Un cadre du ministère vante EBR auprès de l’UPAC

Le directeur des technologies informatiques au ministère de la Sécurité publique aurait été de mèche avec l’un des propriétaires de la firme EBR.
Photo: Lucian Coman Hemera Le directeur des technologies informatiques au ministère de la Sécurité publique aurait été de mèche avec l’un des propriétaires de la firme EBR.

Un cadre du ministère de la Sécurité publique accusé de fraude, Abdelaziz Younsi, aurait poussé l’audace jusqu’à frapper aux portes de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) pour favoriser indûment la firme informatique EBR.

 

M. Younsi, directeur des technologies informatiques au ministère de la Sécurité publique, aurait été de mèche avec Mohamed El Khayat, qui est l’un des propriétaires de la firme EBR. Les deux hommes ont été arrêtés en juin dernier, et ils sont accusés de fraude dans le cadre d’un stratagème de vente d’ordinateurs à l’État québécois. Le gouvernement aurait été floué de 500 000 $ sur un contrat de 3,7 millions.

 

Selon des documents judiciaires obtenus par un consortium de médias dont fait partie Le Devoir, Younsi aurait personnellement appelé à l’UPAC, à l’été 2013, pour sonder son intérêt sur un logiciel produit par IBM. Un employé de l’UPAC, dont le nom est caviardé dans des déclarations assermentées produites en cour, a fait état de sa surprise. Règle générale, les cadres du gouvernement n’appellent pas pour faire avancer les intérêts d’une compagnie. Les firmes contactent elles-mêmes le ministère de la Sécurité publique après s’être enregistrées en bonne et due forme au Centre de services partagés du Québec (CSPQ). Lors de la rencontre, un représentant d’EBR, non inscrit au Registre des lobbyistes, s’est invité inopinément à la présentation d’IBM, une autre anomalie.

 

Cette affaire n’a pas fait de vagues, jusqu’à ce que l’UPAC reçoive des informations anonymes sur El Khayat, sur sa ligne « 1 888 ». De fil en aiguille, les enquêteurs ont découvert que Mohamed El Khayat était soupçonné d’avoir commis plusieurs irrégularités dans le cadre d’appels d’offres pour l’octroi de contrats d’informatique. L’enquête a permis d’établir que M. Younsi aurait utilisé son poste de cadre pour faire avancer les intérêts d’EBR.