Visite ministérielle surprise à Anticosti

Un citoyen d’Anticosti, Marc Lafrance, connu pour son opposition à l’exploration pétrolière, s’adressant aux ministres Pierre Arcand et David Heurtel, lundi. Le voyage ministériel avait été gardé secret, même pour les habitants de l’île.
Photo: Moïse Marcoux-Chabot Un citoyen d’Anticosti, Marc Lafrance, connu pour son opposition à l’exploration pétrolière, s’adressant aux ministres Pierre Arcand et David Heurtel, lundi. Le voyage ministériel avait été gardé secret, même pour les habitants de l’île.

Les ministres Pierre Arcand et David Heurtel ont mis les pieds pour la première fois lundi sur l’île d’Anticosti. Selon ce qu’a appris Le Devoir, en reportage à Anticosti, des rencontres étaient prévues avec des citoyens, mais triés sur le volet, ainsi qu’une visite d’un site de forage pétrolier exploratoire.

Ce voyage, gardé secret même pour les citoyens d’Anticosti et organisé sans rencontre publique, était surtout l’occasion de «voir l’état des lieux» en ce qui a trait aux travaux d’exploration pétrolière, a dit le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand.

Même si le dossier du pétrole hypothétique d’Anticosti suscite de vifs débats depuis déjà plus de quatre ans, il s’agissait, de mémoire d’Anticostien, de la première visite d’un ministre du gouvernement du Québec en plus d’une décennie.

Il faut dire que ce dernier a injecté cette année des dizaines millions de dollars de fonds publics dans une nouvelle campagne d’exploration pétrolière sur l’île. Cet investissement, réalisé en partenariat avec la pétrolière Pétrolia — qui détenait la majorité des permis d’exploration de l’île, en partenariat avec Corridor Resources —, doit permettre d’effectuer 15 forages en 2014. Les résultats de ces travaux doivent ensuite être analysés afin de déterminer où seront forés trois puits avec fracturation, et ce, dès 2015.

Travaux retardés

Le Devoir a toutefois appris que les travaux prévus cette année ont pris passablement de retard. Ils ont débuté tardivement, des problèmes d’équipements ont retardé certains forages et au moins un aurait même été abandonné. Une source a indiqué qu’un maximum de 10 à 12 forages seraient terminés d’ici la fin de l’année, si aucun incident supplémentaire ne vient les retarder.

Est-ce que le gouvernement a tout de même bon espoir de pouvoir terminer la première phase des travaux prévus en 2014 ? «C’est pour cela que je vais voir sur place, a simplement dit le ministre Arcand. Je veux avoir l’avis de nos inspecteurs. Mais, vous savez, nous sommes dans une phase très exploratoire. Il n’y a pas d’urgence de tout compléter rapidement.»

Il a d’ailleurs souligné que les résultats de cette année pourraient très bien fermer la porte à la suite des travaux, pourtant déjà annoncés dès février par le précédent gouvernement. «La première partie a été autorisée. Mais ça se peut, si les forages échouent, qu’on ne puisse pas aller plus loin. On veut étudier les analyses avant de voir quelles seront les prochaines étapes.»

Le ministre Arcand et son collègue de l’Environnement, David Heurtel, ont aussi pour la première fois rencontré des citoyens d’Anticosti. En fait, ils ont eu un échange d’environ une heure avec le Centre de vigilance et d’information sur les enjeux pétroliers. Ce comité citoyen rassemblant des opposants et des partisans de l’exploitation pétrolière sur la plus grande île du Québec a été formé en juin.

Pierre Arcand a dit avoir entendu ce qu’ils avaient à dire aux représentants du gouvernement de Philippe Couillard. «Le message des citoyens est qu’ils sont divisés [sur la question des forages pétroliers]. Mais le message que je retiens, c’est que, s’il y a des tonnes de pétrole, il faut être prudent. Mais s’il n’y en a pas, ils nous disent: “ne nous laissez pas tomber. On veut continuer à survivre”.»

Depuis des années, les citoyens de l’île cherchent en effet des avenues qui permettraient de freiner l’exode des insulaires, qui sont aujourd’hui à peine plus de 200. Or, les projets n’aboutissent tout simplement pas, qu’il s’agisse de développer davantage le tourisme ou encore de relancer la foresterie, jadis prospère.

