Retraites: négocier avant d’imposer

Les intentions de vote restent presque inchangées depuis le scrutin du 7 avril.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les intentions de vote restent presque inchangées depuis le scrutin du 7 avril.

Les Québécois préfèrent une solution négociée dans le bras de fer qui oppose le gouvernement et les employés municipaux sur le partage des coûts des régimes de retraite.

 

Les électeurs refusent de donner carte blanche au gouvernement Couillard, révèle un sondage Léger Marketing réalisé pour Le Devoir. Près de la moitié des Québécois (46 %) affirment que le gouvernement doit laisser chacune des Villes négocier, tandis que 43 % sont d’avis que Québec doit « fixer lui-même les paramètres de la négociation ».

 

Ce sondage, mené entre le 21 et le 25 août 2014, confirme que la lune de miel entre les électeurs et le gouvernement Couillard se poursuit malgré les controverses des dernières semaines. Cette enquête, menée via Internet auprès de 1038 électeurs, n’est pas probabiliste.

 

Intentions de vote

 

Les intentions de vote restent presque inchangées depuis le scrutin du 7 avril. Le Parti libéral du Québec (PLQ) garde l’appui de 41 % des électeurs, la Coalition avenir Québec (CAQ), de François Legault, suit loin derrière avec 23 %, le Parti québécois (PQ) récolte 22 % et Québec solidaire ferme la marche avec 10 %. Le PLQ domine aussi chez les francophones avec 31 % des intentions de vote, suivi par la CAQ (28 %) et le PQ (27 %).

 

« C’est un sondage d’été politique. Les gens n’ont pas le nez collé sur l’actualité, les événements n’ont pas eu d’impact sur la population », estime Christian Bourque, vice-président exécutif et associé chez Léger Marketing.

 

« Les Québécois attendent en septembre avant de se faire une idée » sur la performance du gouvernement Couillard, ajoute-t-il.

 

Les avis partagés des Québécois au sujet des négociations sur les régimes de retraite offrent une porte de sortie au gouvernement, croit Christian Bourque. « Il y a une porte ouverte pour le gouvernement dans ce résultat-là. Ça permet au gouvernement d’être ferme sur l’objectif et flexible sur les moyens. Les Québécois n’aiment pas la chicane et préfèrent généralement une entente négociée. Ils avaient une opinion comparable lors du conflit étudiant de 2012. »

 

Un été chaud

 

Le gouvernement de Philippe Couillard sort indemne d’un été où deux de ses ministres se sont fait remarquer pour de mauvaises raisons. La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, a été critiquée pour sa réaction à l’évasion en hélicoptère de trois dangereux détenus, en juin. Et Yves Bolduc a été crucifié sur la place publique pour ses propos tenus au Devoir sur le manque de livres dans les bibliothèques scolaires, cette semaine.

 

Une autre controverse impliquant le ministre Bolduc suscite la désapprobation des Québécois : 68 % des électeurs croient qu’un élu ne devrait pas avoir un autre emploi, en plus de son travail de député, comme Yves Bolduc l’a fait durant les 18 mois où il siégeait dans l’opposition. Il travaillait le jour comme député et le soir comme médecin, ce qui lui avait permis d’encaisser une prime de 215 000 $ (il s’est engagé à rembourser 27 000 $ et à donner 28 000 $ à un organisme de charité).

 

« Pour les Québécois, un élu qui occupe deux emplois à la fois, il n’en est pas question, c’est très clair », dit M. Bourque. Dans la même veine, les électeurs digèrent mal la possibilité que les députés obtiennent des hausses de salaire au moment où ils demandent à l’ensemble des citoyens de se serrer la ceinture : 47 % des répondants affirment que les élus provinciaux sont trop payés et 37 % qu’ils sont correctement payés ; à peine 9 % trouvent que les députés ne sont pas assez payés.

 

Les électeurs se montrent aussi sceptiques devant la Commission de révision des programmes gouvernementaux, chargée de revoir la mission de l’État pour faire des économies de 3,2 milliards de dollars. La moitié (50 %) des répondants disent croire que la Commission échouera à la tâche, 20 % affirment plutôt qu’elle réussira et le tiers ne sait trop que penser. « Les gens se disent qu’on a déjà entendu ça et que les gouvernements n’arriveront jamais à couper. Le gouvernement arrive à les taxer, mais pas à couper dans les dépenses », dit Christian Bourque.

 

Signe que la lune de miel se poursuit entre les électeurs et le PLQ : 31 % des électeurs considèrent Philippe Couillard comme le meilleur premier ministre, comparé à 20 % pour François Legault, 12 % pour Françoise David et 8 % pour Stéphane Bédard, chef par intérim du Parti québécois ; 45 % des Québécois sont satisfaits du gouvernement Couillard et 44 % en sont insatisfaits.

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26 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 27 août 2014 07 h 30

    Les fausses bonnes intentions!

