Arthur Porter, les mémoires d’un homme aux mille et un contacts

Ci-dessus, Arthur Porter et Stephen Harper visitent l’Hôpital général de Montréal en 2006.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Ci-dessus, Arthur Porter et Stephen Harper visitent l’Hôpital général de Montréal en 2006.

De sa cellule de prison au Panamá où il est incarcéré, Arthur Porter règle ses comptes dans une biographie qui sera lancée la semaine prochaine. Balayant les accusations de fraude portées contre lui en lien avec la construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), Porter lève le voile sur les liens qu’il a entretenus avec des politiciens, dont Philippe Couillard, qu’il a même conseillé alors que celui-ci était ministre de la Santé.

 

Né en Sierra Leone, oncologue et gestionnaire ambitieux, Arthur Porter se décrit surtout comme un négociateur pour qui conclure une affaire avait un caractère « orgasmique ».

 

En voyage avec Couillard

 

Dans The Man Behind the Bow Tie, rédigé en collaboration avec le journaliste T. R. Todd, Arthur Porter décrit son cheminement, les batailles qu’il a menées — pour l’hôpital des Schriners à Montréal notamment —, son passage au CUSM, sa collaboration avec SNC-Lavalin, son amitié avec Philippe Couillard, la découverte de son cancer et son séjour en prison au Panamá, où il croupit toujours.

 

Nommé directeur général du CUSM en 2004, Arthur Porter développe des liens d’amitié avec Philippe Couillard, alors ministre de la Santé. Ils prennent régulièrement des repas ensemble — M. Porter dormira chez M. Couillard un soir — et font des voyages de pêche. Les deux compères se seraient même rendus à l’île d’Anticosti en hélicoptère, relate Arthur Porter.

 

« Il fut une période où Couillard m’appelait tous les jours, me demandant mon avis sur tel enjeu ou telle décision. J’ai réalisé qu’il avait vraiment besoin d’approbation. Couillard voulait qu’on lui dise qu’il faisait un bon travail », raconte-t-il avant de faire ce constat : « Il m’est vite apparu évident que Couillard désirait ardemment devenir premier ministre. En fait, c’était presque trop désespéré. »

 

Au cabinet du premier ministre, mercredi, on a indiqué que jamais Philippe Couillard ne s’était rendu sur l’île d’Anticosti, encore moins en hélicoptère. Son attaché de presse, Harold Fortin, a toutefois confirmé qu’Arthur Porter avait bel et bien dormi à la résidence de M. Couillard à Québec et que c’était au retour d’un voyage de pêche au Nouveau-Brunswick. Le porte-parole a affirmé que M. Couillard n’avait jamais nié qu’Arthur Porter avait été un de ses amis, mais que le livre ne contenait rien de neuf sur une relation au sujet de laquelle M. Couillard avait répondu à maintes questions depuis deux ans.

 

Stephen Harper

 

Arthur Porter relate aussi les échanges qu’il a eus avec Stephen Harper après leur première rencontre survenue lors d’un cocktail conservateur. « Le premier ministre est un homme de peu de mots, écrit-il. La meilleure façon d’y avoir accès, c’est par le parti. De mon point de vue, son parti venait en premier et le pays, en second. »

 

Le premier ministre canadien avait fait appel à Porter pour tenter d’obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU — une bataille qu’il perdra. Nommé au Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité, Arthur Porter critique la gestion du cas d’Omar Khadr par le gouvernement canadien. Il évoque aussi le cas d’agents canadiens capturés et torturés à l’étranger, mais dont on a caché aux familles la vérité sur leur mort brutale.

 

Souffrant d’un cancer du poumon — qu’il s’est lui-même diagnostiqué en 2012 —, Arthur Porter est appréhendé l’année suivante. Détenu au Panamá, il conteste son extradition au Canada.

 

Les accusations d’avoir participé à une fraude de 22,5 millions dans le scandale du mégahôpital montréalais le sidèrent. « Le complot allégué n’est pas seulement improbable, il est impossible », affirme Arthur Porter avec amertume.

The Man Behind The Bow Tie

Arthur Porter et T.R. Todd, Figure 1 Publishing, 240 pages

4 commentaires
  • Lise Bélanger - Abonnée 11 septembre 2014 06 h 57

    Si je comprends M. Porter c'est même de façon désespérée donc à tous prix que M. Couillard convoitait le poste de premier ministre. C'est épeurant à lire quand on connait la magouille du CUSM en partie à cause de M Porter.

    Un médecin, M. Couillard, qui était certainement bien placé pour connaître cette situation de magouille, il me semble.

    Un ami de M. Porter qui dirige le Québec, on peut s'attendre à tous les coups bas, y compris une tentative de signer la constitution canadienne à l'encontre de nos droits et surtout sans aucun respect pour les québécois.

  • Colette Pagé - Inscrite 11 septembre 2014 10 h 30

    L'aveuglement volontaire des décideurs politiques

    Comment expliquer autrement par un aveuglement volontaire la fascination qu'a pu exercer John Porter sur les élus allant même pour Stephen Harper à lui permettre l'accés à des sujets sensibles portant sur la sécurité des canadiens et à Philippe à lui demander conseil alors qu'en même temps qu'il dirigeant le CHUM il faisait des affaires avec Lavalin. Ces dérives s'expliquent notamment par l'absence de balises et par la fascination de valoriser tout ce qui vient de l'étranger. Pensons à Clothaire Ripaille qui a ensorcelé le maire Labaume.

  • Martine Fortin - Inscrite 11 septembre 2014 11 h 14

    Porter, le grand ami de Couillard

    Porter, actuellement en prison au Panama, n'a pas de crédibilité pour affirmer quoi que ce soit; sauf ce qui lui rapporte personnellement. On pensait qu'en prison, on ne pouvait rien faire... il a l'air d'être heureux comme un poisson dans l'eau. Il ne voudra plus quitter la prison. Couillard perd de la crédibilité avec ce genre d'ami.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 11 septembre 2014 15 h 01

    Enfin une explication...


    Voici quelqu'un (À. Porter) qui nous dit clairement que les finances, les trips de pouvoir, l'ambition, négocier et conclure des affaires relèvent du "caractère orgasmique"!
    On se doutait bien que le pouvoir était pour plusieurs une drogue, mais un "orgasme"? voilà qui explique bien des choses...