Levée de boucliers contre la fin du tarif unique

À partir du 1er octobre, le tarif des CPE passe déjà de 7 à 7,30 dollars. Québec voudrait annoncer, en décembre, la fin du tarif unique.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir À partir du 1er octobre, le tarif des CPE passe déjà de 7 à 7,30 dollars. Québec voudrait annoncer, en décembre, la fin du tarif unique.

Mettre fin au principe d’universalité dans les centres de la petite enfance (CPE) nuira au premier chef aux femmes, ont dénoncé de nombreux acteurs alors que Québec refusait de commenter la rumeur, jeudi.

 

« Les mesures d’austérité font reculer l’égalité pour les femmes, dénonce la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi. Le mot d’ordre dans nos réseaux, c’est de se mobiliser ! »

 

Le gouvernement envisage sérieusement de mettre fin aux garderies à sept?dollars et à faire payer tous les parents en fonction de leurs revenus. C’est ce qu’avançait La Presse jeudi matin, sur la foi de discussions qui auraient eu lieu au caucus libéral à La Malbaie, la semaine dernière.

 

« Une décision sera prise suite au processus de révision des programmes », s’est contenté de répondre l’attachée de presse de la ministre de la Famille Francine Charbonneau.

 

La levée de boucliers a été immédiate, jeudi. Le Parti québécois, qui a mis en place le réseau des CPE, a rapidement dénoncé l’idée. « Les libéraux confondent un investissement pour l’ensemble de la société et une dépense, a décrié dans un communiqué le député Mathieu Traversy. L’universalité des tarifs en service de garde assure l’égalité des chances. Pour des motifs idéologiques, les libéraux jettent à la poubelle un pan essentiel du filet social du Québec. »

 

« C’est rétrograde ! de lancer la députée solidaire Françoise David. Je considère que les services de garde sont un service essentiel, ce n’est pas anecdotique ! » La co-porte-parole de Québec solidaire craint aussi que les coupes dans les autres services publics ne nuisent en premier lieu aux femmes. « On est toujours en train d’en demander plus aux femmes pour faire fonctionner la société et elles le paient très cher, notamment à la retraite ! » dénonce Mme David.

 

Alexa Conradi abonde dans le même sens. Elle s’inquiète aussi que des familles plus aisées puissent décider d’avoir recours à des aides domestiques à domicile en l’absence d’avantage financier à utiliser les CPE. « Ces travailleuses sont mal payées, ce sont souvent des femmes immigrantes, alors que dans les CPE, il y a eu une bataille épique pour les conditions de travail ! », rappelle-t-elle.

 

Elle rappelle l’obligation qu’a le gouvernement d’évaluer l’impact des politiques publiques sur les femmes.

 

Décrié de tous les côtés

 

Le directeur général de l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), Louis Sénécal, est incrédule. « Il n’y en a pas, de dialogue social ! dénonce-t-il. On se demande à quoi vont servir les commissions libérales… Les choix sont déjà faits ! » Son association représente 75 % des CPE.

 

Il accuse le gouvernement libéral de vouloir faire revenir le Québec de 30 ans en arrière et craint que la révision de la tarification soit le premier pas vers le démantèlement du réseau. Le Québec a besoin que les femmes restent sur le marché du travail, fait-il valoir. « La politique familiale a permis aux femmes les plus pauvres de se sortir de la pauvreté. Elle a permis à 70 000 femmes de regagner le marché du travail. Le Québec a besoin de tous ses travailleurs pour que l’économie roule », a-t-il dit en point de presse.

 

Il prévoit même une baisse du taux de natalité au Québec si l’universalité des tarifs en CPE est abolie. « Les couples devront choisir entre investir pour leur retraire, acheter une maison ou faire des enfants, c’est insensé ! »

 

Il accuse la ministre Charbonneau de mettre aux rebuts le rapport d’un groupe de travail sur les CPE qui, en janvier dernier, proposait notamment l’indexation des tarifs.

 

Au Conseil québécois des services de garde éducatif à l’enfance, la directrice générale Francine Lessard s’inquiète aussi pour la qualité des services offerts par les CPE en cette ère de compressions. « Il faut maintenir l’accessibilité pour tous, le contrôle de la qualité et respecter l’expertise de ce réseau », dit-elle.

 

Le président de la CSN, Jacques Létourneau, craint que les tarifs de services de garde en milieu scolaire soient aussi touchés. « On crée l’illusion en baissant les impôts, mais on vous charge d’avantage par la porte d’en arrière », dit-il.

 

Lors de son discours inaugural, le premier ministre Philippe Couillard avait promis de poursuivre le développement des services de garde et de mettre les familles de classe moyenne ou à bas revenu « à l’abri d’un choc tarifaire ». Mais il avait peu de temps après laissé entendre que l’option de la modulation des tarifs en fonction des revenus des familles était sur la table.

 

En 2012, l’économiste Luc Godbout avait publié une étude avançant que pour chaque 100 dollars investi dans les CPE, Québec avait récupéré 104 dollars. À l’époque, ces conclusions avaient été mises en doute par Martin Coiteux. Aujourd’hui, l’un préside la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise, et l’autre, le Conseil du trésor.

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