    Le projet de loi 3 nous fait miroiter à première vue de bien belles et bonnes intentions. Mais qu'en est-il réellement, derrière cette façade, une véritable lutte à finir s'est engagée et aucun des deux camps ne veut perdre la façe. Le mur à mur tel que présenté par Moreau, si on excepte Labeaume et Coderre, semble insatisfaire tout le monde et son père et sa mère. Si on accepte le fait que les villes sont les créatures des provinces, cette dernière n'a pas pour autant le droit de s'immiscer dans l'administration de ces villes. L'enfant grandi et devient adolescent, par la suite il atteint l'age adulte et s'assume en tant qu'être autonome. Dictons-nous la conduite de nos enfants durant toute leur vie? Poser la question c'est y répondre. Laissons les villes négocier avec leurs employés, elles en sont capable.

    • Jean-Pierre Bédard - Inscrit 27 août 2014 08 h 43

      D'autant plus que les employés syndiqués visés par les mesures draconiennes imaginées par le quatuor Labeaume-Coderre-Couillard-Moreau ont encore plus à perdre que la face. Il y va aussi de leur dignité et de leurs revenus.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 août 2014 12 h 48

      Juste dans les 5 dernières années les montréalais ont renflouer de quelques 1.5 milliards les caisses de retraites de la ville.

      Ce, en ajout des contributions régulières.

    • Jean-Pierre Bédard - Inscrit 27 août 2014 18 h 27

      @ Jean-Yves Arès

      N'est-ce pas un peu à ça que ça sert, un contribuable, à contribuer aux dépenses publiques ?...

      Blague à part, à qui la faute si la situation a dégénéré ?

      Qui a demandé à se libérer momentanément des cotisations aux RR à Montréal et à Québec ?

      Et la crise de 2008-2009, la faute à qui ? TOUS les régimes de retraites de la Terre ont souffert à ce moment de la cupidité des institutions financières et des spéculateurs de ce monde. Particulièrement la Caisse de dépôts.

      Et maintenant que l'on réussit un peu partout, secteur public et secteur privé confondus, à sortir la tête hors de l'eau, voilà qu'un sous-groupe de salariés devrait faire les frais des abus du système sous prétexte qu'ils ont su tirer leur épingle du jeu dans le passé, que le maire Labeaume est comme d'habitude de mauvais poil et qu'il a décidé de monter en épingle les coûts énormes associés à un chapitre du budget de la ville dont il est le premier magistrat.

      Pas certain que dans ce dossier aussi compliqué que l'ont été ceux de la Charte des valeurs et des frais de scolarité, il soit très productif que le gouvernement de TOUS les citoyens démonise une partie de la population -- les travailleurs syndiqués -- pour les livrer en pâture à des médias en mal de prédateurs et à des contribuables qui ne savent plus à quel saint se vouer tellement on leur sert au quotidien des sophismes aussi farfelus les uns que les autres.

      Et quand ces sophismes proviennent du premier ministre lui-même, qui répète bêtement les propos du pauvre maire Labeaume, c'en devient dès lors navrant. Et très inquiétant.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 août 2014 22 h 12

      «Qui a demandé à se libérer momentanément des cotisations aux RR à Montréal et à Québec ?»

      Assurément la loi sur les régimes de retraites, qui limite la hauteur des surplus.
      Et soyez bien certain que si l’employeur a réduit ou arrêter ses cotisation, les employés ont fait de même et/ou obtenue des bonnifications du régime, ce qui est plus couteux qu’un congé de cotisation en cas de recule de la solvabilité vu les nouveaux engagements perpétuels.

      «2008-2009, la faute à qui ?»

      C’est la nature même du système économique. Système que l’on déteste et méprise tant mais pour lequel est presque prêt à mourir pour le préserver…

      Vous trouvez cela socialement normal et équilibré qu’une partie de la population puisse avoir une garantie de confort économique éternel qui surf au-dessus des réalités vécus par le reste de la population, et que cette population doivent non seulement subir les dépressions économiques mais en plus supporter a coup de milliards le maintient de ce surf au dessus des réalités. Il y en a qui n’ont pas compris que le nivellement par le haut des uns signifie un sérieux nivellement par le bas des autres.

      Pour le reste de votre texte (gouvernement qui démonise les pauvres syndiqués…. ect) est une distorsion de la réalité et relève de l’humeur.

    • Jean-Pierre Bédard - Inscrit 28 août 2014 00 h 36

      « C’est la nature même du système économique. Système que l’on déteste et méprise tant mais pour lequel (on) est presque prêt à mourir pour le préserver… »

      Une telle lucidité appliquée à une crise planétaire qui a affecté tout le monde et à un système aussi pervers a de quoi laisser pantois...

      Je n'ai jamais utilisé l'expression « pauvres syndiqués ». Elle est de vous, celle-là ! Trait d'ironie émanant de préjugés, peut-être ?...

