Charest plaide pour une «alliance» face à Harper

Près de deux ans après son départ de la vie politique, l’ex-premier ministre Jean Charest déplore toujours avec force l’imposition d’une nouvelle formule du Transfert canadien en matière de santé par le fédéral : « Ça n’a aucun sens que ce gouvernement annonce unilatéralement la formule, et ce, sans aucun débat. Les Canadiens méritent mieux que ça.»
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Près de deux ans après son départ de la vie politique, l’ex-premier ministre Jean Charest déplore toujours avec force l’imposition d’une nouvelle formule du Transfert canadien en matière de santé par le fédéral : « Ça n’a aucun sens que ce gouvernement annonce unilatéralement la formule, et ce, sans aucun débat. Les Canadiens méritent mieux que ça.»

L’ancien premier ministre Jean Charest invite son successeur Philippe Couillard à « mettre les deux mains » sur le « levier » du Conseil de la fédération. Après des « épisodes moins évidents » marqués par des divergences d’intérêts entre les provinces, l’arrivée du couple québéco-ontarien donnera un « souffle nouveau » à ce forum des chefs de gouvernement des provinces et des territoires, prédit-il.

 

« Le Conseil de la fédération a été pensé comme un levier pour le Québec. Il faut l’activer ! Il faut mettre les deux mains dessus ! », lance M. Charest lors d’un entretien téléphonique avec Le Devoir.

 

La conférence annuelle — du 26 au 30 août à Charlottetown — sera notamment l’occasion pour M. Couillard de convaincre ses homologues de former une « alliance » visant à contraindre Ottawa de revoir la formule de calcul des transferts fédéraux en matière de santé, estime-t-il.

 

Près de deux ans après son départ de la vie politique, M. Charest déplore toujours avec force l’imposition d’une nouvelle formule du Transfert canadien en matière de santé (TCS) par le gouvernement fédéral. « Ça n’a aucun sens que le gouvernement fédéral annonce unilatéralement la formule, et ce, sans aucun débat. Les Canadiens méritent mieux que ça », dit-il à l’autre bout du fil.

 

Le Conseil de la fédération a joué un « rôle déterminant » dans le « succès » de la Conférence sur la santé à Victoria en 2004. La « très forte cohésion » des premiers ministres provinciaux et territoriaux quant à leur homologue fédéral Paul Martin a permis aux provinces et aux territoires de faire des « gains très importants », souligne-t-il. D’ailleurs, le Québec a pu arracher une entente distincte, consacrant au passage le principe d’asymétrie.

 

Selon lui, le premier ministre Stephen Harper pourrait difficilement ignorer un front commun des premiers ministres provinciaux et territoriaux sur le TCS — ou tout autre dossier. « Ne vous fiez pas aux réactions officielles. [À Ottawa], ils vont suivre ça de très, très près, d’autant plus qu’il y a une campagne électorale en 2015 », fait remarquer l’instigateur du Conseil de la fédération.

 

Le professeur de science politique à l’UQAM Marc Chevrier en est moins certain. Le Conseil de la fédération constitue un « groupe de pression » parmi d’autres, selon lui. Le premier ministre Stephen Harper « n’a pas à répondre à des demandes qui lui sont faites par les gouvernements des États provinciaux. […] Évidemment, il ne peut pas faire absolument n’importe quoi, dans le sens où il doit quand même répondre de ses actions devant l’électorat », soutient-il. En bref, le chef de gouvernement fédéral est « un souverain qui doit [minimalement] entendre les suppliques de ses sujets », dit M. Chevrier.

 

En plus d’être à la tête d’un gouvernement majoritaire — contrairement à son prédécesseur libéral Paul Martin —, M. Harper sait pertinemment une chose : le nouveau principe servant à calculer le TCS « fait l’affaire » de certaines provinces, même s’il a été imposé de force.

 

Pourtant, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, ne jette pas l’éponge. Il « a demandé » et « va redemander » un réajustement de la formule de calcul du TCS tenant compte des « réalités démographiques propres à chaque province » — comme le vieillissement de la population québécoise. « Le rythme d’augmentation de 6 % [des transferts, fixé dans l’accord de Victoria de 2004] dans le contexte économique et financier actuel est difficile à maintenir », concède M. Couillard.

 

Il ne digère toutefois pas la décision d’arrimer la hausse du TCS à la croissance du produit intérieur brut (PIB), mais ne descendant pas sous le seuil de 3 %, à compter de 2017. « Le modèle actuellement présenté par le gouvernement fédéral est uniquement par personne. […] La plupart des économies modernes allouent des fonds en santé selon des caractéristiques spécifiques de la population, notamment l’âge moyen, la démographie », a-t-il expliqué lors d’un point de presse, jeudi, dans l’édifice Honoré-Mercier.

 

D’autre part, Philippe Couillard montera au front avec son homologue ontarienne, Kathleen Wynne, afin de réclamer un financement accru — et permettant aux provinces de déterminer elles-mêmes leurs priorités — des infrastructures de « l’est du pays » par Ottawa. « Les infrastructures au Canada doivent être modernisées d’un océan à l’autre, mais je dirais que dans l’est du pays, c’est particulièrement important, parce que le taux de création d’emploi est plus faible », a fait valoir le premier ministre québécois.

 

Le Québec tâchera également, la semaine prochaine, dans la capitale de l’Île-du-Prince-Édouard, de convaincre les autres provinces de participer plus activement à l’« effort global » de lutte contre le changement climatique, en adhérant par exemple à un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre (GES).

 

Depuis avril, le nouveau premier ministre du Québec dit « emplo[yer] beaucoup de [son] temps au téléphone et en personne à bâtir des alliances avec [ses] partenaires canadiens afin que les positions du Québec soient bien comprises », et ce, sur une foule d’enjeux. Il s’oblige également à leur rappeler le « bien-fondé » des demandes traditionnelles du Québec s’« il devait y avoir un jour une [nouvelle] conférence constitutionnelle ». « Le Québec n’y participera que dans la mesure où les demandes du Québec se retrouvent également à l’ordre du jour », a averti M. Couillard jeudi. L’absence du Québec dans la Constitution canadienne « demeure une question importante », a souligné le premier ministre libéral. « Elle n’est pas primordiale par rapport à l’économie, à l’emploi, aux sujets quotidiens, mais elle est toujours là. »

 

À l’orée des célébrations du 150e anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, M. Couillard a tenu à rappeler une des « Minutes du Patrimoine » à M. Harper — avec qui il dit entretenir une « relation ouverte —le Canada constitue un État fédéral, pas un État unitaire. Je me bats chaque jour pour que le Canada demeure un pays unifié, mais je ne veux pas le voir se transformer en État unitaire. »

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