Retraite: les syndicats se heurtent à un mur

Les syndicats peinent à marquer des points à la commission parlementaire sur les régimes de retraite municipaux. Le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau est non seulement opposé à leurs positions, mais il leur reproche de ne pas lui proposer d’autres options.

 

« Je n’ai pas eu de réponse, a résumé le ministre en après-midi. Si je ne fais pas assumer par l’indexation une portion du déficit attribuable aux retraités, je vise qui ? […] Il me reste deux possibilités. C’est soit les contribuables en général, dont les deux tiers n’ont pas de fonds de pension, soit les cotisants actifs qui sont de jeunes travailleurs. Et là, il y a un problème d’équité intergénérationnelle. »

 

Le premier ministre Philippe Couillard s’est, lui aussi, montré peu ébranlé dans ses convictions. Il s’est dit « toujours à la recherche d’arguments de fond » de la part des syndicats d’employés municipaux. « Je n’entends pas parler des contribuables. Je n’entends pas parler de la définition d’un régime de retraite en santé. […] J’attends toujours », a-t-il déclaré.

 

Le blocage découle du refus des syndicats de toucher à l’indexation automatique de certains retraités. Une mesure qui permettrait d’aller chercher des centaines de millions, mais qui, selon eux, nie des promesses faites aux travailleurs.

 

Actuellement, le déficit passé est assumé à 100 % par les villes, mais, à l’image du maire Régis Labeaume, le ministre parle plutôt d’un déficit assumé par les contribuables. Il demande dès lors aux syndicats de lui proposer un compromis entre 0 et 100 %. Sans succès.

 

Plusieurs lui ont rétorqué qu’un tel partage pourrait être établi dans le cadre de négociations. Les syndicats ont changé d’attitude, selon François Vaudreuil de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), qui représente des plus petites municipalités.

 

« Les ententes qui ont été prises dans plusieurs secteurs constituent des reculs qui, il y a à peine une décennie, auraient constitué des conflits épiques, a-t-il dit. Mais, en raison de la situation de capitalisation des régimes de retraite, ils ont fait des réflexions, ils ont négocié avec les villes et ils ont avancé. […] Alors, faisons-leur confiance, et puis ils vont être capables de le faire. »

 

Le président du syndicat des cols blancs de la ville de Québec, Jean Gagnon, abondait dans le même sens, mais sans être plus précis. « Ça va s’améliorer, a-t-il dit à propos du déficit accumulé. Est-ce que ça va se résorber ? Je ne le sais pas. »

  

Les syndicats isolés

 

La semaine prochaine, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) compte d’ailleurs présenter aux élus une dizaine d’ententes récentes où les syndicats ont fait des concessions importantes concernant les régimes de retraite et les déficits passés.

 

« Dans toutes nos ententes, on a réduit les coûts pour les contribuables, on a mis de l’argent pour nos régimes de retraite, on a fait la job, puis on va continuer », a dit Marc Ranger, porte-parole du SCFP lors d’un point de presse de la coalition syndicale contre le projet de loi. Il compte notamment présenter le cas de la municipalité de Pointe-Claire, où les cols bleus ont renoncé à 1,5 % de salaire pour renflouer le régime de retraite.

 

Or, jusqu’à présent, ces arguments n’ont pas convaincu le ministre, qui réclame une « obligation de résultat » et plaide l’urgence d’en finir rapidement avec les déficits qui totalisent 3,9 milliards. « Dans les trois dernières années, c’est infinitésimal, le nombre de situations où on a éliminé le déficit passé. »

 

Les syndicats semblent en outre isolés dans ce débat. Leurs représentants martèlent que certains élus sont de leur côté sur la question des déficits passés, mais ces derniers ne se manifestent pas.

 

Jeudi, M. Ranger a reconnu qu’il n’avait pas reçu de réponse à l’appel lancé aux municipalités mercredi. À un journaliste qui lui demandait d’expliquer ce silence, il a rétorqué que c’était une « bonne question ».

 

Mercredi, les élus de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) avaient affiché un consensus assez flou sur cette question.

 

Une position « un peu décevante » aux yeux du député caquiste Mario Laframboise, qui aurait souhaité se faire présenter davantage de points de vue. Du côté du Parti québécois, on répète depuis le début que les deux principales faiblesses du projet de loi sont son « caractère mur-à-mur » et l’imposition de mesures rétroactives, a rappelé le porte-parole Alain Therrien. À la question de savoir si on pouvait « faire confiance » aux négociations pour endiguer les déficits, il s’est toutefois montré prudent. « On a remarqué depuis deux ans que les syndicats sont beaucoup plus ouverts », a-t-il dit avant d’ajouter qu’il ne pouvait pas dire ce que l’avenir nous « réservait ».


Avec Marco Bélair-Cirino

À voir en vidéo