Québec propose une réforme majeure du réseau de la santé

Le gouvernement libéral propose une profonde réorganisation du réseau de la santé, qui inclut notamment la fusion de tous les établissements de santé et de services sociaux dans chacune des régions du Québec. «Moins de bureaucratie pour plus de soins, c'est de ça dont on parle ici», a promis le premier ministre Philippe Couillard à l’Assemblée nationale jeudi.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, avait fait connaître quelques minutes auparavant les grandes lignes du projet de loi 10.

Celui-ci prévoit la création d’un centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) issu de la fusion de l’agence et des établissements publics de la région, et ce, dans chacune des 18 régions sociosanitaires, sauf celle de Montréal. En effet, cinq établissements régionaux et quatre établissements suprarégionaux — Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et Institut de cardiologie de Montréal — seront mis sur pied dans la région métropolitaine.

Le projet de loi revoit de fond en comble la gouvernance du réseau de la santé, notamment en dissolvant près de 200 conseils d’administration à travers le Québec.

Les CA des établissements régionaux et suprarégionaux verront leurs membres nommés par le ministre de la Santé et des Services sociaux. «[Ils seront néanmoins] en majorité indépendants», a précisé M. Barrette lors de la présentation de sa proposition de «grand changement» aux élus de l’Assemblée nationale.

Le ministre aura également la main haute sur le choix des présidents-directeurs généraux des CISSS. Il se réserve aussi le droit d’«intervenir» dans le fonctionnement des établissements «si des gestes incompatibles avec les règles de saine gestion sont posés».

«Le projet de loi modifie l'organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux par l'intégration régionale des services de santé et des services sociaux, la création d'établissements à mission élargie et l'implantation d'une gestion à deux niveaux hiérarchiques, afin de favoriser et de simplifier l'accès aux services pour la population, de contribuer à l'amélioration de la qualité et de la sécurité des soins et d'accroître l'efficience et l'efficacité de ce réseau», a déclaré M. Barrette.

Le gouvernement libéral escompte des économies récurrentes de quelque 220 millions de dollars par année après la mise en oeuvre de la réforme.

Les syndicats inquiets

L’abolition des agences de santé régionales entraînera la création de mégastructures qui vont inévitablement éloigner les services de la population, s’inquiètent les syndicats.

Selon la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), il s’agit là d’une autre mesure d’austérité visant seulement à atteindre l’équilibre budgétaire.

À Montréal, le vice-président de la CSN et responsable du dossier de la santé et des services sociaux, Jean Lacharité, a dit craindre que les missions sociales des centres de santé et de services sociaux soient «bouffées» par les besoins des hôpitaux en raison de la centralisation.

La centrale syndicale, qui dit regrouper quelque 130 000 travailleurs en santé et en services sociaux, craint de voir apparaître d’imposantes structures administratives. Elle aurait préféré que le gouvernement s’attaque à l’accessibilité au réseau.

Si cette réforme entraînera des économies en raison de la réduction du nombre de cadres, le président de la FTQ, Daniel Boyer, a de son côté dit craindre l’arrivée d’«hyper-monstres» administratifs difficiles à diriger à long terme.

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