De tels projets sont toujours sur la table, a répondu le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles. « Ils veulent que la population puisse augmenter, pour atteindre une viabilité minimale de 350 habitants, a-t-il résumé. Anticosti fait partie du Québec et il est clair que nous devons travailler pour que tous les habitants du Québec aient les meilleurs services possible. »

Processus d’évaluation

Interpellé par Marc Lafrance, un Anticostien connu pour son opposition à l’exploration pétrolière, le ministre Heurtel s’est voulu rassurant. «On ne sait pas s’il y a du pétrole et si c’est du pétrole de schiste. C’est pour ça qu’on fait une évaluation environnementale stratégique.»

Les libéraux de Philippe Couillard ont décidé de confier cette évaluation environnementale stratégique sur les énergies fossiles à un comité présidé par des représentants du gouvernement, qui devront s’assurer de l’«objectivité » de la démarche. Une consultation publique aura aussi lieu, mais elle se fera «en ligne» et à la toute fin du processus. Et même si le gouvernement Couillard vient tout juste de lancer le processus d’évaluation, il ne cache pas son préjugé favorable envers l’exploitation d’énergies fossiles au Québec.

Pour le moment, aucun gisement exploitable n’a été trouvé sur l’île d’Anticosti, malgré des décennies de recherche. Selon une évaluation théorique très préliminaire, le sous-sol pourrait renfermer 40 milliards de barils de pétrole de schiste. Pour l’extraire, il faudra donc mener des opérations de fracturation.

Selon une étude menée par l’ingénieur-géologue Marc Durand, il faudrait forer au moins 12 000 puits sur l’île pour extraire 1 % à 2 % de tout le pétrole. Il faudra pour cela construire toutes les infrastructures nécessaires pour l’implantation de l’industrie pétrolière.

18 commentaires
  • Jean Santerre - Abonné 16 septembre 2014 05 h 52

    Paradoxe et tromperie

    Savoir s'il existe ou pas de pétrole est probablement pertinent, mais bien davantage si l'on sait ce que l'on fera avec.
    Personne n'est dupe, le pétrole sert à poursuivre notre mode de vie malsain envers l'environnement et nos mauvaises habitudes de toxicomane énergétique.
    Pendant que l'on augmente les surplus d'énergie électrique propre en achevant les infrastructures de production, on ne réforme pas le code du bâtiment pour exiger des maisons viables à zéro énergie nette, on ne prend aucune initiative d'avant garde pour la réduction du transport auto solo, aucune mesure fonctionnelle pour l'obligation de proposer des véhicules à zéro émission comme une loi zéro émission en vigueur dans 8 états américains et pas d'investissement dans le transport en commun.
    Des objectifs pourtant faciles à établir, mais surtout nécessaires pour ramener notre production de gaz à effet de serre à un niveau soutenable.
    Pourtant le Québec se drape de vert avec ses ressources hydrauliques, mais se précipite avec ardeur dans la fuite en avant avec une vague promesse de richesse qui nous enchaîne à un destin beaucoup plus sombre.
    Comment faire tout et son contraire et croire que cela est bon.
    Les Québécois sont parmi les plus gros consommateurs d'énergie et de ressource et ils revendiquent fièrement leur désir d'être encore plus glouton.
    Nos élus font tout pour y parvenir.
    Après moi le déluge!

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 16 septembre 2014 10 h 00

      Un monde utopique...

      M. Santerre, vous parlez "d'objectifs pourtant faciles à établir" mais qui, dans notre contexte planétairel réaliste, n'auront comme résultat que l'équivalent d'une goutte d'eau dans la mer des pratiques mondiales. Les grandes puissances, les USA qui ont trouvé du schiste, les Russes en guerre, la Chine devenue irrespirables pcq ça carburent aux hydrocarbures, nient en plus leur contribution aux changements climatiques. La vraie question est de savoir comment, nous et nos descendants, comme pays nordique avec de grands espaces, allons nous tirer notre épingle du jeu implaquable des niveaux de température et d'océans en hausse, de la fonte des glace et l'inondation des côtes ?

    • Daniel Bérubé - Abonné 16 septembre 2014 13 h 44

      @ Mr. Tremblay

      Et la solution serait alors... baisser les bras ?

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 16 septembre 2014 15 h 38

      @ Mr. Bérubé

      Si baisser les bras devant un problème qui nous dépasse tous, afin de mieux réfléchir plutôt que de gaspiller nos énergies, c'est ça l'intelligence. Par définition, nous avons cette aptitude à nous adapter à une nouvelle situation, à choisir des moyens d'action en fonction des circonstances nouvelles ou à prévoir...

    • Jean-Marcel Tremblay - Inscrit 17 septembre 2014 06 h 19

      Si tu as un permis de conduire et une ou des autos, que la SAAQ t enleve tout ca illico idiot.

