Longueuil et Gatineau dénoncent le «mur à mur»

La mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, insiste sur le fait qu’elle a « besoin » du projet de loi pour négocier parce qu’en temps normal, les villes n’ont pas assez de pouvoirs face aux syndicats.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, insiste sur le fait qu’elle a « besoin » du projet de loi pour négocier parce qu’en temps normal, les villes n’ont pas assez de pouvoirs face aux syndicats.

Les maires des villes de Longueuil et de Gatineau reprochent au projet de loi 3 sur les retraites d’aller trop loin et de leur enlever de la marge de manoeuvre pour s’entendre avec leurs syndicats sur les déficits des régimes de retraite.

 

« Ce que je ne voudrais pas, c’est que ce soit du “mur à mur”. C’est impossible », a expliqué lundi la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire. « On voudrait avoir un climat serein, [...] une vraie négociation, s’asseoir avec notre monde. » Dans sa présentation, Mme St-Hilaire a demandé que les mesures touchant l’indexation automatique des rentes et le seuil de 18 % ne soient pas imposées à cette étape-ci.

 

La règle des 18 % pose particulièrement problème à Longueuil pour les cadres dont le régime de retraite compte pour plus de 30 % de la masse salariale. La Ville craint que le retard à rattraper ne les défavorise par rapport à d’autres travailleurs et que des fonctionnaires fuient les promotions comme cadres de peur de perdre trop d’avantages sociaux.

 

Quant à la question de l’indexation, elle voudrait qu’elle demeure sujette à négociation avant la fin du processus. Le projet de loi impose une période de négociation pouvant aller jusqu’à un an et demi à partir de février 2015. À défaut d’une entente au bout du processus, les villes et syndicats se retrouveraient devant un arbitre.

 

La mairesse insiste toutefois sur le fait qu’elle a « besoin » du projet de loi pour négocier parce qu’en temps normal, les villes n’ont pas assez de pouvoirs face aux syndicats. « Il y a là […] une asymétrie malsaine, un déséquilibre des forces qui empêche les villes de représenter correctement les contribuables », dit la mairesse de Longueuil. Or elle ne veut pas pour autant avoir le « gros bout du bâton », mais que le rapport de force soit plus égalitaire.

 

Gatineau

 

Peu après, le maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin, a lui aussi, réclamé qu’on enlève quelques crocs au projet de loi. Même s’il approuve les objectifs du projet de loi, il ne cache pas son malaise devant les mesures rétroactives comme la suspension des indexations des rentes. « Renier une signature, si je pouvais l’éviter, j’aimerais mieux ça. Puis je suis convaincu […] qu’en s’assoyant puis en discutant, on a une fenêtre, on a une possibilité de ne pas le faire. »

 

Le maire de Gatineau a donc demandé que la suspension temporaire de l’indexation ne soit pas obligatoire pour les travailleurs actifs. Il souligne que si cette mesure est cruciale pour les maires Régis Labeaume et Denis Coderre, elle l’est moins pour d’autres. « Nous autres, ce n’est pas notre principale bataille. »

 

La Ville de Gatineau a été particulièrement touchée par la crise de 2008. En décembre 2012, le déficit de son régime de retraite a atteint 200 millions sur un budget total de 526 millions. Il a toutefois été réduit de moitié depuis. À Longueuil, le déficit est de 150 millions.

 

Appelé à réagir, le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau a laissé entendre que le projet de loi 3 était déjà assez souple et laissait déjà suffisamment de place à la négociation. « Mme Saint-Hilaire dit [de lui] donner un délai pour négocier puis, après ça, appliquer la loi. C’est ce que la loi prescrit », a-t-il dit. « Je pense que sur certains éléments, il y a une incompréhension par rapport à une flexibilité qui existe déjà. » Il rappelle en outre qu’il s’est déjà engagé à apporter des changements au seuil de 18 % imposé pour le poids du régime de retraite sur la masse salariale. M. Moreau concède que la règle pourrait nuire de façon disproportionnée à certains groupes syndicaux désavantagés par la démographie comme les femmes et, pour d’autres raisons, les cadres.

 

Force jeunesse

 

La commission parlementaire sur le projet de loi doit prendre fin mardi. On y entendra les Villes de Drummondville, Laval et de Sherbrooke, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), la Fraternité des policiers de Québec, l’Association québécoise pour la défense des retraitées et préretraités et l’organisme Force Jeunesse.

 

Ce groupe suggère notamment dans son mémoire la création d’un seul fonds de retraite pour tous les syndicats. Une proposition écartée d’emblée lundi par le porte-parole du SCFP, Marc Ranger. Un régime unique est selon lui « irréalisable », parce que les régimes de retraite sont trop différents.

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