Le PQ veut une course restreinte

En 2007, les frais d’inscription avaient été fixés à 5000 $. Seule Pauline Marois s’était qualifiée.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir En 2007, les frais d’inscription avaient été fixés à 5000 $. Seule Pauline Marois s’était qualifiée.

L’exécutif du Parti québécois (PQ) veut à tout prix éviter que la course à la succession de Pauline Marois ressemble à celle de 2005, où neuf candidats s’étaient affrontés. Pour filtrer les prétendants, le PQ songe donc à imposer des « frais d’inscription dissuasifs », et à doubler le nombre de signatures nécessaires pour être admis.

 

Selon des informations obtenues par Le Devoir, l’exécutif du PQ souhaite que chaque candidat débourse 35 000 $ pour s’inscrire à la course. Cette somme serait non remboursable, et payable en deux temps : 20 000 $ au moment de la remise du bulletin de candidature — sans quoi il ne serait pas valide — et 15 000 $ à payer avant le 10 avril 2015.

 

Ces 35 000 $ représentent une « contribution aux dépenses du parti pour l’organisation et la tenue de l’élection ». Ils ne comptent pas dans le plafond de dépenses de 300 000 $ que les candidats pourront amasser pour mener campagne.

 

En 2007, les frais d’inscription avaient été fixés à 5000 $. Seule Pauline Marois s’était qualifiée. Deux ans plus tôt, le parti avait opté pour une formule souple où le parti prélevait une part de l’argent recueilli par les candidats. Or, le grand nombre de candidats avait mené à une course éclatée.

 

« L’objectif du comité qui a préparé cette proposition est clairement de dissuader des gens moins sérieux de faire la course », indiquait lundi une source proche des discussions actuelles. « Ce n’est pas tout le monde qui peut mettre 35 000 $ sur la table. Tu peux emprunter pour faire le dépôt, mais il faut quand même rembourser avec les contributions des électeurs [à raison de 500 $ par personne maximum]. »

 

Autre mesure de resserrement : pour être admis, les candidats devront avoir récolté au moins 2000 signatures de membres en règle au moment du dépôt de leur bulletin. « Ces 2000 signatures doivent provenir d’au moins 9 régions ainsi que d’au moins 50 circonscriptions différentes », indique le document remis au comité exécutif lors d’une rencontre tenue à huis clos samedi. Un minimum de 10 signatures est exigé pour chacune des régions et des circonscriptions.

 

Les signatures devront être recueillies entre le 26 novembre et le 15 janvier 2015, soit à l’intérieur d’une période de 50 jours. En 2005, le PQ avait accordé trois mois aux prétendants pour amasser 1000 signatures provenant de 40 circonscriptions. Deux ans plus tard, Mme Marois avait dû fournir 1500 signatures avant d’être couronnée.

 

« On ne veut pas assister à une multiplication de candidats, explique une autre source au sein de l’exécutif. Mais, en même temps, on ne veut pas freiner les candidatures intéressantes. Nous avons établi des règles dans cet esprit-là. Les règles seront plus strictes que celles de 2007, et beaucoup plus strictes que celles de 2005. »

 

En comparaison, en 2013, les libéraux Philippe Couillard, Pierre Moreau et Raymond Bachand avaient dû recueillir les signatures de 500 membres provenant de 50 circonscriptions. Le dépôt de sécurité avait été fixé à 50 000 $ par le Parti libéral du Québec. En 2011, le Bloc québécois avait pour sa part établi à 15 000 $ et 1000 signatures les seuils d’admissibilité.

 

Primaires à deux tours

 

Ces recommandations du comité exécutif devront être entérinées par les présidents des associations péquistes, qui se rencontreront le 4 octobre à Sherbrooke. Ceux-ci devront alors aussi décider si l’élection se fera auprès des membres seulement, ou par la voie de primaires ouvertes.

 

Selon le document consulté par Le Devoir, la proposition de primaires ouvertes comporterait un « premier tour de scrutin réservé aux électeurs membres », qui se déroulerait du 15 au 17 avril. « Les deux candidats ayant obtenu le plus de votes participeront à un deuxième tour de scrutin auquel pourront voter les électeurs membres et les électeurs sympathisants », indique-t-on. Ce deuxième tour aurait lieu du 30 avril au 2 mai.

