Les travailleurs de la Côte-Nord se disent lésés

De nombreux travailleurs qualifiés peinent à trouver de l’emploi dans leur région, dit Bernard Gauthier, délégué syndical des opérateurs de machinerie lourde.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir De nombreux travailleurs qualifiés peinent à trouver de l’emploi dans leur région, dit Bernard Gauthier, délégué syndical des opérateurs de machinerie lourde.

Bernard Gauthier persiste et signe. Les travailleurs de la Côte-Nord sont les laissés-pour-compte de la construction.

Le délégué syndical des opérateurs de machinerie lourde (section 791) a fait le voyage de Sept-Îles jusqu’à Montréal lundi pour donner la réplique à la p.-d.g. de la Commission de la construction du Québec (CCQ), Diane Lemieux.

Mme Lemieux a affirmé que les travailleurs de la Côte-Nord tiraient bien leur épingle du jeu, lors de son témoignage à la commission Charbonneau.

Selon les données officielles de la CCQ, 96 % des salariés de la construction sur la Côte-Nord ont travaillé dans leur région en 2013. De plus, 92 % de leur volume de travail a été effectué sur la Côte-Nord. Ils ont travaillé en moyenne 1100 heures, soit 15 % de plus que le reste des travailleurs de l’industrie.

« Les maudits chiffres, c’est pas ça qui va nourrir nos pères et nos mères de famille », conteste Bernard Gauthier. Selon lui, la réalité sur le terrain est totalement différente.

De nombreux travailleurs qualifiés peinent à trouver de l’emploi dans leur région, dit-il. Avec les nouvelles règles sur le placement syndical, les entrepreneurs peuvent recruter directement leurs employés, dans la région de leur souhait, sans égard au principe, cher à M. Gauthier, selon lequel il faut prioriser l’embauche de la main-d’oeuvre locale. « La mobilité provinciale nous nuit énormément », a-t-il déploré.

Selon lui, 70 % des emplois de la Côte-Nord doivent être réservés à la main-d’oeuvre locale.

La FTQ-Construction ne tire pas les mêmes conclusions que Diane Lemieux sur le portrait statistique de l’industrie. De 2009 à 2013, la part des heures travaillées par les employés de la région est passée de 72 % à 46 %.

Selon la centrale, 44 % des travailleurs de la Côte-Nord ne réussissent pas à travailler l’équivalent de six mois à temps plein par année. « Quand tu travailles la moitié du temps et que tu voies que la majorité du travail dans ta région est fait par des gens de l’extérieur, c’est certain que tu ne peux pas trouver ça équitable », a dit Yves Ouellet, directeur général de la centrale.

Des cas vécus

M. Gauthier était accompagné d’une conductrice de camion, Yolaine Brisson, et d’un menuisier, Éric Dufour, qui sont au bord du désespoir. La première doit compter sur l’aide financière de sa fille pour vivre, tandis que le second occupe le métier de chauffeur de taxi pour joindre les deux bouts. Ils ont tous les deux attribué leurs déboires à l’abolition du placement syndical.

Le porte-parole de la CCQ, Simon-Pierre Pouliot, ne doute pas des difficultés rencontrées par les travailleurs de la région.

Depuis le début de l’année, le nombre de travailleurs locaux qui sont actifs sur la Côte-Nord est en baisse de 14 %, ce qui représente quelque 537 postes en moins. Les heures travaillées sont en baisse de 34 %, ce qui représente 1,6 million d’heures en moins.

L’effet de ressac est attribuable à la baisse de l’activité économique, et non à la concurrence indue des travailleurs des autres régions, affirme M. Pouliot. « La Côte-Nord, ça marche avec les grands projets, et la Romaine est en phase de diminution », a-t-il dit.

Aucun regret dans le dossier de Jocelyn Dupuis

Le directeur général de la FTQ-Construction (FTQ-C), Yves Ouellet, n’a aucun regret d’avoir abandonné les poursuites au civil contre son prédécesseur, le fraudeur Jocelyn Dupuis. Sous sa gouverne, la centrale a choisi de tourner le dos au passé en jetant l’éponge contre Dupuis, il y a quatre ans. « On a pris la décision de mettre ça de côté et de s’en aller par en avant », a dit M. Ouellet. Jocelyn Dupuis a été reconnu coupable de fraude et de fabrication de faux documents vendredi dernier. Il a fraudé la centrale de quelque 63 000 $ en 11 mois, en utilisant de faux reçus. Le comité exécutif de la FTQ-C, au sein duquel siégeait Yves Ouellet à l’époque, approuvait les dépenses de Dupuis sans même vérifier ses rapports. Ce laxisme a étonné le juge Denis Lavergne, qui a entendu la cause de Dupuis. Yves Ouellet assure que la FTQ-C a « fait ses devoirs ». Les dépenses sont dorénavant scrutées à la loupe, a-t-il dit. Il a par ailleurs minimisé les problèmes d’infiltration du crime organisé à la FTQ-C, tels qu’ils ont été décrits à la commission Charbonneau. « Des problèmes d’infiltration à la FTQ-Construction, je n’en avais pas », a-t-il tranché.