Les écoles ont assez de livres, juge Bolduc

<em>«Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s’empêcher de lire, parce qu’il existe déjà des livres</em> [dans les bibliothèques]», affirme le ministre Yves Bolduc.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s’empêcher de lire, parce qu’il existe déjà des livres [dans les bibliothèques]», affirme le ministre Yves Bolduc.

Le ministre de l’Éducation Yves Bolduc ne voit aucun problème à ce que les commissions scolaires coupent dans les achats de livres pour leurs bibliothèques. Dans un contexte de restrictions budgétaires, il soutient que ce n’est pas à lui de dire où les commissions doivent couper et qu’elles peuvent faire leurs propres choix. Un discours en apparence contradictoire avec celui de la ministre de la Culture, Hélène David, qui a promis d’aider l’industrie du livre, grandement dépendante des ventes scolaires.

 

L’achat de livres dans les bibliothèques n’est donc pas essentiel pour le ministre de l’Éducation ? « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s’empêcher de lire, parce qu’il existe déjà des livres [dans les bibliothèques] »,affirme le ministre Bolduc, en ajoutant que les commissions scolaires n’ajouteront seulement pas de livres dans leur collection et achèteront moins de nouveautés littéraires ces prochaines années. « J’aime mieux qu’elles achètent moins de livres. Nos bibliothèques sont déjà bien équipées. […] Va dans les écoles, des livres, il y en a, et en passant, les livres ont été achetés l’an passé, il y a 2 ans, ou 20 ans. »

 

« Je suis vraiment ahurie de voir que cet homme est notre ministre de l’Éducation »,lance Lyne Rajotte, qui siège au conseil d’administration dela Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec. « Dire qu’il y a beaucoup de livres dans les écoles, c’est mal connaître notre réalité et surtout celle des régions qui ont de plus petits budgets et qui ont toutes les misères à avoir des livres pour couvrir toutes les matières d’apprentissage. » Mme Rajotte mentionne que les bibliothèques scolaires jouent un rôle fondamental pour donner le goût aux enfants de lire en leur proposant des oeuvres littéraires jeunesse de qualité. Elle a peine à croire que le ministre Bolduc ne considère pas l’achat de livres comme une priorité « Et avec le taux d’analphabétisme, il faut être gonflé pour dire ça. »

 

N’empêche, le ministre Bolduc martèle que les commissions scolaires sont obligées de faire des choix et que « ce n’est pas toujours au ministre » de leur dire quoi faire. Il reconnaît toutefois que cette situation est loin d’être idéale, mais qu’il faut s’attendre à ce qu’il y ait des impacts dans un contexte budgétaire difficile. « Faire le choix de ne pas acheter de livres, ça peut donc être un choix acceptable des commissions scolaires »,dit-il.

 

En fait, le ministre laisse aux commissions scolaires le soin d’évaluer leurs besoins et leurs priorités en précisant qu’une enveloppe globale de 293 millions de dollars est disponible pour répondre aux besoins des élèves. Cette nouvelle enveloppe budgétaire appelée « mesures d’appui » peut servir à financer autant l’aide au devoir que le programme de sensibilisation à l’entrepreneuriat et que l’acquisition de livres dans les bibliothèques scolaires.

 

Comme le rapportait Le Devoir, jeudi, le gouvernement s’était jusqu’ici engagé à offrir une enveloppe de 8,3 millions de dollars par année, en plus d’exiger aux commissions scolaires d’investir 6,7 millions de dollars pour regarnir les bibliothèques. Or, rien n’oblige désormais les commissions scolaires à utiliser leurs budgets pour l’achat de livres. Avec les compressions exigées par le gouvernement Couillard, la majorité des commissions scolaires ont donc décidé d’amputer une partie de leur budget pour l’acquisition de livres. La Commission scolaire de Kamouraska–Rivière-du-Loup nous a, entre autres, a confirmé qu’elle avait décidé de couper 30 % son budget d’achat pour les bibliothèques. La Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles a aussi laissé savoir à un libraire qu’elle n’aurait aucun budget, cette année, pour garnir ses bibliothèques.

 

Cri du coeur

 

Cette situation inquiète au plus haut point le marché du livre, dépendant des achats scolaires, qui craint rien de moins que sa mise à mort. Mais le ministre Bolduc reste impassible par rapport au cri d’alarme des libraires, des éditeurs et des auteurs. « Quelque part, lorsqu’il y a une restriction budgétaire, il y a des gens qui vont faire moins d’argent »,indique M. Bolduc.

