Changement de garde à la tête de la SQ

Le directeur général démissionnaire de la SQ, Mario Laprise, lors de son témoignage devant la commission Ménard en septembre 2013.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Le directeur général démissionnaire de la SQ, Mario Laprise, lors de son témoignage devant la commission Ménard en septembre 2013.

La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, a annoncé le départ de Mario Laprise, qui dirigeait la Sûreté du Québec depuis que le gouvernement péquiste de Pauline Marois l’avait nommé en octobre 2012. Ce départ, que la ministre affirme être « volontaire », enlève du même coup une épine au pied du gouvernement Couillard, qui a d’ailleurs décrété un nouveau processus « neutre » de nomination du directeur général de la SQ.

 

En marge de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, Mme Thériault s’est bien défendue d’avoir obtenu la tête de M. Laprise, qui est parti de son plein gré. M. Laprise a demandé au gouvernement d’être relevé de ses fonctions, a-t-elle affirmé, préférant poursuivre sa carrière chez Hydro-Québec, où il a déjà oeuvré pendant des années.

 

Du même souffle, la ministre Thériault a indiqué que le gouvernement a créé un comité « impartial » qui a jusqu’au 14 novembre pour lui proposer trois noms de successeurs potentiels à M. Laprise. Déjà, en campagne électorale, M. Couillard avait dit vouloir revoir le mode de sélection du directeur général de la SQ, pour le rendre plus indépendant du pouvoir politique. D’où la formation d’un comité de sélection formé de quatre personnes provenant de l’extérieur du gouvernement. Le comité de sélection sera présidé par la directrice générale de l’École nationale de police du Québec, Marie Gagnon. Les autres membres sont : Robert Lavigne, ex-d.g. de la SQ, Richard Bélanger, ex-d.g. de la police de Châteauguay, ainsi que Danièle Montminy, qui a été secrétaire générale associée au ministère du Conseil exécutif sous le gouvernement de Jean Charest.

 

Un conflit latent

 

C’était devenu un secret de Polichinelle que les relations n’étaient pas au beau fixe entre le d.g. de la SQ Mario Laprise, nommé par le gouvernement péquiste dès son élection en octobre 2012, et le gouvernement libéral de Philippe Couillard. Ne jouissant pas de la pleine confiance du gouvernement, ce n’était qu’une question de temps avant qu’on le retrouve ailleurs dans des fonctions moins stratégiques.

 

Dès sa première conférence de presse en tant que premier ministre élu, le 8 avril, M. Couillard n’avait pas fait mystère de son malaise. « C’est un poste qui va être réévalué, c’est clair », avait-il dit, à propos de M. Laprise, soupçonné par les libéraux d’avoir des affinités avec le gouvernement précédent. Dès lors, M. Laprise semblait en sursis à la tête de la SQ. Au cours des derniers mois, invitée à quelques reprises par les médias à dire si oui ou non M. Laprise allait être confirmé dans ses fonctions, la ministre Thériault s’était toujours montrée évasive, refusant de répondre.

 

Normalement, M. Laprise devait diriger la SQ jusqu’en octobre 2017.

 

« On exauce son souhait »

 

Mercredi, Mme Thériault a insisté pour dire que M. Laprise n’avait pas été limogé, et que le gouvernement avait simplement donné suite à sa demande de « relever de nouveaux défis ».

 

« Tout ce que je fais : on exauce le souhait de M. Laprise », a dit et répété à maintes reprises la ministre durant le point de presse, refusant de préciser les circonstances entourant ce départ précipité, trois ans avant l’échéance du mandat. De plus, la ministre a indiqué qu’elle n’avait eu aucune conversation avec le directeur de la SQ relativement à sa démission. « Je n’ai pas parlé à M. Laprise. »

 

Interrogée à savoir si ce dernier serait toujours à la tête de la SQ s’il avait voulu y demeurer, la ministre a jugé qu’il s’agissait d’une « question hypothétique » et n’a pas voulu y répondre.

 

Policier de carrière à la Sûreté du Québec, Mario Laprise s’était notamment illustré aux commandes de l’escouade Carcajou, qui luttait contre les motards criminels. Durant l’intervalle, la direction de la SQ a été confiée à Luc Fillion, le directeur adjoint à la surveillance du territoire au sein de l’organisation.

 

Le PQ outré

 

Le porte-parole de l’opposition péquiste en matière de sécurité publique, Pascal Bérubé, a accusé la ministre Thériault de s’être livrée à un règlement de comptes partisan.

 

« Son agenda devait être public ; il ne l’est toujours pas. […] On ne sait pas combien de fois elle a rencontré M. Laprise. […]On n’a rien fait pour assurer la confiance à Mario Laprise, qui a une fiche irréprochable. Là, la résultante, c’est que Mario Laprise n’est plus là, la ministre est toujours là », a dit le député péquiste.

 

M. Bérubé ne s’est guère montré plus rassuré quant au comité de sélection mis en place par Lise Thériault. « La ministre a créé des attentes importantes. Elle a dit qu’on allait dépolitiser le processus. Qu’en est-il du processus ? C’est que c’est seulement les libéraux qui vont nommer, parce qu’elle nomme les gens qui vont lui faire des recommandations », a-t-il dit.

28 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 14 août 2014 01 h 11

    Injuste

    Ordinairement, un gouvernement s'assure d'avoir la collaboration de ses meilleurs éléments.

    Ici, malheureusement, nous avons droit à un règlement de compte.

  • Michel De Stephano - Inscrit 14 août 2014 05 h 29

    "Soupçonné par les libéraux d’avoir des affinités avec le gouvernement précédent."

    Et bien sur,le prochain n'aura aucune affinitee avec qui que ce soit,sauf qu'il devra rendre la monnaie a ses bienfaiteurs.

  • Guy Vanier - Inscrit 14 août 2014 06 h 20

    plus ça change et plus c'est pareil.

    de la bonne veille politique partisane pour protéger les arrières du PLQ de charest, ses ministre du temps, les petits amis et autres. Et aussi la nouvelle équipe.....
    c'est ça la nouvelle politique de transparence de nos quatre savants docteurs.
    Et la ministre ne sait pas, ne se souviens de rien etc.....
    Et Monsieur Laprise est tabletté à Hydro-Québec, ça lui ferme la trappe et il n'a pas le choix,s'il parle il vont lui faire perdre sa nouvelle job.
    pas tanné......

  • Gilles Delisle - Abonné 14 août 2014 06 h 45

    L'important, c'est de nommer des gens qui plaisent au parti en place.

    Comme toujours au Québec, les nominations partisanes dans nos sociétés d'Etat ou sociétés para-publiques, sont encore de nos jours bien présentes, quitte à nommer des incapables et des incompétents, à l'instar de nos politiciens.

  • Robert Beauchamp - Abonné 14 août 2014 07 h 22

    La SQ et l'UPAC

    On reproche certainement à M. Laprise l'efficacité apparente de l'intervention de la SQ aux locaux du parti libéral du Québec.