 

Tenir des primaires coûterait toutefois cher — jusqu’à 800 000 $, s’est fait dire l’exécutif samedi. Il faudrait d’abord compter environ 400 000 $ pour organiser un congrès spécial permettant de changer les statuts du parti. On prévoit ensuite une autre somme de 400 000 $ pour adapter l’organisation à un processus plus lourd : système téléphonique, envois postaux, vérification d’identités…

 

Sur la question des primaires, l’exécutif serait « partagé à 50-50 », dit une source. « Ce sera vraiment aux présidents de décider. »

 

Avec Marco Bélair-Cirino

52 commentaires
  • Michel Sénécal - Inscrit 9 septembre 2014 01 h 41

    2 couronnes pour PKP

    « L’objectif du comité qui a préparé cette proposition est clairement de dissuader des gens moins sérieux de faire la course »

    Alors comme ca,ce ne sont pas les idées, mais le cash qui va déterminer qui pourra participer ou non a cette course historique a la chefferie du PQ.

    Si c'est la cash, pourquoi ne pas augmenter les frais d'inscription a 200 000$ et couronner tout de suite PKP.

    Ça lui ferait deux couronnes... une a gauche (PQ) et une a droite (roi du lock-out et superstar du CPQ).

    Mais comme il n'a pas encore dit qu'il allait y participer, on peut penser il n'en a pas encore discuté avec Julie...

    • Chantale Desjardins - Abonnée 9 septembre 2014 08 h 09

      Pas fort votre texte M. Sénécal.

    • Gilles Théberge - Abonné 9 septembre 2014 08 h 19

      Avec tout ce "cash" qui excite le badaud, on se croirait presque au PLQ!

    • Pierre Samuel - Inscrit 9 septembre 2014 08 h 49

      @ M. Sénécal:

      Soyez sans crainte, Julie est au courant depuis le début. Comment peut-on croire que l'oligarque du Québécoristan se serait amené en politique pour jouer les seconds violons ? Qui, d'ailleurs, est en mesure de l'affronter ?

      Les péquistes n'ont absolument aucune leçon à donner à qui que ce soit. Leur illustre fondateur, René Lévesque, doit s'en retourner dans sa tombe lui qui avait en horreur les magouilles politicardes.

    • André Hamel - Abonné 9 septembre 2014 10 h 22

      Je crois bien que nous assistons à la naissance du Parti libéral 2.0 !

      André Hamel

    • Gilbert Garnier - Inscrit 9 septembre 2014 12 h 45

      Au contraire Madame Desjardins! Le texte de Monsieur Sénécal est à point et excellent.

      Seriez-vous reliée à une certaine Madame Desjardins? Vous savez? Celle qui a trompée les étudiants au printemps érable pour ensuite tenter de se faire une place au soleil comme député du PQ? Par chance, la population n'est pas dupe!!!

      L'argent ne devrait jamais dicter le choix d'un chef!

    • Patrick Boulanger - Abonné 9 septembre 2014 15 h 24

      M. Sénécal, en plus du fric, vous oubliez les « contacts ». Pour récolter 2000 signatures de membres du PQ, il est hautement souhaitable d'avoir une « belle machine » derrière soi pour faire signer tout ce beau monde à temps.

  • André Chevalier - Abonné 9 septembre 2014 03 h 46

    Des primaires ouvertes... Non!

    Des primaires ouvertes favorisent la nomination du candidat le plus médiatique, mais pas nécessairement le plus compétent. L'électeur moyen va se laisser influencer par la couverture des médias d'information publique qui peuvent être facilement orientés en sous-main par des intérêts hostiles au parti.

    Il ne faut pas oublier que le programme du parti est déterminé par les militants qui ont intérêt à ce qu'il soit porté par un chef détenant un pouvoir quasi absolu sur le parti et sur la mise en oeuvre de son programme. Un chef qui serait désigné par une forme ou une autre de suffrage universel ne se sentirait pas nécessairement lié par le programme défini par les membres. Les députés dont la candidature a été déterminée par les militants seraient soumis au joug d'un chef qui en tant que tel serait redevable à une large frange de l'électorat avant même d'avoir été élu comme premier ministre.

    Comme une primaire ouverte favorise les candidats qui tiennent les discours les plus populaires, on risque de se retrouver avec des chefs d'état qui, une fois au pouvoir, s'en tiennent aux discours et laissent de côté le programme sur lequel ils se sont appuyés pour se faire élire. C'est ce à quoi on assiste aux USA qui ont des primaires ouvertes.