  • Claude Ouimet - Abonné 16 septembre 2014 08 h 05

    12 000 puits sur l’île pour extraire 1 % à 2 % de tout le pétrole...!!!

    À quand 12 000 chercheurs et ingénieurs pour développer une énergie d'avenir...
    Allons nous encore rester attacher aux (...) fossiles...
    Tournons nous vers l'avenir...

    • Julie Carrier - Inscrite 16 septembre 2014 11 h 59

      Tous ces chercheurs existent et toutes les énergies propres sont possibles et réelles en 2014.

      Ils et elles sont simplement étouffés et obligés au silence par tous les lobbys de ce monde avec la complicité de nos dirigeants qui n'en ont que pour leur idéologie et/ou leur popularité électorale. L'argent et l'aveuglement volontaire des problèmes environnementaux qui détruisent les écosystèmes nous conduirons tous à notre perte.

    • Guy Vanier - Inscrit 16 septembre 2014 20 h 45

      Comme ils disent tous maintenant:

      Nous ne serons plus là et toi non plus......

  • François Dugal - Inscrit 16 septembre 2014 08 h 45

    Classe affaire

    Le PLQ véhicule la vision de la société promue par la classe affaire. Les québécois ont voté pour l'élection de ce gouvernement et ce sera ainsi pour les quatre prochaines années.
    Ils nous ont promis "l'économie et l'emploi": ils tiennent leurs promesses.

    • Danielle Houle - Abonnée 16 septembre 2014 12 h 38

      Oui c'est vrai aussi qu'ils n'avaient pas promis de sauvegarder l'environnement. Par contre quand on regarde de plus près l'entente entre Pétrolia et le gouvernement du Québec, les gains économiques seront en presque totalité pour l'industrie et non pas pour vous et moi. Je commence à croire que les fossiles sont à Québec plutôt qu'Anticosti.

    • Élaine Bissonnette - Abonnée 16 septembre 2014 12 h 43

      Erreur, ce n'est pas la majorité des citoyens qui ont voté pour ces Libéraux.. il a maintenant division du vote... mauvaise répartition des comtés etc. A quand plusieurs tours de scrutin.. !

    • Élaine Bissonnette - Abonnée 16 septembre 2014 12 h 45

      et le PLQ a promis des jobs à court terme... ça n'est pas du Bonheur durable !!

    • Benoît Gagnon - Inscrit 16 septembre 2014 15 h 37

      Je n'ai pas voté pour ces escrocs libéraux lors de cette farce démocratique que vous appelez des "élections". Tant qu'à faire dans la philosophie sociale, nous pourrions facilement démontrer que ces escrocs usurpent leur titre sans avoir l'appui de la majorité de la population pour les appuyer (ne parlons même pas de grande majorité) dans ce système politique arriériste qui nous sert de gouvernance.

      Que suggérez-vous, M. Dugal? Que je me taise à jamais parce que je n'ai pas "voté du bon bord"? C'est bien ce que la dictature monarchique parlementaire anglo-saxonne voudrait nous faire avaler. "Si vous n'avez pas voté pour ce gouvernement, taisez-vous! Si vous avez voté pour ce gouvernement et que vous êtes en désaccord avec leurs actions, taisez-vous tout de même! Nous sommes élus, nous avons les pleins droits!" Libre à vous d'abdiquer. Pour ma part, je ne m'y tiendrai pas.

      Ce genre d'attitude entretien le cynisme politique, M. Dugal. En ces heures sombres pour la politique québécoise, cela n'est pas nécessaire.

    • Jean-Marcel Tremblay - Inscrit 17 septembre 2014 06 h 21

      Oui et bravo a eux xx,

  • marcel berube - Inscrit 16 septembre 2014 10 h 07

    Impact envi.....

    Quel est l'impact environnemental du mode de vie de m.lafrance,cite dans l'article,hydrocarburien un jour, hydrocarburien toujours...ceux qui font des choix environnementaux paient.C'est beau inter financement ...

  • Jean-Marcel Tremblay - Inscrit 17 septembre 2014 06 h 17

    Bravo les liberaux de M. Couillard

    Que l on fasse comme les USA, en avant go go go et du petrole en masse et de l argent pour equilibrer notre budget.

    • David Jacques - Inscrit 17 septembre 2014 12 h 42

      @ Monsieur Tremblay, on peut commencer par forer dans votre cour arrière? J'imagine que vous n'y verrez pas d'inconvénient? Un oléoduc derrière votre résidence ça vous irait aussi non? DÉVELOPPONS!