      En passant, la phrase insignifiante commençant par « Vous trouvez ça socialement normal... » aurait dû se terminer pas un point d'interrogation... Surtout qu'elle a été rédigée par quelqu'un qui reproche à un autre une « distorsion de la réalité ».

      Quant à « Il y en a qui n’ont pas compris que le nivellement par le haut des uns signifie un sérieux nivellement par le bas des autres. », j'avoue avoir du mal à en saisir le sens dans le contexte actuel, où l'objectif du gouvernement Couillard est précisément de procéder à un nivellement par le bas tout en n'ayant aucune intention de redistribuer aux moins bien nantis le fruit des économies ainsi effectuées. Tout le monde sait que ces économies, s'il en est, n'auront aucune incidence sur les impôts payés par les autres contribuables, encore moins sur leur bien-être. Ce sera comme avant, mais Labeaume aura gagné !

  • Louka Paradis - Inscrit 27 août 2014 07 h 41

    Encore...

    Encore un sondage non probabiliste insignifiant. Quand cessera-t-on de mépriser l'intelligence de la population ?

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 27 août 2014 09 h 11

      Je suis d'accord avec vous, le caractère probabiliste d'un sondage déterminant sa crédibilité.

  • Claude Hamel - Abonné 27 août 2014 07 h 45

    Un titre trompeur

    Le sondage indique que 46% des répondants souhaite la négo d'abord. 43% souhaite que Québec impose. Avec une marge d'erreur de 3%, il serait plus juste de dire que les Québécois sont divisés quasi à égalité sur ce différent.

    • Martin Bilodeau - Abonné 27 août 2014 09 h 15

      M. Hamel, vous avez visé juste : la population est plus que divisée sur la question des régimes de retraite, au coude-à-coude, c'est serré, et le titre est plus que trompeur en effet... et venant du Devoir, c'est encore plus décevant, connaissant leur force en matière de crédibilité journalistique.

      Martin Bilodeau, Lévis

  • Gérard Laliberté - Inscrit 27 août 2014 09 h 12

    Les deux côtés de la médaille...

    «Il travaillait le jour comme député et le soir comme médecin, ce qui lui avait permis d’encaisser une prime de 215 000 $» ... mais aussi de recevoir des patients à bout de patience à force de ne pouvoir être vus par aucun médecin, ce qui est l'endroit de la médaille, l'argent que, «bougons schizophrènes», nous traitons avec dégoût, n'en étant que l'envers

    • Claude Richard - Abonné 27 août 2014 12 h 52

      Deux choses. D'abord, si Yves Boldux voulait travailler comme médecin pendant qu'il était député, il n'avait qu'à le faire sans prime. La prime, c'est ce qui a scandalisé les Québécois. Les médecins ont une rémunération quand même des plus respectables. Deuxièmement, que valent des consultations à la sauvette sans vraiment de suivi? Beaucoup d'ex-patients de Bolduc se sont exprimés et ne sont pas très satisfaits. Ils se retrouvent un peu le bec à l'eau après avoir espéré avoir trouvé un médecin de famille.

  • Diane Veilleux - Inscrite 27 août 2014 09 h 22

    Pourtant le passé enseigne

    Non content d'avoir plongé le Québec et particulièrement Montréal en pleine crise sociale créée de toute pièce, voilà que le supposé nouveau PLQ recommence, et en remets. Monter une portion de la société contre les autres pour en arriver à ses fins. Quel pittoyable rassemblement d'individus à la morale variable et douteuse.

    • lise pelletier - Inscrit 27 août 2014 09 h 48

      La division de la population est une spécialité au PLQ.

      Lorsqu'on entend le ministre Moreau répété à satiété que les contribuables n'ont pas à payer pour le supposé déficit (4 milliards) alors que ce serait plutôt aux alentours de 2 milliards comme si les syndiqués n'étaient pas aussi des contribuables.

      A ce que je sache ils paient des impôts et des taxes, ils font leur épiceries, ils s'achètent des vétements et autres, ils consomment quoi.

      A entendre les gens qui appuient la le projet de loi 3, tous les retraités vont avoir des rentes dans les 40,000 et au-dessus. C'est faux, la moyenne se situe dans les 20,000 et leurs prestations des rentes du Québec en seront coupées selon la pension qu'ils retireront.

      Pourquoi n'offrent-ils pas plutôt d'augmenter les cotisations aux rentes du Québec afin que tous aient droit à une qualité de vie à leurs retraites.

      Ainsi pas de conflit inter-générationnel. Mais non, ils préférent diviser la peuple du Québec et briser définitivement la solidarité de la social-démocratie.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 août 2014 12 h 56

      Heu.. la division de la population commence quand ils y en a qui veulent des traitements de faveur payé par tous...

      Et qui débouche sur un asservissement injustifiable de la population.

    • Louka Paradis - Inscrit 27 août 2014 19 h 07

      À M. Arès : comme la prime du Dr Bolduc, par exemple ???