La qualité avant le prix, plaident les ingénieurs-conseils

L’AICQ reste attachée au statu quo en ce qui a trait à la réalisation de travaux en consortiums.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’AICQ reste attachée au statu quo en ce qui a trait à la réalisation de travaux en consortiums.

La qualité doit primer le prix dans l’octroi des contrats municipaux.

 

C’est du moins la principale recommandation du mémoire déposé à la commission Charbonneau par l’Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ).

 

Selon l’AICQ, la sélection des projets doit reposer en premier lieu sur la compétence des firmes. L’organisme propose en quelque sorte le retour aux politiques qui prévalaient avant 2002.

 

Les contrats de construction dans le monde municipal étaient attribués autrefois en fonction du critère de la qualité. Cette façon de faire laissait une grande place à l’arbitraire et au favoritisme de la part de certaines municipalités, dont Montréal.

 

En 2002, le gouvernement de Bernard Landry a voulu mettre un terme au favoritisme. La loi 106, introduite par le ministre des Affaires municipales, André Boisclair, a obligé les municipalités à lancer des appels d’offres pour des contrats de 100 000 $ et plus. Les soumissions sont évaluées à 70 % en fonction du prix, et à 30 % en fonction de la qualité.

 

Lors de la commission Charbonneau, de nombreux ingénieurs ont imputé à la loi 106 la montée de la collusion. Craignant une guerre des prix, les firmes se sont entendues pour se partager les contrats publics.

 

L’AICQ s’était opposée à l’adoption de la loi 106. Les travaux de la commission Charbonneau lui donnent l’occasion de revenir à la charge et de suggérer le retour en force du critère de la qualité. « Il est généralement reconnu que le plus bas prix est le pire critère pour la sélection de services professionnels », affirme le mémoire.

 

Selon l’AICQ, « une compétition basée sur le plus bas prix est inappropriée et va à l’encontre de l’intérêt du donneur d’ouvrage lui-même ».

 

L’utilisation du critère du prix entraîne des effets indésirables : service appauvri, qualité minimale, absence d’innovation, etc. L’AICQ propose de tenir compte du prix, mais en deuxième étape seulement, en se fiant à des barèmes d’honoraires adéquats.

 

Pour limiter les risques de favoritisme, l’AICQ propose en outre d’accroître l’impartialité et la transparence des comités de sélection, en préservant l’anonymat des membres, en interdisant aux soumissionnaires d’entrer en contact entre eux et en menant des audits aléatoires.

 

Surveillance

 

L’Association des ingénieurs-conseils reste attachée au statu quo en ce qui a trait à la réalisation de travaux en consortiums et à la surveillance des chantiers par les concepteurs du privé.

 

Selon l’organisme, la surveillance des travaux par les concepteurs est encore « la meilleure pratique » pour s’assurer que les ouvrages soient conformes aux plans et devis, et pour qu’ils soient livrés dans les délais prévus. « Il est normal et préférable, pour un concepteur, de faire le suivi de ce qu’il a conçu afin d’en assurer l’intégrité et d’apporter les correctifs ou les ajustements qui pourraient s’avérer nécessaires pendant la phase de construction », affirme le mémoire.

3 commentaires
  • André Savary - Abonné 26 août 2014 07 h 45

    et ça nous donne...

    Et lorsque le projets dépasse le satde des études le résultat est: Piètre qualité et gros prix...

  • Éléonore Golden - Inscrite 26 août 2014 08 h 42

    Qualité vous dites ?

    N'importe qui ayant fait construire une maison ou fait effectuer des rénovations majeures, sait très bien que le mot "qualité" ne figure plus au vocabulaire des entrepreneurs en construction et autres corps de métiers reliés à la construction. Ils travaillent vite sans trop se soucier du travail bien fait. On a tous des histoires d'horreur reliées au fait d'avoir engagé un employé de la construction: dépassements de coûts, travaux piètrement exécutés, sans oublier qu'ils vont dire qu'ils viennent lundi mais finissent pas arriver chez vous deux semaines plus tard.

  • Richard Laroche - Inscrit 26 août 2014 08 h 54

    Poudre aux yeux et mensonges

    Premièrement, l'AICQ travaille strictement dans l'intérêt de l'AICQ. Et il est de l'intérêt de l'AICQ de donner l'apparence de bonne foi face au public.

    Deuxièmement, les marchés de libre compétition permettent l'amélioration des sociétés. C'est un fait économique et historique démontré depuis plus de 200 ans. C'est pas en négligeant les nouvelles petites compagnies et en donnant toujours tous les contrats aux mêmes grosses firmes qu'on développe l'expérience (et surtout la contre-expertise) des ingénieurs. L'AICQ nie le principe le plus fondamental dans l'économie de marché et prêche pour un système anticapitaliste.

    Troisièmement, il faut complètement dissocier le nom et le prestige de la firme d'ingénieurs de l'ingénieur lui-même. Quiconque a déjà travaillé dans le domaine de la construction avec des firmes d'ingénieurs sait que c'est un véritable marché de chaise musicale. Les ingénieurs et techniciens se promènent d'une firme à l'autre et les équipes changent rapidement. Il est strictement impossible de garantir la compétence dun ingénieur avec le logo de compagnie sur sa chemise.

    Avez-vous déjà eu un problème de construction? Vous venez de perdre une importante somme d'argent. Est-ce la faute de la mauvaise conception de l'ingénieur ou une faute d'exécution de l'entrepreneur? Le plus souvent, les poursuites se font contre l'entrepreneur. C'est en effet une culture judiciaire: les ingénieurs sont presque intouchables.

    En réalité, le but inavoué de l'AICQ ici est d'éviter de judiciariser d'avantage la pratique de l'ingénierie et de moderniser les lois. Car si la justice était plus sévère envers les erreurs d'ingénierie, il serait plus facile de poursuivre les ingénieurs et d'obtenir des dédommagements de leurs assurances professionnelles qui couvrent les risques et dommages. Ainsi, peu importe que la firme soit prestigieuse et coûteuse ou non, l'important c'est de gérer le risque dans un marchéd e compétition avec une justice qui applique bien l'assur