Retraites: le paradoxe de Rimouski

Les représentants des pompiers ont vivement dénoncé le projet de loi 3 cette semaine.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Les représentants des pompiers ont vivement dénoncé le projet de loi 3 cette semaine.

La Ville de Rimouski a fait la preuve qu’il était possible de s’entendre avec des syndicats municipaux sur le partage des déficits de retraite. Or, cela ne l’empêche pas d’être pour le projet de loi 3.

 

Vendredi, le passage des gens de Rimouski en commission parlementaire a sans contredit donné lieu aux échanges les plus candides de la semaine. Après s’être fait présenter les ententes obtenues par la ville, les députés semblaient mystifiés. « Est-ce que c’est votre charme qui a fait en sorte que vous avez pu arriver à ces conclusions-là ? a demandé le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau. Comment avez-vous réussi ce miracle-là ? »

 

Le maire de Rimouski Éric Forest lui a répondu qu’il avait « joué la transparence ». « On s’est dit : on n’attendra pas une législation, on va se prendre en main, on va regarder ensemble comment on peut apporter des modifications qui soient vivables. »

 

Après la crise financière de 2008, la Ville a vu son taux de capitalisation diminuer de 31 % (de 115 % à 86 %). La direction a alors amorcé un dialogue avec les groupes syndicaux qui sont affiliés à la CSN.

 

Les cadres, les fonctionnaires et les travailleurs manuels ont tous fini par accepter de faire des sacrifices pour conserver leurs rentes et sauver les régimes. Surtout, ils se sont laissés convaincre de partager les déficits passés.

 

Cela a pris la forme d’une diminution de 0,2 % du taux de rente (de 2 % à 1,8 %) et de l’ajout de pénalités financières pour les travailleurs qui choisissent de prendre leur retraite avant 60 ans. En deux ans, le régime s’est renfloué de façon notable et le taux de capitalisation s’est rétabli à 92 %.

 

L’exception

 

Malgré cela, la municipalité est convaincue que le projet de loi 3 est nécessaire pour régler la question des déficits passés. Pourquoi forcer la main des syndicats s’il est possible de s’entendre ? Parce que ça ne fonctionne pas tout le temps, a expliqué Éric Forest. Contrairement aux autres groupes, les pompiers de la ville n’ont jamais voulu négocier un partage des déficits passés.

 

« Notre présentation illustre les deux côtés de la face de la lune. Il y a celle qui brille, avec les trois catégories d’employés qui ont eu cette responsabilité et cette ouverture-là de négocier, et il y a la face cachée d’un autre groupe qui, lui, ne veut pas négocier », a-t-il raconté.

 

« Avec la catégorie d’employés que sont les pompiers, on s’est assis, on est allés devant arbitre, on s’est rassis trois fois plutôt qu’une et on n’est jamais arrivés à une entente. Et là, la loi va permettre de créer un environnement clair pour dire : écoutez, là, il faut atteindre ces objectifs-là. Donc, on n’a pas le choix, là, il faut s’asseoir, il faut trouver les moyens. »

 

Rimouski et ses pompiers sont actuellement en arbitrage, et en attendant, la ville assume 70 % des coûts du régime de retraite. Le blocage dérange d’autant plus le maire que cela crée une iniquité avec les trois autres groupes qui, eux, contribuent dans certains cas à 3000 $ de plus par individu chaque année depuis trois ans.

 

Fait notable, Rimouski n’est pas touchée par la mesure la plus controversée du projet de loi 3 : la suspension de l’indexation automatique de la rente des retraités en fonction du coût de la vie. L’indexation ne peut pas être supprimée chez elle puisqu’il n’y en a tout simplement pas. C’est d’ailleurs le cas de 66 % des régimes municipaux au Québec.

 

La Commission parlementaire sur la Loi favorisant la santé financière et la pérennité des régimes de retraite doit poursuivre ses travaux lundi et mardi. On y entendra notamment les villes de Longueuil, Laval, Sherbrooke et Drummondville, ainsi que celle du groupe de pression Force Jeunesse, qui milite, depuis les années 1990, pour une meilleure équité entre les générations.

3 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 23 août 2014 08 h 35

    Un exemple!

    Certains élus municipaux devraient prendre exemple sur monsieur Forest, à commencer par Régis Labeaume. Ce dernier se targue de ne pas avoir la langue de bois, cela est bien mais..... Le problème avec le maire de Québec c'est son petit côté frondeur, ses petits airs à la Napoléon qui veut tout contrôlé, cela ne peut mené qu'à l'affrontement. On peut être un bon maire sans pour autant se mettre à dos ses subalternes.

  • André Michaud - Inscrit 23 août 2014 09 h 40

    Les pompiers

    Pourquoi y t'il toujours plus de problêmes syndicaux avec les pompiers?

    Heureusement les autres travailleurs de Rimouski se sont montré plus reconnaisants envers les citoyens en acceptant le partage du déficit de Leur fond de pension...bravo!

    Au reste de syndicats d'accepter ce partage plus juste des déficits et démontrer leur gratitude et leur solidarité avec les citoyens...

    Mais à la base il faut donner plus de pouvoirs aux villes pour mettre fin à la passe-passe syndicale de se faire fixer ses salaires par des arbitres, en passant par dessus les élus...

  • Laurier Francois - Inscrit 24 août 2014 10 h 45

    Pompiers

    Attendez de voir la sentence arbitrale pour les pompiers de Québec qui est dûe ces jours-ci. Mégantic va avoir l'air d'un feu de camps comparé à cela. Les policiers e pompiers ne peuvent aller en gr/ve et doivent aller en arbitrage. Les arbitres donnent toujours raison aux syndicats et se foutent éperdument de la capacité de payer des villes. Air connu.

    La loi 3 va s'occuper de ce léger détail et réinstaurer une équité sociale.