 

L’industrie du livre constate que le gouvernement Couillard semble avoir une double politique. D’un côté, le ministère de l’Éducation accepte de reléguer au second plan l’achat de livres dans ses bibliothèques scolaires et de l’autre côté, le ministère de la Culture affirme qu’il cherche des solutions pour lui venir en aide. Jeudi, la ministre de la Culture, Hélène David, a d’ailleurs annoncé que le programme d’aide de 19 millions de dollars pour les bibliothèques publiques autonomes avait été reconduit.

 

Y aurait-il incohérence dans les politiques du gouvernement ? Mme David s’en défend bien. « Je ne veux pas me mêler des directives du ministère de l’Éducation, mais ce que je peux dire, c’est qu’on va plaider pour que les bibliothèques scolaires soient bien fournies », signale-t-elle en ajoutant qu’un long rendez-vous est prévu avec le ministre Bolduc au début septembre pour discuter de la présence des livres dans les bibliothèques, mais aussi des autres questions liées à la culture, à l’éducation et à la langue française.

 

Mais n’aurait-il pas fallu que cette rencontre ait lieu avant que le mal soit fait ? « Si on le pouvait, tout serait fait en temps réel, on aimerait toujours ça être en amont de certains problèmes qui pourraient se présenter. […] Au total, au Québec, je pense qu’on a fait des efforts extrêmement importants dans nos bibliothèques publiques, mais il faut constamment remettre sur le métier cette question. »

 

L’Union des écrivains et des écrivaines québécois (UNEQ) tient à dire qu’il est bon d’assurer le financement des bibliothèques publiques autonomes, mais qu’il faut en faire autant pour les scolaires. « La présence du livre n’est pas une question accessoire, elle est au coeur même du projet éducatif. Il ne faut donc pas laisser le réseau des bibliothèques scolaires se détériorer de nouveau, surtout après les nombreuses années de lutte menée pour avoir du financement adéquat »,rappelle Francis Farley-Chevrier, le directeur général de l’UNEQ.

112 commentaires
  • Donald Bordeleau - Abonné 22 août 2014 00 h 40

    Séraphin Bolduc.

    Il faut dire que Monsieur Bolduc a profité d'un programme pour s'enrichir de 210,000 beaux dollars.

    Certains ministres auraient besoin de mise à niveau pour leur travail au gouvernement.

    • Gilles Bousquet - Abonné 22 août 2014 11 h 22

      M. Bolduc : Ma prime en poche avant vos livres, les jeunes !

  • Yves Côté - Abonné 22 août 2014 03 h 14

    Appauvrir...

    "Appauvrir les Québécois" est le mot d'ordre de ceux que j'appelle les fédéraillistes, ceux qui ont comme objectif de faire dérailler définitivement le pays du Québec.
    Qu'ils soient en poste à Ottawa ou à Québec, ils s'entendent pour détricotter systématiquement tout ce que nous avons fait depuis les années 50 pour nous déterminer à ne pas disparaître.
    Aucune grossièreté intellectuelle ne leur fait peur. Celle d'aujourd'hui est lancée par Yves Bolduc.
    "il existe déjà des livres [dans les bibliothèques]", dit cette personne qui se trouve au prestigieux et très difficile poste de Ministre de l'Education.
    "Eh ben oui, chose ! C'est ça une bibliothèque : des livres, pi des livres, pi des livres, pi des... Sinon, c'est pas une bibliothèque, c'est une salle où on expose des étagères vides !", pourrait lui répondre le simple contribuable.
    Ne pas avoir de gouvernement est une chose grave. Le navire de la nation dérive jusqu'à ne plus savoir où il se trouve.
    Mais d'avoir un gouvernement qui, comme aujourd'hui c'est le cas, dirige l'embarcation commune vers un mur de récifs, c'est pire.
    Mais au fond, peut-être est-ce ce que nous voulons ?
    Peut-être est-ce cela pour lequel nous nous investissons collectivement à donner les clés de l'autobus à des gens qui ne savent rien de nos besoins fondamentaux ?
    Cela incluant le PQ de Madame Marois, je l'écris avant qu'on tente de me coller l'étiquette de "maudit péquisse", ce que j'ai été mais ne suis plus depuis longtemps (bien que plus que jamais indépendantiste)...
    Dans un ouvrage écrit il y a plus d'un an sur ce qu'il est convenu d'appeler le Printemps Erable, xième pour lequel je n'ai trouvé aucun éditeur (pardon de le dire), je me permettais de dire que celui-ci n'était qu'un premier "spasme de vivre contemporain" de notre pays.
    Eh bien, quand je constate le type d'action en question dans cet article, mon opinion n'est que confortée.
    Sans pour autant que mes angoisses en soient appaisées.
    Bien au contraire.
    VLQL !

