctuel toujours plus précaire avec l'avancée de locuteurs de la langue dominante, dont la langue occupe tout les champs linguistiques.

      Selon cette mentalité démissionnaire, effectivement la langue ne se parle en public que dans une zone homogène qui régresse à mesure que l'assimilation progresse en faisant toujours plus d'unilingues fonctionnels dans la langue dominante qui jugent la langue dominée inférieur et donc ne l'apprennent pas.

      La loi 101 vise précisément à en finir avec l'infériorisation du français et à normaliser son unsage dans tous les aspect de la vie sociale pour qu'il puisse se maintenir dans des milieux non-homogènes.

  • Claude Levac - Inscrit 30 septembre 2014 07 h 20

    Faux commentaire de Couillard

    Les sites des organismes et corporations faisant du commerce au Québec se doivent d'être bilingues. Et ce n'est pas compliqué. Ici M. Couillard agit comme un paresseux.

  • Chantale Desjardins - Inscrite 30 septembre 2014 07 h 24

    Le français a sa place sur l'internet

    M. Couillard ne peut affirmer que la prédominance de l'anglais sur l'internet ne le préoccupe pas. Pour moi, cela me préoccupe énormément. C'est de la lâcheté que de dire des sottises comme l'affirme M. Couillard. Pourtant, il parle un bon français mais pourquoi faudrait-il céder pour l'internet. Triste constat...