    • François Ricard - Inscrit 9 septembre 2014 08 h 05

      Est-ce que les derniers chefs du PQ se sentaient liés parle programme du parti?
      Certainement pas ni Boisclair ni Marois.

    • André Chevalier - Abonné 9 septembre 2014 15 h 02

      @François Ricard

      «Est-ce que les derniers chefs du PQ se sentaient liés parle programme du parti?
      Certainement pas ni Boisclair ni Marois.»

      Justement!... On voit ce qui en est résulté.

  • Yves Côté - Abonné 9 septembre 2014 03 h 52

    Démocratie ???

    C'est certain qu'avec une telle mesure, le PQ se facilite la vie ! Et celle aussi des plus fortunés...
    Avec une mesure comme celle-là, comment défendre ensuite publiquement que tout citoyen peut prétendre à devenir Premier Ministre du Québec ?
    C'est à se demander s'il reste encore quelqu'un à la direction du PQ qui a envie de débattre librement et de travailler durement ?
    Pas de campagne ouverte aux autres chefs de partis et maintenant, une campagne que pour les riches...
    C'est certain qu'ainsi, les préoccupations des gens ordinaires ne compteront pour rien dans un projet d'indépendance qui, théoriquement, finira peut-être un jour par nous venir.
    Pour éviter les risques de débats si fondamentaux qu'ils en deviennent pressants, ce parti, autrefois si jaloux d'avoir un fonctionnement ouvert, s'enfonce toujours plus lui-même aux yeux de tous dans l'exclusion...
    A force, qui représentara-t-il au juste ?
    Quelle tristesse.
    Vive le Québec libre et respectueux des fondaments démocratiques !

    • François Ricard - Inscrit 9 septembre 2014 08 h 07

      En effet, le PQ a besoin bien plus qu'un chef.
      Il est devenu aussi rigide et élitiste que le PLQ.

    • Isabelle Laporte - Inscrite 9 septembre 2014 10 h 14

      Bien sûr, il doit y a voir débat. Mais une course à la chefferie, ce n'est pas un concours d'art oratoire ou de plaidoirie ni une assemblée populaire.

      Il y a amplement de tribunes et d'occasions pour les membres "ordinaires" de se faire entendre et de proposer leurs idées.

      Quelqu'un qui n'est pas capable d'amasser cette somme n'a pas les appuis nécessaires parmi les membres du parti. Et c'est ça, le but de la course: élire un chef. Ça évite à mon avis les candidats qui ne se sont jamais impliqués dans l'organisation, qui ne veulent pas prendre le temps de connaître le parti, ses membres et ses courants, et de faire connaître ses propositions et sa personne. Ces gens n'ont souvent qu'un seul but, et il tourne autour de leur nombril: se faire de la publicité personnelle en se moquant bien de savoir s'ils apportent vraiment quelque chose d'unique à la campagne et, en bout de piste, au parti.

      (Ça me rappelle une certaine candidate à la mairie de Montréal, mais c'est une autre histoire ...)

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 9 septembre 2014 16 h 48

      Tout à fait d'accord avec vous Mme Laporte, de a à z.

      Mais j'aimerais bien que M. Sénéchal, et ceux qui le soutiennent ou tiennent le même genre de propos, nomment un seul pays ou des peu nantis accèdent au pouvoir, mis à part quelque dicature Africaine, encore que les armes ne sont pas données.

      La politique ça coûte cher qu'on le veuille ou non, ça coûte cher et ceux qui aspire à la chefferie n'y arrivent pas en quêtant, et ça demande aussi des connnaissances une certaine culture, et cela ne pousse pas dans les arbres.

      D'autre part il y a bien un endroit de pouvoir au Canada, où des sans grade au grand coeur mais aussi des magouilleurs + ou moins sans le sous peuvent siéger: le sénat... On a vu ce que ça a donné dans ce dernier cas. Mais le sénat, ce n'est pas tout à fait un lieu de pouvoir, et étonnament, si je ne m'abuse, les Québécois ne sont justement pas très portés vers le sénat...

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 9 septembre 2014 17 h 14

      À M. Côté:

      "Comment défendre ensuite que tout citoyen peut prétendre à devenir premier ministre du Québec."

      Mais qui défend cela? Je voudrais bien le savoir...