    • Étienne Duclos-Murphy - Inscrit 22 août 2014 10 h 38

      Il existe des dizaines de librairies de livres usagés qui rêverait de vendre des livres à prix modique aux commissions scolaires. Ils n'auront qu'à investir dans l'usagé cette année, c'est loin d'être un drame, c'est même plus noble. On est dans une ère de coupure budgétaire, QUE VOULEZ-VOUS? C'est comme ça. Je ne suis pas de ceux qui critique ceux qui prennent des décisions et des risques, contrairement à tout ceux qui grimpent dans les rideaux à chaque nouvelle annonce d'une coupure ou d'un changement quelconque dans les budgets.

      Symboliquement, cette coupure (dans le budget des commissions scolaire) est un triste geste, mais c'est très loin d'être insurmontable. Dirigez-vous vers les librairies de livres usagés et achetez des livres à vos enfants!

    • Fernand Lachaine - Inscrit 22 août 2014 10 h 58

      Duplessis disait à peu près la même chose: l'éducation qu'esse ça donne.
      Pitoyable la réponse du ministre.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 22 août 2014 12 h 08

      Franchement monsieur Duclos-Murphy, vous êtes dans les patates. Les librairies vendent au plus haut prix possible aux coinsommateurs des titres qui se vendent. Elles ne sont pas intéressées par les livres scolaires. Sauf ceux qui font partie des programmes universitaires parce qu'ils reviennent chaque année et que le volume est intéressant pour eux. De plus, les livres qui pourraient intéresser les commissions scolaires, ne sont disponibles qu'en très petite quantité. Et de toute manières, les librairies usagées nos sont pas philantropiques et ne cherchent que le profit. En plus, comme Bolduc a tout coupé, elles ne pourraient même pas y songer, la caisse est vide.

  • Guy Vanier - Inscrit 22 août 2014 03 h 22

    Les bons docteurs....

    Savent tout! Pas besoin de lire des livres. Les jeunes non plus.....
    Coupons encore mais pas leurs salaires et leurs previleges

    • Daniel Gagnon - Abonné 22 août 2014 11 h 43

      Permettez-moi de renchérir… en effet, pas besoin de lire des livres pour la vision d'abrutissement général de ce gouvernement.

      Nous sommes bien loin du sérieux et de élans sincères du grand philanthrope Gérin-Lajoie, premier titulaire du ministère de l'Éducation du Québec.

      L'enseignement sans livres, sans curiosité intellectuelle, voilà tout le paradoxe de la déclaration impertinente et irrespectueuse d'un ministre gouailleur.

      « Faire le choix de ne pas acheter de livres, ça peut donc être un choix acceptable des commissions scolaires », déclare l'ineffable et provocant ministre Bolduc.

      Il est pourtant évident qu'on ne saurait former aucun enfant sans lui donner toute la richesse, toute la plénitude du goût de la lecture, et pour cela il faut une bibliothèque bien remplie et accessible, attrayante.

      Sinon pourquoi avons-nous un ministère de l'Éducation si c'est pour vider de son contenu l'enseignement et bâillonner le plaisir de lire et d'apprendre?

      Ce goût d'étudier va de pair avec la lecture, il durera toute notre vie s'il nous a été bien inculqué.

      Le goût de lire est un trésor inestimable, il est donc important de le transmettre à nos jeunes et de créer à l'école déjà, une bibliothèque, pour des enfants qui n'ont pas souvent accès à une librairie ou à une bibliothèque familiale.

  • Guy Vanier - Inscrit 22 août 2014 03 h 27

    Nos 3 docteurs non pas besoin de lire.

    Tout le monde savent qu'ils ont toutes les connaissances requises pour nous gouverner....
    Pas besoin d'éduquer les enfants ça sera plus facile de les endormir plus tard.
    49% des québécois ne peuvent pas comprendre ce qu'ils lisent et ça fait l'affaire de nos politiciens.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 22 août 2014 10 h 33

      Dieu que c'est vrai...mais où s'en va -t-on?
      Une révolte...c'est ce qu'il nous faut! On a bien eu une révolution dans les années 60! pourquoi pas une révolte des "feuilles mortes" à l'automne.

      Amicalement: tout le monde le sait....

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 22 août 2014 04 h 34

    Comme un autodafé virtuel!

    Le livre est compilation de la Connaissance.C'est Sacré.Pas touches.

    • François Ricard - Inscrit 22 août 2014 11 h 36

      Les bibliothèques sont un terreau de changement et de révolution.
      Elles font des prêts de mots, d'images et d'idées qui amènent les gens à penser.
      Pour les néolibéralistes qui nous gouvernent et qui cherchent à nous inféoder à la finance mondiale, elles sont dangereuses.