La police fouille chez les ingénieurs-conseils

L’UPAC cherchait à faire la lumière sur le voyage en France effectué en 2009 par le maire Roussy, tous frais payés par la firme Roche.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’UPAC cherchait à faire la lumière sur le voyage en France effectué en 2009 par le maire Roussy, tous frais payés par la firme Roche.

La Sûreté du Québec (SQ) a obtenu le 13 mai un mandat de perquisition pour fouiller les bureaux de l’Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ), dans la foulée de l’enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur les liens entre la firme Roche et l’ex-maire de Gaspé, François Roussy.

 

Cette information est contenue dans des documents judiciaires obtenus par un consortium de médias dont fait partie Le Devoir. L’AICQ a confirmé en fin de soirée vendredi que la perquisition a bien eu lieu.

 

Les documents permettent autrement d’en apprendre plus sur la perquisition menée par l’UPAC (qui chapeaute le Service des enquêtes sur la corruption de la SQ) le 6 mai dernier à l’hôtel de ville de Gaspé.

 

L’UPAC cherchait à faire la lumière sur le voyage en France effectué en 2009 par le maire Roussy, tous frais payés par la firme Roche. La perquisition n’a toutefois pas permis de recueillir toute l’information souhaitée, d’où la demande pour fouiller les bureaux de l’AICQ.

 

François Roussy a été maire de Gaspé de 2005 à 2013. Les documents montrent que les dirigeants de Roche, soucieux de gagner les bonnes grâces du maire afin d’influencer l’obtention de contrats, l’ont invité à participer à un congrès d’une semaine sur l’ingénierie à Saint-Malo. Les témoignages détaillés d’un ex-employé de Roche, contenus dans la déclaration sous serment, indiquent que c’est la firme qui a couvert l’ensemble des dépenses, ce que nie M. Roussy, qui a affirmé à plusieurs reprises que c’était plutôt l’AICQ et la ville de Saint-Malo qui se sont partagé les dépenses. M. Roussy, qui est aujourd’hui l’attaché politique du député péquiste Gaétan Lelièvre, s’est défendu d’avoir participé à toute forme de stratagème. Rappelons que les informations utilisées par les policiers pour obtenir un mandat ne constituent pas des preuves.

 

Lors de la perquisition du 6 mai à Gaspé, les enquêteurs ont trouvé un document indiquant que la « plupart des dépenses ont été assumées par l’AICQ », mais aucune facture ni preuve de paiement n’ont été retrouvées. Ce faisant, une demande de mandat de perquisition a été soumise le 13 mai au juge Christian M. Tremblay, afin qu’il autorise l’UPAC à fouiller les bureaux de l’AICQ à la recherche des documents « introuvables ». Le juge Tremblay a donné son autorisation. Dans tous les cas, cette perquisition s’ajoute à une série d’autres qui font toutes partie de l’opération Joug, une enquête de l’UPAC commencée en 2011 qui porte, entre autres, sur le financement politique illégal. Elle vise la firme Roche.

 

Cadeaux

 

Selon les détails du témoignage de l’ex-employé de la firme Roche qui a accompagné le maire Roussy en voyage, ce dernier aurait eu droit à plusieurs cadeaux, dont un complet noir au coût de 1000 $.

8 commentaires
  • Jacques-Hugues Bérubé - Inscrit 16 août 2014 09 h 55

    Oui... mais après?

    Ces faits sont très plausibles, très probablement vrais. C'est dans la culture d'entreprise des firmes d'ingénieurs, particulièrement chez Roche et Lavalin, d'offrir des «cadeaux» — oui, appelons ça des pots-de-vin — pour s'assurer la fidèlité de leurs clients. Ce qu'il faut savoir, c'est si le retour d'ascenceur a fonctionné. Est-ce que la Ville de Gaspé a donné plus de contrats à la firme Roche après ce voyage en France? Autre question : il est de notoriété publique que les gouvernements successifs du Québec, PLQ comme PQ, connaissent depuis longtemps cette pratique; est-ce que le volume de contrats gouvernementaux pour Roche a diminué depuis? Sinon, on la légitimise, tout en jouant faussement les vierges offensées, parce que c'est profitable pour les partis politiques.

  • André Le Belge - Inscrit 16 août 2014 12 h 58

    La fin de l'UPAC...

    Ce sera bientôt fini des enquêtes de l'UPAC et même de l'UPAC. On ne déplaît pas indéfinitivement aux libéraux!
    Les vraies affaires, voilà l'essentiel et non des enquêtes sur enquêtes et même d'une commission. Ça coûe cher tous ces artifices. Il faut économiser que diable...

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 17 août 2014 16 h 54

      CAUCHEMAR ?
      Ça risque d'être long longtemps avant de voir, disparaitre pour toujours, le "P" de l'Unité Permanente Anti-Corruption ! Ajuster le budjet, peut-être ?

  • Jacques Moreau - Inscrit 16 août 2014 13 h 38

    Et en entreprise privé?

    Qu'en est-il des pots-de-vin de la part des ingénieurs-conseils quand ils offrent leurs services aux entreprises privées? Là aussi il doit y avoir des directeurs qui influent sur les décisions que feront leurs patrons dans le choix des soumissions et propositions des ingénieurs-conseils, et autre pouvoyeurs de services et produits. Bien sûr, pourquoi pas "acheter" le patron?

  • Leclerc Éric - Inscrit 16 août 2014 19 h 24

    Encore des cadeaux pour obtenir des faveurs

    En plus des firmes de génie-conseil, ont chercher aussi chez les ingénieurs-conseils, comme quoi il n'y a pas seulement les hauts dirigeants de firmes qui ont fortement invité leurs membres à contribuer, mais les INGÉNIEURS personnellement aussi.

    Quand certains d'entre-eux se sont rendus compte que leur patron s'était soudainement offert un magnifique spa, en réfléchissant un peu, ils se sont dits, ben, tant qu'à y être pourquoi je n'en aurai pas un moi aussi, et de quelle façon... devinez?

  • André Leblanc - Inscrit 17 août 2014 09 h 17

    Aucun soucis

    Ils parlent Français

    • Jacques Moreau - Inscrit 18 août 2014 23 h 55

      Le l'aime celle là!