      C'est peut-être écrit quelque part, mais qui peut croire que ça a un peu d'allure. C'est sûr que Régie Chartrand, le Chevalier de l'indépendance, boxeur de son métier, vous aurait approuvé à 100% encore que...

      Il y a plein d'affaires écrites qui ne tiennent ni la route ni la moindre place où que ce soit, comme dans la constitution canadienne où il est dit ( je le dit dans dans mes mots,) que dieu est le chef du Canada, puisque c'est lui qui choisit nos souverains. Et quel dieu en passant? - il y en a tellement!

      Et vous, qui voyez vous donc comme chef?

    • Yves Côté - Abonné 10 septembre 2014 04 h 55

      Merci Madame Massicotte de m'avoir lu.
      Si je vous comprends bien, vous êtes partisane de l'oligarchie comme fonctionnement politique.
      Vous en avez le droit. Mais alors, il faut défendre aussi la valeur d'un gouvernement accordant des privilèges aux uns sur le dos des petits.
      Ce qui ne me semble pas votre position, pour vous lire assez souvent dans ces pages.
      Moi, je suis pour le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Comme le disait Abraham Lincoln en des mots plus élégants. Et cela, malgré ce que les politiques font de cette phrase fondatrice de la démocratie.
      Je suis peut-être complètement à côté de la plaque, mais je persiste à demander aux politiciens de se conformer à ce qu'ils disent. Et lorsqu'ils ne le font pas, à moins de me convaincre qu'ils valaient mieux pour le peuple qu'ils ne le fassent pas, je continue de les pénaliser par mon vote de ne pas l'avoir fait.
      C'est pas beaucoup, j'en conviens.
      Mais de croire que la valeur de ses propres gestes ne sera jamais plus que celle d'un Homme parmi les autres, c'est déjà ça...
      Dans ces commentaires, je dis à mes semblables ce que j'estime juste comme observations et réflexions. Le reste ne m'appartient pas et les gens en font ce qu'ils veulent.
      Certains-certaines, d'accord ou pas, prennent parfois le temps de dire ce qu'ils en pensent. Tel vous le faites et je m'en sens honoré ; le temps est une donnée précieuse et aucune obligation d'échange de points de vue n'est obligée.
      Une majorité ne le fait pas et c'est très bien ainsi. Le monde ne tourne tout de même pas autour de ma petite personne...
      Alors oui, je crois fermement que pour être concerné politiquement, tout électeur doit pouvoir se dire qu'il peut se présenter comme Premier Ministre. Même lorsque convaincu qu'il ne le fera jamais...
      Et non, je ne crois pas qu'il soit socialement constructif de laisser délibérément la place "aux autres" en quoi que ce soit.
      Et comme chef du PQ, ne m'intéresse que le projet lui-même.
      Le chef

  • Dany Leblanc - Abonné 9 septembre 2014 07 h 28

    Système d'élimination

    Je préférais qu'on ait le maximum de candidats au début mais qu'il ait un système d'élimination au cours de la campagne basé sur le nombre de signatures.

    J'aimerais avoir une débat d'idées le plus large possible au début de la campagne mais je ne voudrais pas finir avec 8 candidats comme à la dernière course à la chèferie.

    Finir avec 3 ou 4 candiadats permettera à leur laisser plus de temps chaque à exprimer leurs idées.

  • Danielle Houle - Abonnée 9 septembre 2014 08 h 23

    Un clone du PLQ

    Vraiment le PQ devient de plus en plus une copie du parti libéral: favorisons ceux qui ont de l'argent. Pourquoi ne pas favoriser ceux et celle qui ont des idées, du charisme, du leadership, de la vision, de l'éthique. René Lévesque aurait honte de ses descendants. Ça ressemble un peu à toute cette histoire sur les frais de scolarité universitaires: Favorisons ceux qui ont de l'argent. Les pauvres iront balayer les rues.

    • Gilles Bousquet - Abonné 9 septembre 2014 10 h 35

      Les pauvres peuvent être scolarisés pour faire autre chose que de balayer nos rues.

    • Danielle Houle - Abonnée 9 septembre 2014 12 h 41

      À Gilles Bousquet: Quand je dis "Les pauvres iront balayer les rues", c'est une figure de style, une métaphore, une allégorie. J'espère que ce n'est pas tout le monde qui prend tout au premier degré. De toute façon, il n'y a plus de balayeurs de rue - ça devrait revenir tant les rues sont sales.